Monteviejo
Monteviejo

Victorino Martín García est principalement connu pour ses Albaserrada. Mais ceux-ci sont l’œuvre de son père ; son ouvrage à lui, ce sont ses « Patas Blancas » qu’il fait courir sous le nom de Monteviejo. Il compte bien rééditer l’exploit paternel et remettre au goût du jour cet encaste qui fit merveille au milieu du XXème siècle, pour le sauver d’une disparition déjà actée.
Pour y parvenir, il va croiser les deux rames des Patas Blancas que sont les Cobaleda et les Galache pour s’offrir le meilleur patrimoine génétique de l’encaste. La suite est un travail de sélection qui semble peu à peu porter ses fruits, même si la conclusion semble encore lointaine. La devise se réserve aujourd’hui presque exclusivement aux novilladas pour lesquelles elle a trouvé un joli marché. L’élevage de bravo est une affaire de patience à laquelle doit s’associer une persévérance sans faille. Des qualités dont Victorino Martín García ne semble pas dépourvu et qui entretiennent l’espoir de revoir un jour les berrendos sur le sable de nos arènes.

Ancienneté : 20 Juin 1999
Devise : Violet et Vert
Signal : Orejisana
Propriétaire : Agropecuaria Monteviejo, S.L.
Gérant : Victorino Martín García
Fincas : "Las Tiesas de Santa María"  Portezuelo
   Unión de Criadores de Toros de Lidia





Crédits photographiques : Terre de Toros  

 

En 1995, Victorino Martín García doté d’une petite dizaine d’années d’expérience acquise aux côtés de son père dans l’élevage familial se lance dans son aventure personnelle : sauver l’encaste des fameux Patas Blancas. Préserver la Fiesta brava fut de tout temps une de ses préoccupations et aujourd’hui encore il la défend en tant que président de la fundación del toro de lidia. Il achète alors la moitié de l’élevage de Barcial à Arturo Cobaleda. Il profite d’une nouvelle réglementation de l’U.C.T.L. qui permet désormais de créer un fer dans un groupe spécifique nommé « aspirante ». Le fer représentant un V posé sur un M pour Victorino Martín est nommé « Monteviejo », du nom de la finca qui le loge et qui fut jadis celle de José Bueno.

La première camada aura l’honneur de faire sa présentation à Madrid le 20 juin 1999 où le toro de cérémonie se nomme ‘Cornicorto’ n°1, cela ne s’invente pas. En 2002, après avoir obtenu des résultats satisfaisants, comme dit la formule, dans sept corridas de toros dont six à Madrid, l’élevage monte au grade de titulaire de l’U.C.T.L.
Cependant, Victorino García n’est pas satisfait des résultats et cherche à fortifier le capital génétique de son élevage. Il achète alors un quart de l’élevage de Paco Galache et réalise un croisement entre les deux lignes de l’encaste Vega-Villar. Il espère ainsi obtenir un toro plus mobile qui charge avec plus de profondeur.
Si la devise avait jusqu’alors fait combattre beaucoup de corridas, elle change de stratégie et se réserve pratiquement exclusivement aux novilladas. Ce qui permet à Victorino de gagner du temps dans la connaissance de son troupeau. Les résultats s’améliorent et l’élevage de Monteviejo prend peu à peu de l’importance sur le marché des novilladas pour en devenir un des leaders depuis 2017.

Dernière étape en date, l’adjonction en 2018 d’une nouvelle part de l’élevage de Paco Galache, histoire d’enrichir encore le capital génétique et de pérenniser le projet.

 


Victorino Martín García l’annonce depuis la création du fer de Monteviejo, si les Albaserrada sont l’œuvre de son père, les Patas Blancas seront la sienne. Son projet est simple, sauver cet encaste, qui depuis la fin du XXème siècle est en grand danger. L’aventure est périlleuse, tant les singuliers Patas Blancas sont aujourd’hui en marge de la tauromachie moderne, mais peu importe la labeur c’est pour lui un devoir d’agir ainsi. Il faut dire que son père lui a ouvert la voie en sauvant de l’abattoir les Albaserrada. Mais cette fois-ci, la tache semble plus laborieuse pour ne pas dire plus délicate. Vingt-cinq ans ont passé depuis le début de cette belle histoire et les Patas Blancas sont loin d’être sauvés. Victorino le dit ouvertement, cela prendra encore du temps et vraisemblablement ce sont mes filles qui verront la conclusion. Pour comprendre toute cette motivation à sauver cet encaste, il faut revenir à la source, il y a maintenant plus d’un siècle.

Au cours d'une tertulia, José Vega exposa son idéal en matière de toro de lidia : un mélange des caractéristiques du toro vazqueño et du Santa Coloma. Des mots aux actes, il n'y a parfois qu'un pas, si bien qu'il tenta l'aventure. Il choisit scrupuleusement 40 vaches au Duc de Veragua et un étalon d'origine Saltillo de couleur negro au Conde de Santa Coloma, et entreprit le croisement.
La filiation de "l'idée" de Pepe Vega, ce sont les frères Vega qui vont l'étalonner et la formater. Le Vega-Villar est un toro berrendo, mélange de deux couleurs, dans une large plage chromatique, des negros, des cárdenos mais aussi des colorados et des jaboneros. Ils présentent de nombreuses tâches sur tout le corps et possèdent souvent le bout des pattes blanches, d’où leur surnom populaire de « Patas Blancas ». Une diversité de robes qui tient à l'influence du sang Veragua. Mais il semblerait que ce soit le sang Santa Coloma qui ait pris le dessus dans le mélange des deux races, apportant une morphologie réduite et un caractère pimenté.
Par la suite, les deux frères Villar vont se séparer et donner naissance à deux branches. D’un côté Arturo Sánchez Cobaleda va opter pour un toro imposant et très armé avec une influence forte de la caste vazqueña, de l’autre la branche commencée par José Encinas, relayée plus tard par la famille Galache, aboutit à un toro autre, modeste, au physique très Santa Coloma et à la « douce bravoure » .

