Jandilla
Jandilla

« Jandilla » fut la finca historique de Juan Pedro Domecq. C’est là que le ganadero andalou créa le toro d’aujourd’hui. Sa filiation la plus fidèle sera menée par son fils Borja Domecq Solís sous la bannière du fer étoilé nommé Jandilla.

Depuis les années 1980, Jandilla occupe le haut de l’escalafón. Il y eut des hauts et des bas, bien entendu, mais la devise est toujours une de celles qui comptes, capable de réussir partout y compris dans les arènes les plus exigeantes. Depuis 2016 c’est Borja hijo, qui mène l’élevage après avoir opéré avec son père un profond travail de restructuration. Les résultats semblent à la hauteur des attentes du jeune propriétaire, doté de l’expérience séculaire familiale.

Ancienneté : 3 Mai 1951
Devise : Bleu
Signal : Horquilla à chaque oreille
Propriétaire : Agrícola Borja Domecq S.L.
Gérant : Francisco de Borja Domecq Noguera
Fincas : "Los Quintos"  Llerena"Don Tello"  Merida
   Unión de Criadores de Toros de Lidia





Crédits photographiques : Terre de Toros - Louise de Zan  

 

Mais quelle est donc la relation entre le Marquis de Saltillo et les bêtes de pure caste Domecq de chez Jandilla ? Tout simplement l'histoire du fer.
À partir de 1918, Felix Moreno Ardanuy est titulaire de la filiation du Marquis de Saltillo. Fidèle, Félix maintient la ganadería à l'identique, choyant avec grand soin ses Lesaqueños, appellation qui provient du prédécesseur du Marquis de Saltillo, Picavea de Lesaca. Toujours d'usage, elle qualifie le bétail issu de cette branche de Vistahermosa, plus connue sous le nom de Saltillo.
Installé à Palma del Río, Félix est contraint de fuir le village durant la Guerre civile (1936-1939) pour se réfugier dans la capitale andalouse. À son retour, il retrouve son troupeau sévèrement diminué, mais l'homme ne se décourage pas et remonte peu à peu l'élevage. En 1943, il place une partie du bétail au nom de ses filles, Enriqueta et Serafina Moreno de la Cova, qui créent alors le fer étoilé. Elles se présentent à Madrid le 03 mai 1951, toujours avec le bétail d’origine Saltillo.

Cette origine perdurera jusqu'en 1978, date à laquelle Fernando Domecq Solís achète la devise. Il élimine alors les Saltillo et les remplace par le bétail familial acquis lors de la division de la ganadería de son père, Juan Pedro Domecq y Díez. Sous le nom de "Jandilla", la célèbre finca familiale, débute alors l’aire de Fernando et Borja Domecq Solís, fils de Juan Pedro Domecq y Díez. Les premiers produits marqués du fer étoilé fouleront donc les ruedos en 1982.
Après 9 ans de gestion commune, Fernando et son frère Borja se partagent l'élevage. Fernando ne conserve qu'une mince partie du bétail qu'il place sous le vieux fer navarrais de Zalduendo, tandis que Borja garde la finca familiale, l'appellation Jandilla, le fer et la majeure partie des bêtes.

Sans tarder, les fers des Domecq Solís se font un nom et Jandilla est un des fleurons de la fratrie. Borja, héritier de la plus grosse part de l’élevage paternel, est aussi celui qui va être le plus fidèle, il maintient le même type de toro aux lignes fines, il conserve aussi plus de caste que ses frères.
En 2002 une nouvelle partition familiale vient compliquer les affaires. En effet, les Domecq Solís sont dix frères et sœurs et alors seul Juan Pedro et Fernando sont sortis de la communauté. Le fer des Domecq Solís Hermanos est créé, le dessin étant la fusion de ceux de Juan Pedro Domecq y Díez et de Jandilla (la finca), tout un symbole. La nouvelle devise familiale reste sur la finca de « Jandilla » avec 40% du troupeau. Les Jandilla de Borja Domecq s’exilent quant à eux sur les terres d’Estrémadure à « Los Quintos » et « Don Tello » où résident les toros de saca.
Cette même année, Borja Domecq crée le fer de Vegahermosa pour son fils également prénommé Borja. Les deux élevages possèdent les mêmes cercados, la même origine, ne faisant en vérité qu’un.

Borja Domecq aura su maintenir l’élevage de Jandilla au sommet durant tout son règne et c’est avec fierté et le sentiment du devoir accompli qu’il passe la main à son fils en 2016. Peu avant, père et fils avaient entrepris ensemble un travail de sélection important et renouvelé la quasi-totalité des vaches et réduit fortement le troupeau. En 2011, la maison faisait combattre 94 toros, tandis qu’en 2016 seul 54 étaient lidiés. Depuis, l’élevage a retrouvé du volume et maintenu sa réputation. Signe des temps, Borja hijo s’est également lancé en 2018 dans un marché parallèle, celui du commerce de la viande issue du bétail de lidia. Sa marque s’intitule « Bravo gourmet » mais, c’est une évidence, l’arène reste la destination de prédilection.

