Juan Pedro Domecq
Juan Pedro Domecq

Juan Pedro Domecq y Morenés, à la tête de la devise depuis 2011, est le cinquième du nom. Ses illustres aïeux ont inventé le toro moderne et inondé la majorité des élevages actuels du sang Domecq, le « sang bleu » comme il est de coutume de le surnommer. Mais comme on dit justement, il n’y a pas de ganadería mais des ganaderos. Suivant ce célèbre adage et pour ne pas être simplement un de plus dans la multitude, Juan Pedro Domecq y Morenés tente d’apporter un nouveau souffle à sa devise en sélectionnant désormais son toro « artiste » avec plus de puissance et de caractère. Il s’est d’abord essayé sur le fer de Parladé où il fit ses premiers pas, puis applique ses principes sur le fer historique des Domecq depuis le décès de son père, Juan Pedro Domecq Solís, en 2011. Le troupeau a été diminué de moitié, crise oblige et semblerait profiter de ce changement de cap.

Ancienneté : 2 Août 1790
Devise : Carmen et Blanche
Signal : Puerta de lanza à chaque oreille
Propriétaire : Juan Pedro Domecq Morenés
Gérant : Juan Pedro Domecq Morenés
Fincas : "Lo Alvaro"  El Castillo de la Guardas
   Unión de Criadores de Toros de Lidia





Crédits photographiques : Terre de Toros - William Lucas  

 

En 1778, Vicente José Vázquez reprend le troupeau de son père, Gregorio. Basé aux alentours de Séville, il avait réuni en 1755 du bétail provenant des institutions religieuses de Jerez et de Séville, majoritairement d'origine Cabrera. Mais, à l'époque de Gregorio, l'élevage à la devise noire et blanche possède peu de succès. Lorsque Vicente José prend en charge la devise, tout s'inverse. Il part du principe d'unir les sangs les plus prestigieux et recherche les meilleurs produits de ses concurrents pour refondre sa ganadería. Il achète du bétail à José Rafael Cabrera, au Marquis de Casa Ulloa et à Juan José Becquer, tous d'origine Cabrera. Au regard de son concept initial, l'élevage de Vázquez est un élevage de mélanges dont découle une grande diversité de pelages. Il est dit que les toros noirs ou berrendos sont de provenance du Marquis de Casa Ulloa, les colorados de Becquer, les sardos et ensabanados de Cabrera.
Mais, l'âpreté du comportement des premiers produits n’est pas du goût du ganadero qui est un fervent admirateur de la noblesse des toros du Conde de Vistahermosa. Cependant, le Conde rejette toutes les propositions d’achat de José. Alors, ce dernier élabore un stratagème pour parvenir à ses fins : il s'adresse aux institutions religieuses pour leur acheter le bétail cédé en guise de dîme par les autres éleveurs. L'opération réussit et lui permit d'obtenir du bétail de sang Vistahermosa en 1790. Il déclare alors avec arrogance : "Je possède ce que chacun a, et ce qu'aucun de vous n'a jamais réussi à réunir". Réunir le meilleur est une chose, le perpétuer en est une autre. Tâche que José Vázquez va conduire avec succès, façonnant en plus d'une cinquantaine d'années, un toro aux caractéristiques propres, entre le Cabrera et le Vistahermosa. À son décès, l'élevage est un des plus prestigieux de son temps et le plus vaste qui n'est jamais existé, avec un total de 1300 têtes.
Sans héritiers, c'est le général sévillan Vicente Genero Quesada qui s'occupe de gérer le richissime héritage. La majeure partie (700 têtes) est achetée par le roi Fernando VII, qui le confie à son ami aficionado Fernando Criado Freire qui utilise comme mayoral Sebastián Mínguez. Le troupeau quitte l'Andalousie pour la terre d'Aranjuez, à deux pas de l'élevage du Marquis de Casa Gaviria. Un croisement fut alors opéré entre les deux devises, vaches vazqueñas et étalons Jijón. Le roi profitera peu de son acquisition puisqu'il décède en 1833. La régente aura à charge le troupeau, ou plutôt à décharge puisque les toros ne la passionnent guère. Le Duc de Veragua, qui pistait la ganadería depuis déjà de nombreuses années, profite de l'occasion pour l'acquérir avec son associé le Duc de Osuna.
Ne disposant d'aucune confiance envers les anciens propriétaires, ils éliminent toutes les bêtes issues du croisement Jijón et toutes les vaches marquées du fer de la Real Vacada. Au décès du Duc de Osuna, en 1849, le duc de Veragua reste seul propriétaire et reprend l'ancien fer de José Vázquez. Ses toros, provoquant des premiers tiers spectaculaires et développant ensuite une belle noblesse, font le prestige de l'élevage jusqu'à la fin du XIXème siècle. Dans un premier temps, l'élevage maintient des pelages variés, si bien qu'il n'était pas nécessaire de marquer les toros pour les distinguer. Mais en 1860 fut lidié à Valence le toro jabonero ‘Charrrengue' au comportement extraordinaire. Ses fils furent utilisés comme étalons et sous leur impulsion le pelage jabonero s'imposa. Au début du XXème siècle, le prestige des Veragua s'amenuise peu à peu, le sang Vistahermosa prenant l'ascendant. La bravoure reste intacte, continuant à drainer les foules mais après un combat de titan face au groupe équestre, les toros ont tendance à s'arrêter lors du dernier tiers, ne permettant pas d'admirer le toreo de passe, révolution que sont en train d'instaurer Juan Belmonte et Joselito. En 1922, le toro ‘Pocapena’ aggrave encore le cas de la devise en tuant dans les arènes de Madrid le torero Manuel Granero. 1927 voit la fin du règne de la famille Veragua, son troisième représentant vend aux frères Martín Alonso de Tolède pour finalement partir en Andalousie en 1930 lors de la vente à Juan Pedro Domecq y Nuñez de Villavicencio.

