Alves do Rio
Alves do Rio

 

Si José Martinho Alves do Rio ne conserva son élevage qu’une grosse dizaine d’années, si son patronyme est aujourd’hui presque oublié si ce n’est par certains éleveurs portugais ou quelques fondus d’histoire des ganaderías, il n’en reste pas moins que son élevage de purs Parladé acquis en 1919 auprès de la veuve du marquis de Tamarón fut l’un des grands ports par lequel le Parladé bientôt triomphant pénétra dans les herdades du Portugal. En d’autres mots, il a bouleversé, aux côtés de Pinto Barreiros, l’évolution de l’élevage des toros de combat au Portugal.




José Martinho Pereira de Lucena Alves do Rio fut un grand aficionado de son temps qui ne se contenta pas d’être éleveur mais qui était connu également comme torero amateur ainsi qu’ en attestent ses participations à des courses caritatives données à la fin du XIX° siècle au Portugal. Fils de José Augusto Alves do Rio et de Maria do Costelo Pereira de Lucena de Noronha e Faro Cota Falção (pas moins !), José Martinho Alves do Rio fit son entrée dans le monde ganadero en 1919 même si l’on peut avancer sans trop se méprendre que lui ou sa famille élevaient des toiros avant cette date. Preuve en est cette référence extraite du livre El sabio y el fenómeno en la temporada de 1914 qui conte la corrida donnée à Lisbonne le 17 sep-tembre 1914 et combattue par Juan Belmonte qui y affrontait des toros de Emilio Infante (da Câmara) et d’Alves do Rio « antes Lapa ».

Mais Alves do Rio était ami avec el sabio, c’est-à-dire Joselito ‘Gallito’ et c’est ce dernier qui lui aurait conseillé d’entrer en contact avec la famille Mora-Figueroa alors « dirigée », à la fin des années 1910, par la veuve du marquis de Tamarón, Francisca Ferrer y Rabech. Celle-ci lui vend en 1919 une pointe de vaches qui sont accompagnées par le semental ‘Calcetero’. En 1921, il ajoute une camada de becerras que le Conde de la Corte, acheteur de l’élevage de Tamarón en 1920, s’était engagé auprès des Mora-Figueroa à lui fournir pour respecter l’accord de la famille avec Alves do Rio. En 1922, l’éleveur de Coruche intègre un Gamero Cívico à son troupeau, l’étalon ‘Revoltoso’. Il semblerait que le Conde de la Corte lui ait également vendu des reproducteurs dont un certain ‘Campesino’.

Au final, Alves do Rio avait réuni entre ses mains le gratin de l’héritage Parladé mais il ne profita que peu de temps de son trésor car l’on apprit la nouvelle de son suicide le 06 sep-tembre 1931. Certains littérateurs ont écrit qu’il avait consommé une grande partie de sa fortune dans sa ganadería. Ses héritiers (quatre enfants) se défirent de ce poids durant les deux an-nées qui suivirent. Il est de notoriété publique qu’une des plus importantes parts fut acquise par As-sunção Coimbra qui, des années plus tard, vendit à José Luis Vasconcelos e Sousa d’Andrade, le-quel est disparu en 2020. De leur côté, les frères Emilio et José Infante da Câmara achetèrent une pointe de vaches et un reproducteur même si certains auteurs affirment qu’ils récupérèrent la moitié de l’élevage d’Alves do Rio. Enfin, une dernière grosse part traversa la frontière et fut achetée par Eloy Sánchez Hidalgo qui s’en défit rapidement au profit du marquis de Albayda.

 