 


Les origines de Jandilla sont simples, du pur Juan Pedro Domecq y Díez. Élevé indépendamment de l'appellation d'origine depuis 1978, la provenance et le type ne diffèrent en rien. Profitons de l'occasion pour rappeler comment s'est formé cet encaste, ultra-majoritaire de nos jours.

Juan Pedro Domecq y Nuñez de Villavicencio, patriarche de la dynastie Domecq, achète en 1930 l'ancienne ganadería de Veragua à Manuel Martín Alonso. Suivant les conseils de son ami et futur beau-frère, Ramón Mora Figueroa, il achète également toutes les naissances femelles de 1927, 1930 et 1931, ainsi que les étalons ‘Lloron’, ‘Carabello’, ‘Carabello II’, ‘Chucero’ et ‘Bodeguero’ du Conde de la Corte. Qui mieux que Ramón Mora Figueroa pouvait conseiller un tel achat ? Fils de la Marquise de Tamarón, il conduisit avec excellence l'élevage familial avant d'aider le Conde de la Corte à cimenter sa sélection. Lors de ses conseils, il suivait déjà ce bétail depuis vingt ans ! Ses connaissances furent, à n'en pas douter, d'une aide cruciale pour Juan Pedro Domecq, qui, sans lui, n'aurait sans doute pas pu connaître une telle réussite ou du moins pas si rapidement.

Au décès de Juan Pedro (1937), ses fils lui succèdent. Juan Pedro Domecq y Díez poursuit seul sur la finca familiale de "Jandilla" avec l'ancien fer de Veragua, tandis que ses frères se séparent prenant leur part d’héritage. L'élevage est alors constitué de plusieurs origines : les purs Veragua, les purs Parladé du Conde de la Corte et un mélange des deux castes. Dans un premier temps, le croisement donna de bons résultats, mais comme bien souvent dans ce cas, la seconde génération ne fut pas du même acabit. Juan Pedro Domecq y Díez décide alors de se séparer des Veragua, à l’exception de quelques vaches, pour ne conserver que les purs Parladé. Pour compenser, il achète la quasi-totalité de l’élevage de son beau-frère, Ramón Mora Figueroa. Les femelles et l’étalon ‘Roedor’ sont toujours d'origine Parladé mais issus de la branche Pedrajas créée en 1910 par Francisco Correa, tandis que les deux étalons nommés ‘Chavetero’ sont ornés du fer du Conde de la Corte.
Il renforce encore l’origine Conde de la Corte en achetant toutes les femelles nées en 1939 et 1940. Juan Pedro eut le nez creux, si l’on peut dire, puisque ce furent les dernières ventes du Conde. Depuis, les origines restent inchangées.

Juan Pedro Domecq y Díez prône une nouvelle définition de la bravoure qui devient "la capacité à lutter jusqu'à la mort". En un mot, la bravoure ne se mesure plus lors du seul tiers des piques, mais tout au long du combat. Sa sélection est axée sur ce nouveau principe, tant au niveau du comportement que sur le plan morphologique où il tente d'affecter son toro d'un physique adéquat pour exprimer sa bravoure durant l'intégralité du combat.
Le fruit de ses travaux est un toro aux lignes fines, beaucoup moins agressif que le "La Corte". Noble et brave à la fois, il permet aux toreros d'exprimer toutes leurs qualités artistiques, d’où le terme de "toro artiste". En innovant, véritable inventeur, Juan Pedro Domecq y Díez restera comme un des plus grands éleveurs de ganado bravo. Depuis, ses successeurs conservent sa création. Mais parmi eux, Borja Domecq Solís sera le plus fidèle et son fils, Borja Domecq Nogueras poursuit dans le même état esprit l'œuvre de ses aïeux.


Elevages d'origine Jandilla :


Elevages disposant de bêtes d'origine Jandilla :

 
 


Morphologie
 

Le toro de Jandilla est le digne héritier du Juan Pedro, fin, bas et harmonieux. Le poitrail est profond, le postérieur fort. Il s’agit d’un toro plutôt court, rares sont les toros longs. Le morrillo est développé et la ligne dorso-lombaire droite, il y a ici très peu de toros ensellés comme c’est le cas chez Nuñez par exemple. Doté d’un long cou, la tête est bien équilibrée avec des cornes situées légèrement en avant qui remontent. Côté robes, on trouve une large plage, les noirs, colorados et castaños sont les plus fréquents mais sont également présents des burracos ou des jaboneros.


Comportement

Le Domecq de chez Jandilla est un toro franc et régulier qui maintient un même tempérament tout au long du combat. Allègre au cheval, il se fixe ensuite pour charger droit et vite aux banderilles. À la muleta, c’est un toro qui se livre beaucoup et dont la principale caractéristique est sa charge avec un rythme si particulier à cet encaste. La différence avec le Juan Pedro original selon Borja vient de leur poids, beaucoup plus fort aujourd’hui, ce qui occulte parfois un peu leurs qualités, notamment au premier tiers. Si jadis la caste dépassait la noblesse, aujourd’hui c’est l’inverse.

 
 

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