Murteira Grave
Murteira Grave

L’élevage de Murteira Grave est un des plus célèbres du Portugal. Son bétail d’origine Gamero Cívico se fait connaître dès les années 1960 en Espagne, et plus particulièrement à Madrid où il jouit d'une grande réputation en y ayant fait combattre plus de 350 toros ! Joaquim Murteira Grave s’avère un excellent ganadero, capable de durer, voire de constamment s’améliorer. Les années 1980 seront celles de sa consécration où il triomphe dans les ruedos les plus exigeants d’Europe. Mis en difficulté dans les années 2000 par un manque de race, les crises sanitaires de la vache folle et de la langue bleue le place hors-jeu. Resté prophète en son pays, il tente de reconquérir le marché espagnol, mais la tâche s’avère bien délicate.

 

Ancienneté : 21 Juin 1964

Devise : Bleu et Jaune    Signal : Orejisana

Propriétaire : Manuel de Vasconcellos e Sa Grave    Gérant : Manuel de Vasconcellos e Sa Grave

Fincas : "Galana"  Mourão -

   Unión de Criadores de Toros de Lidia






Crédits photographiques : Terre de Toros - Terre de Toros - William Lucas - Patrick Constantinides  

 

Le fer de Murteira Grave tient son origine historique du V couronné du marquis de Villamarta. Le marquis ayant possédé successivement deux élevages, il convient de préciser qu’il s’agit ici du second, créé en 1914 et qui donna les fameux Villamarta. Appellation toujours d’actualité pour qualifier le bétail de cet encaste. En 1941, au décès de sa veuve, l’élevage fut partagé entre les cinq enfants du couple. Le lot d’Angela fut conduit une quinzaine d’années durant par son époux, Luis Ramos-Paul, avant qu’en 1955, lors de la succession et bien que les héritiers aient conservé une partie du troupeau, il soit vendu à Ignacio Sánchez de Ybargüen. Le Sévillan crée alors le dessin actuel du fer, qui représente un éperon stylisé, avant de rapidement s’en séparer au profit de Joaquim Murteira Grave en 1958.

Cet achat ne constitue pas pour autant l’acte de naissance de l’élevage de Murteira Grave. L’opération consiste seulement à acquérir un fer de l’U.C.T.L. pour s’autoriser à vendre du bétail dans des spectacles avec picadors en Espagne. Privilège qui était à cette époque réservé aux seuls membres de ladite association. Avant 1958, les Murteira Grave n'étaient que les Grave. C’est le père de Joaquim, Manuel Joaquim Grave, qui avait en 1944 créé cette devise portugaise. Le fer était un G inscrit dans un écu et le bétail du Pinto Barreiros. En 1958 donc, la ganadería changea de nom, de fer, d’association, mais conserva son sang aux larges influences Gamero Cívico. Joaquim incrusta même davantage cette origine en achetant des bêtes de Guardiola Soto.

Dans les années 1960, la ganadería fait ses premiers pas en Espagne, principalement en novillada. Elle acquiert son ancienneté à Madrid en 1964 et répète l’année suivante où le novillo 'Piloto' obtient les honneurs du tour de piste posthume. La devise ne néglige pas pour autant sa patrie et remporte à plusieurs reprises le prix du prestigieux concours de ganaderías d’Évora. La décennie 1970 voit les Murteira Grave exploser aux yeux de tous. Ils rencontrent également d’importants succès en France où ils font forte impression, notamment à Vic-Fezensac et Mont-de-Marsan. Mais ils poursuivent surtout leur ascension en Espagne où ils sont désormais annoncés dans toutes les grandes férias.
Cependant, Joaquim n’est pas totalement satisfait ; il est même inquiet. Le public apprécie principalement ses toros pour leur sérieux et l’émotion qu’ils génèrent en piste, mais leurs sorties dans les grandes férias donnent des résultats irréguliers. Trop irréguliers pour notre exigeant ganadero qui leur reproche un certain manque de mobilité et une charge trop courte. Pour corriger cette tendance, Joaquim va miser sur l'« alegría » des Núñez. Il part se servir à la source et, à partir de 1974, des étalons de Carlos Núñez rejoignent « Galeana ».
À peine l’expérience entreprise, vient la révolution des Œillets (1974) au cours de laquelle Joaquim est exproprié (1975) avant de devoir s’enfuir en Amérique du Sud pour sauver sa peau. Il ne récupérera ses terres et ses toros qu’en 1979, retardant d’autant les résultats de l’incorporation du sang Núñez.