Suivant les conseils de son ami et futur beau-frère, Ramón Mora Figueroa, Juan Pedro insère du sang Parladé via le Conde de la Corte. Les résultats sont excellents. Sept ans plus tard, ses quatre fils lui succèdent, l’aîné Juan Pedro Domecq y Díez conservant le fer. Le troupeau rassemble alors trois origines, les purs vazqueños, les purs Parladé et un mélange des deux castes. La plupart des purs vazqueños iront dans le lot de Salvador, qui appartient désormais à Tomás Prieto de la Cal. Juan Pedro, lui, conserve uniquement les Parladé avec quelques gouttes de sang vazqueño pimentant seulement les pelages. Suivant sa conception de la bravoure, qu'il nomme bravoure intégrale et qu'il définit comme la faculté de lutter jusqu'à la mort, Juan Pedro Domecq y Díez va formater un toro particulier dont la sélection n'est plus basée sur le premier tiers mais sur l'ensemble de son combat, les trois tiers. À partir des années 1950, il rencontre le succès pour ne plus le lâcher. Les figuras demandent ses toros, puis ce sont les ganaderos. Le toro de Juan Pedro sort des frontières de la finca "Jandilla" pour envahir de nombreux élevages et devenir l'encaste majoritaire. À sa mort, en 1975, ses fils héritent de l'élevage et se séparent en 1978. Juan Pedro conserve le fer historique de Vázquez et un dixième de l'élevage qu’il installe sur la finca « Lo Alvaro » au nord-ouest de Séville.

Sous la gouverne de Juan Pedro Domecq Solís l’élevage va maintenir son rang, bien que le Domecq Solís soit bien différent du Domecq y Díez, avec une sélection encore plus axée vers les toreros. Juan Pedro va vouloir créer le toro idéal mais aussi frôler, voire franchir quelques lignes blanches, avec une réduction de la caste et de la puissance, parfois à l’excès. Sa vision du toro pour le torero était sûrement excessive, mais l’homme s’avère un grand éleveur, précurseur en de nombreux domaines comme la sélection par ordinateur ou l’invention du torodrome. Agé de 69 ans, il décède brutalement dans un accident de la route en 2011, son fils Juan Pedro Domecq y Morenés, cinquième génération d’éleveurs de la famille prend alors la suite.