L’élevage fondé par Alves do Rio en 1919, sur les conseils de son ami Joselito, illustre parfaitement la transition que vivait la tauromachie de cette époque surnommée la edad de oro et, par ricochet, les élevages de toros de lidia. Un nom résume cette transition : Parladé ! Que ce soit la ligne de la marquise de Tamarón ou celle de Luis Gamero Cívico, le Parladé a petit à petit pris racine dans les élevages lusitaniens, rendant caduques des lignées devenues dé-modées ou presque : le Jijón bien évidemment mais surtout le Vázquez et, en son sein, le Veragua. Les années 1900, 1910, 1920 sont le réceptacle de cette révolution vers le « toro moderne ». Alves do Rio ne s’y trompa pas et fut l’un des premiers portugais à acheter ce Parladé si convoité à la mar-quise de Tamarón, doña Francisca Ferrer y Rabech, mère d’une fratrie de plus de dix en-fants, les Mora-Figueroa Ferrer, parmi lesquels certains garçons comme José Ramón, par exemple, peuvent être considérés comme les meilleurs ganaderos de l’histoire de la tauromachie. Les Mora-Figueroa étaient détenteurs depuis 1911 et 1912 (on trouve aussi 1910) d’une part de la ganadería de Fernando Parladé qui n'est pas reconnu comme un grand éleveur, mais qui a su profiter des travaux de ses prédécesseurs. Ainsi, en 1904, Eduardo Ibarra partage son élevage en deux lots. Rappelons qu’il s’agit là de la descendance directe de l’encaste Vistahermosa via la ligne Barbero de Utrera puis Dolores Monge, veuve de Murube et enfin Eduardo Ibarra. Un des deux lots d’Ibarra participera à la création de l'élevage du Conde de Santa Coloma, l'autre donnera naissance à la ganadería de Fernando Parladé. Sachant toute la qualité de son acquisition, Fernando Parladé se présente immédiatement à Madrid, le 24 avril 1904, avec au cartel Antonio Montes, ‘Bombita’ et ‘Lagartijillo’. Comme attendu, les résultats sont excellents et son fer devient la réfé-rence du début de siècle. Parladé sut maintenir durant dix années sa devise au plus haut rang tout en étendant son influence, ce qui n'est tout de même pas anodin. Aujourd'hui, la majorité du bétail de lidia découle de l'élevage de Parladé, ce qui explique que son nom soit resté une référence. On le constate, ni Parladé, ni la marquise de Tamarón ne restèrent propriétaires de leur élevage res-pectif très longtemps. Une dizaine d’années pour chacun mais cela fut suffisant pour faire de ces toros les meilleurs de leur époque et la source à laquelle tous les autres vinrent prendre vie. Le travail de sélection d’Ibarra puis de Parladé et enfin des Mora-Figueroa fut remarquable pour ne conserver que le meilleur de leur bétail (ces dernières années, un littérateur taurin français a avancé l’hypothèse que les Tamarón avaient aussi acheté des femelles d’Urcola. Il en voulait pour preuve les livres de l’élevage aujourd’hui détenus par Paco Galache et dans lesquels des annotations montrent en effet que la veuve de Tamarón aurait acheté des vaches Urcola. Que devinrent ces quelques vaches ? Fu-rent-elles mélangées aux Parladé ? Si non, quel était le but de cet achat ? Le mystère demeure mais il pose des interrogations intéressantes et nous permet surtout de rester très humbles face aux facéties de l’Histoire). Outre-les eralas de Parladé achetées en 1911 et 1912, il convient de mention-ner qu’étaient présents dans la transaction le prêt ou la location ou l’achat de trois novillos qui servirent d’étalons : ‘Mochuelo’, ‘Serranito’ et surtout ‘Alpargatero’* qui deviendra le ciment de la ganadería même s’il ne couvrit les vaches que durant très peu d’années puisque lidié en 1916 à Madrid par Curro Posada.

En 1919, lorsqu’Alves do Rio achète le bétail à Tamarón, y-a-t-il dans le lot des filles de cet ‘Alpargatero’ ? La question peut se poser car on imagine mal que les Mora-Figueroa aient vendu de prime abord ce qu’ils considéraient comme étant le meilleur. Dans tous les cas, après son achat de 1919, Alves do Rio récupère aussi en 1921 une autre camada de becerras auprès de Agustín de Mendoza y Montero, Conde de la Corte, installé à côté de Zafra et auquel la veuve de Tamarón vendit sa ganadería en décembre 1920. Dans les termes de la vente étaient inscrits, semble-t-il, que La Corte devait fournir à Alves do Rio un lot de fe-melles pour respecter un accord passé entre le Portugais et les Mora-Figueroa. Le Conde de la Corte joua le jeu et Alves do Rio put faire ainsi grandir un troupeau sur lequel il intégra en 1922 un repro-ducteur de Luis Gamero Cívico nommé ‘Revoltoso’. Gamero Cívico détenait depuis 1914 une part de la division de l’élevage de Fernando Parladé ; ‘Revoltoso’ était donc un frère ou un cousin très proche du bétail Tamarón d’Alves do Rio et du Conde de la Corte. Alves do Rio prit son ancienneté à Madrid le 14 septembre 1925 et si l’on en croit une chronique de l’époque, « el primer toro atendía por revoltoso, resultó bravísimo y en el arrastre le dieron las mulillas vuelta al anillo ». Il est possible qu’Alves do Rio ait de nouveau fait appel à des reproducteurs du Conde de la Corte dans les années qui suivirent. Pour autant, le rêve ganadero de ce torero amateur est brisé par lui-même le 06 septembre 1931, jour de son suicide.