Les années 1980 rappellent la grande qualité des Murteira, même si le chaos révolutionnaire n’a pas permis de gommer les irrégularités. Les arènes les plus exigeantes d’Espagne les sacrent : prix du meilleur toro à Bilbao et Madrid en 1984, prix à Pampelune en 1986 et 1987, prix de la meilleure corrida de la San Isidro en 1988. Toujours à l’affût, Joaquim effectue de nouveaux apports de sang pour parvenir à son idéal : un toro qui se livre et charge sans concession en alliant bravoure et noblesse. Côté génétique, il poursuit dans la ligne Parladé, qu’il conserve dans ses lignes traditionnelles : Gamero Cívico et Tamarón ou dans sa version moderne : Núñez et Domecq.
Les succès des Murteira vont se perpétuer jusqu’à la fin du XX° siècle, où des problèmes sanitaires, d’abord dans l’élevage puis à l’échelle européenne, stoppent leur aura.

En 2002, Joaquim Manuel de Vasconcelos e Sá Grave succède à son père avec pour objectif de récupérer le lustre non pas perdu mais oublié. Ingénieur agronome, il travaille dans le secteur de la recherche et donne son coup de patte en incorporant de nouvelles méthodes, tout en conservant la philosophie traditionnelle. En 2010, les Murteira ont fait leur retour à Madrid, et en 2011 ils reviennent en France à Parentis. Joaquim Manuel a poursuivi l’évolution entamée par son père, à la recherche d’un toro qui humilie dans des charges longues. C’est désormais la caractéristique principale des recherches de Joaquim Manuel. Il décrit cette qualité comme le summum de la bravoure, surtout quand elle se maintient en fin de faena, quand le toro a compris ce qui l’attend. La silhouette des Murteira a aussi bien changé, il n’y a que très peu de toros compacts aux cornes courbes comme c’était le cas jadis. Le Murteira s’est désormais affiné et présente les lignes classiques de ses homologues de la ligne Parladé. Et il faut bien avouer que c’est avec une certaine nostalgie que l’on se remémore l’image des épaisses silhouettes noires surmontées de larges cornes acapachadas contrastant sur le tapis de fleurs violettes de « Galeana ».

 


Décrire les origines des Murteira Grave est un exercice simple et complexe à la fois. Si vous questionnez Joaquim Manuel de Vasconcelos e Sá Grave, il vous répondra que les Murteira sont un amalgame de Gamero Cívico, qu’il n’y a plus rien des Pinto Barreiros originaux, mais que ces toros ne sont pas non plus des Núñez ou des Domecq — les derniers sangs injectés dans l’élevage. Non, ses Murteira sont simplement un mélange de sangs parladeños avec une prépondérance de la ligne Gamero Cívico.
En fait, tout dépend de la distance à laquelle on se place. L’image décrite par Joaquim Manuel est une vue « macro », qui a l’avantage de la simplicité mais est un peu trop simpliste. Parcourir la camada, très irrégulière, aide à comprendre que l’image est trop réductrice. À l’inverse, adopter une vue « micro » et détailler tous les apports de sangs importés par la devise revient à un catalogue indigeste, qui n’a guère de sens. Tentons de nous situer entre deux eaux pour éviter de se perdre tout en comprenant les différences.

L’élevage de Fernando Parladé a schématiquement donné quatre grandes filiations : Tamarón, Núñez, Pedrajas et Gamero Cívico. De celles-ci, seule la ligne Pedrajas est absente de la devise lusitanienne. Pourtant, certaines morphologies des Murteira Grave ne sont pas sans rappeler les Pedrajas de Isaías y Tulio Vázquez, ce qui démontre à quel point le sang Parladé a été conservé dans sa version traditionnelle, dans le type ancien, point de départ de ses quatre grandes lignes.
Pour bien comprendre les origines de l’élevage de Murteira Grave, il faut ajouter à la filiation génétique du Parladé, une dimension temporelle. En effet, en pratiquement un siècle, ses lignes ont grandement évolué, donnant des résultats extrêmement différents, bien que de même ascendance. Ainsi, les Gamero Cívico des années 1930 sont différents des Samuel Flores actuels, de même que les Tamarón ont bien peu de points communs avec les Atanasio ou les Domecq, au point qu’il est pratiquement impossible de les confondre. De la sorte, si nous regardons l’encaste Parladé sur le plan de l’évolution, on pourrait le classer en deux grandes catégories. La première, constituée des rames qui lui sont restées fidèles, comme le Tamarón et le Gamero Cívico, avec des toros robustes que l'on qualifierait aujourd’hui comme plutôt âpres. La seconde regroupe les branches de Parladé qui ont évolué avec la tauromachie : Núñez, Atanasio et Domecq, avec des toros qui s’affinent et dont le caractère est scrupuleusement sélectionné afin de l’adapter aux exigences du toreo.