Juan Pedro fils gère alors le fer de Parladé depuis 2003 où il avait débuté un nouveau projet avec le bétail familial. Il voyait dans la sélection de son père des carences et souhaitait les corriger. Il voulait préserver l’âme du Juan Pedro mais en faire un toro de plus de puissance, qui ne soit pas aussi prévisible et qui retrouve des qualités d’humiliation, qualités que les Juan Pedro avaient perdues. Ces années-là sont également celle de la crise, la devise de Juan Pedro compte 800 vaches de ventre et Parladé 260. Il réduit de moitié chaque troupeau, ce qui accentue sa sélection qui s’applique à l’identique aux deux devises. Un vent nouveau souffle sur « Lo Alvaro », à voir jusqu’où il portera la vieille devise vazqueña.

 


Juan Pedro Domecq y Nuñez de Villavicencio, patriarche de la dynastie Domecq, achète en 1930 l'ancienne ganadería de Veragua à Manuel Martín Alonso. Les toros arrivent en Andalousie par camion, tandis que les vaches rejoignent la finca de « Jandilla » depuis Tolède à pattes, ce qui prendra plus d’un mois. Bien que le toro de présentation de Juan Pedro Domecq à Madrid soit d’origine Veragua, notre nouveau ganadero va suivre les conseils de son ami et futur beau-frère, Ramón Mora Figueroa et puiser dans une autre source : le Parladé du Conde de la Corte. Il achète alors toutes les naissances femelles de 1927, 1930 et 1931, ainsi que les étalons ’Llorón’ ‘Carabello’, ‘Carabello II’, ‘Chucero’ et ‘Bodeguero’ du fer condeso. Qui mieux que Ramón Mora Figueroa pouvait conseiller un tel achat ? Fils de la Marquise de Tamarón, il conduisit avec excellence l'élevage familial avant d'aider le Conde de la Corte à cimenter sa sélection. Lors de son conseil, il suivait donc ce bétail depuis vingt ans ! Ses connaissances furent à n'en pas douter d'une aide cruciale pour Juan Pedro, qui, sans lui, n'aurait sans doute pas pu connaître une telle réussite ou du moins pas si rapidement.

Au décès de Juan Pedro, ses fils lui succèdent, Juan Pedro Domecq y Díez poursuivant sur la finca familiale de "Jandilla" avec l'ancien fer de Vicente José Vázquez. L'élevage est alors constitué de plusieurs origines : Les purs Veragua, les purs Parladé du Conde de la Corte et un mélange des deux castes. Dans un premiers temps, le croisement donna de bons résultats, mais comme bien souvent dans ce cas-là, la seconde génération ne fut pas du même acabit. Juan Pedro Domecq y Díez décide alors de se séparer des Veragua à l’exception de quelques vaches, pour ne conserver que les purs Parladé. Pour compenser, il achète la quasi-totalité de l’élevage de son beau-frère, Ramón Mora Figueroa. Les femelles et l’étalon ‘Roedor’ sont toujours d'origine Parladé mais issus de la branche Pedrajas créée en 1910 par Francisco Correa, tandis que les deux étalons nommés ‘Chavetero’ sont ornés du fer du Conde de la Corte. Il renforce encore l’origine Conde de la Corte en achetant toutes les femelles nées en 1939 et 1940. Juan Pedro eut le nez creux, si l’on peut dire, puisque ce furent les dernières ventes du Conde.

Juan Pedro Domecq y Díez prône une nouvelle définition de la bravoure qui devient "la capacité à lutter jusqu'à la mort". En un mot, la bravoure ne se mesure plus lors du seul tiers des piques, mais tout au long du combat. Sa sélection est axée sur ce nouveau principe, tant au niveau du comportement que sur le plan morphologique où il tente d'affecter son toro d'un physique adéquat pour exprimer sa bravoure durant l'intégralité du combat.
Le fruit de ses travaux est un toro aux lignes fines, beaucoup moins agressif que le "La Corte". Noble et brave à la fois, il permet aux toreros d'exprimer toutes leurs qualités artistiques, d’où le terme de "toro artiste". En innovant, véritable inventeur, Juan Pedro Domecq y Díez restera comme un des plus grands éleveurs de ganado bravo.