La ganadería ne survit pas à cet acte tragique : ses héritiers la revende par morceau, la répande aux quatre vents, qui à Assunção Coimbra, qui aux frères Emilio et José Infante da Câmara et enfin qui à Eloy Sánchez Hidalgo. Ne reste aujourd’hui qu’un patronyme dans de vieux papiers et quelques gouttes de ce sang exceptionnel dans certaines camadas portu-gaises dont la plus emblématiques est celle de José Luis Vasconcelos e Sousa d’Andrade, décédé fin 2020 et qui se présentait comme un féru défenseur de ses purs Tamarón / Alves do Rio.

* cf. Cosas de campo / ‘Alpargatero’, né Parladé, mort Gamero Cívico et père des Tamarón.

 
 


  ‘Alpargatero’ : né Parladé, mort Gamero Cívico, père des Tamarón.
 

Le 08 octobre 1916, un ganadero faisait sa présentation à Madrid, deux ans seulement après avoir acheté le bétail brave avec lequel il escomptait rencontrer gloire et honneurs. En effet, c’est en 1914 que Luis Gamero Cívico devenait propriétaire d’une partie de l’élevage de Fernando Parladé. Ce dernier, dont le nom a traversé l’Histoire, avait racheté une part de la ganadería d’Eduardo Ibarra une dizaine d’années auparavant ; autant écrire qu’il ne profita que bien peu de temps de son jouet d’encaste Vistahermosa. Au début des années 1910, Parladé avait déjà vendu des camadas de femelles à la marquise de Tamarón, mère des très entretenus ganaderos Mora-Figueroa. Avec ces femelles, trois jeunes mâles firent le voyage vers les terres des Tamarón à la finca Las Lomas : ‘Serranito’, ‘Mochuelo’ et ‘Alpargatero’. L’on pourrait penser que ces trois étalons devinrent alors propriété des Mora-Figueroa mais il semble qu’il n’en soit rien. Il s’agissait certainement plus d’un prêt ou d’une location entendue jusqu’à ce que ces mâles atteignent l’âge d’être combattus dans une arène sous le fer de leur ganadero, en l’occurence Fernando Parladé. Las, ce dernier vend fer et bétail à Luis Gamero Cívico en 1914 ce qui fait que notre ‘Alpargatero’ devenait son toro. Conscient de la qualité du cheptel acquis, Gamero Cívico saisit l’opportunité de se présenter à Madrid à peine deux ans après son achat et ‘Alpargatero’, à cette date de 1916, a l’âge d’être combattu et entre dans le lot de présentation de Luis Gamero Cívico à Madrid alors même qu’il copulait allègrement sur les terres des Tamarón, injectant son sang bleu, sa bravoure et toutes ses qualités à un élevage qui n’était pas celui de son propriétaire ni plus celui du fer qu’il portait au flanc. ‘Alpargatero’ sortit en troisième position d’un lot dont voici la composition :
1. ‘Montañés’, negro meano , 2. ‘Mesonero’, negro bragado, 3. ‘Alpargatero’, negro bragado y bonito, 4. ‘Treinta y cuatro’, negro’, 5. ‘Artillero’, colorado, ojo de perdiz, 6. ‘Hortelano’, negro listón.
Dans le quotidien ABC du 09 octobre 19161, Gregorio Corrochano se montre très satisfait du lot en général et écrit que « el ganado dió un juego precioso. Bravo y noble, como debe ser el toro de lidia. No hubo un toro de punta, como en Bilbao, pero tampoco hubo uno que hiciera nada feo ; todos fueron bravos ». Concernant ‘Alpargatero’, il ajoute à l’attention du torero Curro Posada que « el toro fué superior ; para mi gusto, el mejor de los seis ». Il ne fait nul doute aujourd’hui que José Ramón Mora-Figueroa, la tête pensante du clan Tamarón en matière de sélection brava, se fit la même réflexion que Corrochano. Les progénitures de ce mâle hors pair durent s’en trouver choyées et particulièrement analysées ; à juste titre puisque le sperme de ‘Alpargatero’ est à l’origine de la réussite des La Corte, Atanasio Fernández, Nuñez et bien évidemment Domecq. Un toro, trois fers, un monde.

1. Corrochano, Gregorio — Chronique de la corrida du 8 octobre 1916 à Madrid, ABC, 09.10.1916.

 
 

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