Une des parts de l’élevage d’Arturo Sánchez Cobaleda adviendra à son petit-fils Arturo Cobaleda González sous le nom de « Barcial ». Un des plus grands mérites d’Arturo sera de réussir à faire perdurer ses Patas Blancas, ce que peu d’éleveurs de cet encaste réussirent à faire. Mais dans les années 1990, la devise est loin d’être pérenne avec de surcroît des problèmes sanitaires. C’est alors que Victorino Martín García acquiert la moitié de l’élevage par tirage au sort. Le lot comprend 83 vaches dont 63 sont pleines. Elles donneront 26 femelles et 37 mâles. Arturo prête également pendant un an l’étalon ‘Cornicorto’ n°62 afin que Victorino puisse débuter sans attendre que ses añojos grandissent. Le temps est l’ennemi numéro un de l’éleveur et plus encore dans ce défi que s’est lancé Victorino. Alors, pour apprendre plus vite, il place également un de ses Albaserrada sur un petit lot de vaches, constituées avec celles qui sont le moins à son goût. L’essai est peu probant et vite mis de côté. Les premières sorties des Barcial de Monteviejo ne sont pas non plus des plus encourageantes.

Dix ans après avoir débuté Monteviejo, Victorino va opérer un rafraîchissement de sang pour muscler le capital génétique de ses Patas Blancas. Cette fois, le bétail provient de l’autre ligne du Vega-Villar, la rame Encinas qui a inondé les fers de la famille Galache. Francisco Galache Cobaleda détenait à « Hernandinos » un des élevages les plus côtés de la famille. Illustre dans les années 1960, son type de toro au petit squelette et aux cornes modestes ne lui permit pas de maintenir sa position lorsque dans les années 1970 on rechercha un toro grand et lourd. Cantonné dans une position beaucoup plus modeste, Francisco maintient cependant avec passion son bétail jusqu’à sa mort en l’an 2000, à l’âge de 89 ans. Il n’a pas d’enfant mais quatre neveux, enfants de sa sœur Eusebia et de son frère Salustiano. Les neveux maintiendront le troupeau jusqu’en 2004 date à laquelle ils se le partagent. La part de José María Cobaleda Galache, le fils d’Eusebia, est vendue à l’automne 2005 à Victorino Martin. L’ensemble compte 59 vaches d’origine Encinas et 69 d’origine Urcola, la famille Galache possédant deux courants de sang qu’elle élevait séparément. Accompagnaient les vaches, 31 veaux, 14 velles et 25 novillos. Bien évidement, ce sont les Encinas qui intéressent Victorino, le bétail d’origine Urcola sera séparé et marqué d’un nouveau fer mais ceci est une autre histoire.
Parmi les vaches, nombreuses sont celles qui n’ont jamais été tientées, certaines d’un âge très avancé. Illustration du flottement que connut la devise de Francisco Galache, de par son âge avancé puis à cause des difficultés classique d’une succession aux héritiers nombreux. Victorino fait alors tienter les vieilles vaches « neuves », s’étonnant de tant de qualités. Son idée est de croiser les deux lignes du Vega-Villar et d’injecter plus d’endurance et de profondeur de charge dans son Cobaleda grâce au Galache.
Cette fois le travail et la persévérance de Victorino commencent à porter leurs fruits. Les résultats s’améliorent et le troupeau grandit jusqu’à compter 200 vaches de ventre. La majeure partie du bétail de Monteviejo sort en novillada et peu à peu, il prend de l’importance jusqu’à devenir un des leaders de la catégorie, faisant courir jusqu’à 42 novillos en 2018.

Doté d’un troupeau robuste et maîtrisé, Victorino franchit un nouveau cap en 2018 en se portant acquéreur, en compagnie du torero Antonio Ferrera, d’un autre quart de l’élevage de Francisco Galache. Cette fois, c’est la part d’héritage de Caridad Cobaleda, la sœur de José Maria. Le torero récupère 50 vaches et 3 étalons tandis que Victorino ramène à « Monteviejo » et à « Las Tiesas » 50 vaches et 2 étalons, dont un berrendo en colorado. Une robe qu’il ambitionne de développer puisqu’il ne disposait jusque-là que d’une seule vache de ce pelage. L’objectif est ici de renforcer plus encore le capital génétique de ses Patas Blancas et d’acquérir de nouvelles familles. D’ailleurs, l’accord passé avec Antonio Ferrera comprend l’échange d’étalons. Par contre, Victorino ne désire pas augmenter son troupeau qu’il souhaite maintenir autour des 200 vaches de ventre.

 
 

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