Juan Pedro Domecq y Díez eut dix enfants, faisant de sa succession (1975) une cause de probable dislocation. Heureusement, le partage ne fut pas instantané mais progressif, ce qui permit de doter chaque héritier d’un véritable troupeau. Son fils aîné, Juan Pedro Domecq Solís fut un des premiers à prendre son indépendance en 1978. Sa part comporte le fer et un lot de 84 vaches de ventre et 4 étalons. Le but de Juan Pedro n'est pas d'inventer un encaste, ceci son père l'a déjà réalisé, mais simplement d'amener sa touche personnelle. Afin d'aller au plus vite, il augmente son troupeau avec 76 vaches de son oncle Salvador Domecq et deux étalons. Le premier, ‘Rabino’, n'eut que très peu d'importance puisqu'il mourut rapidement ; par contre 'Artillero', le second, est une des bases de la ganadería de Juan Pedro Domecq Solís. Le contrat qui le lie à ses frères lui donne la possibilité d'avoir accès à tous les étalons de l'élevage de Jandilla qu'il peut utiliser sur une vingtaine de vaches, afin de conserver la diversité des familles. Attaché aux études génétiques, il va construire sa ganadería sur 4 étalons de son père : ‘Ojalado’, ‘Garabato’, ‘Desgranado’ et ‘Rancherito’. Juan Pedro obtint la descendance des trois premiers, lors de tientas en 1981 où il sélectionna leur fils respectif : ‘Gusarapo’, ‘Astifino’ et également un autre ‘Gusarapo’. Pour trouver un descendant de ‘Rancherito’ ce fut plus complexe. Il dut acheter un de ses fils à Luis Algarra, le toro ‘Decidor’.
En somme, Juan Pedro Domecq préserve l'héritage familial, mais si les gènes restent identiques, trente années de sélection ont profondément modifié son toro. Pour reprendre des termes qui lui sont chers, son toro est beaucoup plus "artistique", tant dans son physique que dans son tempérament. Mais à ce mental s’associe la perte de la caste caste qui fut pourtant un des fondamentaux de la réussite de son père. Moins de caste, moins de puissance et un comportement prévisible font baisser la réputation de l’élevage. Son fils Juan Pedro Domecq Morenés semble conscient des changements à apporter et se lance d’abord dans un projet personnel avec le fer de Parladé (2003) avant d’acquérir la légitimité de l’étendre au fer depuis 2011.


Elevages d'origine Juan Pedro Domecq :


Elevages disposant de bêtes d'origine Juan Pedro Domecq :

 
 


Morphologie
 

Le toro de Juan Pedro Domecq possède des lignes très fines, donnant un ensemble harmonieux. Sa sélection l’a amené à devenir l'archétype du toro aux formes idéales pour produire des charges "artistiques". Ainsi, il est bas, avec des pattes courtes et plutôt léger, son poids idéal allant de 480 à 540 Kgs. Le cou est allongé, la peau fine lui collant à la chair, ce qui affine le type. La tête est étroite avec des cornes bien positionnées, astifinas, mais sans exagération. La ligne dorso-lombaire est droite ou légèrement assise, la croupe est anguleuse et peu développée.
Les robes sont variées : negro, colorado, castaño, tostado et jabonero.


Comportement

Le toro de Juan Pedro Domecq est conçu pour plaire aux toreros. Et c'est réussi, puisque toutes les figuras se l’arrachent. Dès son entrée en piste, il se livre dans les capotes où il fait admirer sa douce charge. Rares sont ceux, même aux prémices du combat, qui exhibent des tendances de rébellion. Brave, il ne rechigne pas pour charger le cheval, mais si les intentions sont là, la force et l'agressivité manquent. Tel un artiste, le Juan Pedro est choyé, les cuadrillas le maniant avec grande précaution pour ne pas trop le contraindre. La suite n'est que noblesse, charges mielleuses, inlassables, qui s'accordent à la perfection avec le temple des plus grands artistes. Mais cette noblesse est trop souvent naïve, enlevant toute émotion au combat qui finalement ne fut jamais présent.

 
 

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