Définir les origines des Murteira Grave c’est en quelque sorte faire la fusion de ces deux courants du Parladé. Ce qui nous amène à retrouver, en terme de génétique et d’évolution, les ambitions d’éleveur de Joaquim Murteira Grave : élever un toro sérieux tout en le dotant d'une grande mobilité et d'un tempérament fier le poussant à aller au bout de ses charges. On rencontre aussi sa trajectoire : des débuts avec la souche Parladé traditionnelle pour plus tard injecter des versions modernisées, sans perdre l’âme de chacune d'elles.

Concrètement, Joaquim a débuté en 1944 avec 25 vaches et l’étalon 'Fabeto' de Pinto Barreiros. Si l’encaste Pinto Barreiros mérite à lui seul un chapitre, le lot acheté était de large ascendance Gamero Cívico, ce qui permet de négliger les autres lignes entrant dans cet encaste complexe.
Quatorze ans plus tard, Joaquim enrichit sa ligne Parladé traditionnelle en étoffant le sang Gamero Cívico avec 18 vaches et l’étalon 'Sargento' de Guardiola Soto. Un achat qui lui donna toute satisfaction et qu’il réitéra les années suivantes. Cette base Gamero Cívico constitue le ciment de l’élevage, les fondations sur lesquelles Joaquim élèvera son œuvre, en ajoutant des touches multiples des évolutions du Parladé, mais sachant toujours rester fidèle à son âme: le Parladé ancestral. Du vieux sang Parladé, Joaquim n’en importera qu’une fois. Il faut dire aussi qu’à partir des années 1970, la source était devenue bien rare. Ainsi, en 1985, il introduit la ligne Tamarón par l’intermédiaire de son homologue portugais, le ganadero José Luis Vasconcelos e Souza d’Andrade, qui venait de racheter l’élevage de Coimbra. Plus précisément, il s’agit ici d’un mélange de Tamarón, Gamero Cívico et Atanasio Fernández.
Ce n’est qu’en 1974 que Joaquim introduit la ligne Parladé moderne. À partir de là, Joaquim va se servir de cette version du Parladé comme un sculpteur se sert de ses outils. Il taille son œuvre, la retouche, l’affine à mesure qu’il insère vaches et étalons. Et l’homme va investir fortement en effectuant d’innombrables acquisitions. Une de ses préférences va pour l’encaste Núñez qu’il goutte particulièrement pour sa mobilité et sa charge allègre. Du Núñez, Joaquim va en user et en abuser, se servant aussi bien dans la ligne Rincón que Villamarta. La plus grosse de ses acquisitions provient de la maison mère. Tout d’abord en 1974 où il introduit les étalons 'Alcalaíno' et 'Tortolillo', puis en 1995 avec 30 vaches (15 de la ligne Rincón et 15 de la ligne Villamarta) et l’étalon 'Ave Fría'. De la ligne Núñez-Villamarta, il achètera également l’étalon 'Claro' marqué du fer de Paquirri (1987).
Dans les années 1990, le Domecq supplante le Núñez et devient naturellement un ingrédient de choix pour Joaquim. Ainsi, en 1997, il ajoute les étalons 'Gamberro' et 'Borracho' marqués du fer de Juan Pedro Domecq. Son fils Joaquim Manuel, qui a succédé à son père en 2002, préférera quant à lui aller puiser à la maison mère des Domecq : Jandilla, pour trouver un toro de plus de race. Il incorpore d’abord 'Vedulero' et 'Bontijero' (2003), puis 'Tamporero' en 2009. Des achats qui se poursuivent par la suite, au point de mettre en danger le subtil équilibre entre les lignes Parladé de l’élevage. Si bien qu’aujourd’hui il est délicat de retrouver les caractéristiques des Parladé ancestraux, chaque jour les Murteira ressemblant un peu plus au Parladé d’aujourd’hui.

 

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