Valverde
Valverde

Jean-Luc Couturier est un industriel de la boulangerie. Il fit fortune en inventant le pain « prêt à cuire ». Et si certains dépensent leur argent dans la drogue, les femmes, lui ce qu’il aime ce sont les toros. Alors, en 2012, direction l’Espagne où il achète le fameux élevage de Valverde.
L’élevage n’est pas en bon état et la priorité est à la reconstruction. Sélection sévère des vaches et rafraîchissement de sang avec l’introduction de vaches du Conde de la Corte et des étalons de El Torero (Domecq). Si ce dernier rafraîchissement peut surprendre, Jean-Luc Couturier l’explique par l’ascendance commune : Parladé.
Indiscutablement, les moyens sont là, rien ne manque à la finca de Coste Haute qui est un modèle du genre. Atypique, Jean-Luc Couturier tranche dans le monde taurin. Il applique la logique qu’il a apprise dans les affaires et l’industrie tout au long de sa vie, ce qui dénote dans un milieu qui a tendance à vivre dans le passé et à parfois oublier le bon sens paysan. L’homme se fait plaisir tout en contemplant ses toros forts et armés comme il les aime.
En 2013 il se lancera dans un projet encore plus fou, ressusciter l’élevage de Concha y Sierra. Après un dur travail de fond, notamment sur l’élargissement des familles, il doit se contraindre à vendre en 2021, alors que les premiers signes positifs apparaissent. Affaibli par la crise, il décide de se concentrer sur les Valverde pour lesquels les résultats sont indiscutablement bons. Il n’hésite pas à s’en féliciter avec fierté, ce qui lui attire également quelques jalousies.

Ancienneté : 20 Avril 1947
Devise : Bleu et Vert
Signal : Puerta à chaque oreille
Propriétaire : Scea Ganaderia de Valverde
Gérant : Jean Luc Couturier
Fincas : "Domaine de Coste Haute"  Saint Martin de Crau
   Unión de Criadores de Toros de Lidia





Crédits photographiques : Nacho Blasco  

 

En 1941, Juan Sánchez Rodríguez de Valverde achète 92 vaches et 3 étalons à Vicente Charro, du bétail d'origine Gamero Cívico issu de la ganadería de Lorenzo Rodríguez. Situé à proximité de Salamanque, l'élevage fait combattre sa première novillada à Barcelone le 13 février 1944 avec le fer et la devise actuels. À l’époque, les figuras s'affichent volontiers avec les "Valverde", leur sérieuse présentation permettant de grandir le triomphe. Le 26 août 1944, à Cieza, Manolete croise ‘Colegial' et c’est le triomphe, les deux oreilles et la queue et vuelta al ruedo pour le brave toro. La date est historique car il s’agit de la première confrontation sur le sol espagnol entre Manolete et Arruza, ce dernier coupant également un rabo et même une patte ! Juan Sánchez Rodríguez de Valverde ne pouvait rêver mieux pour se faire connaitre. La présentation à Madrid a lieu le 20 avril 1947 avec une novillada de bon aloi. L'année suivante, il réussit à acquérir 80 vaches et 2 étalons de filiation Conde de la Corte et les ajoute à son troupeau. Il semblerait que Juan Sánchez les ait achetés au Vizconde de Garcigrande qui les avait lui-même obtenus de Juan Cobaleda.

Quelques années plus tard Juan décède et en 1951 l'élevage est éclaté entre ses trois fils. L'aîné, Cesario Sánchez Martín hérite du fer et de la part la plus neuve, avec le bétail d’origine Conde de la Corte. Le lot se compose de 60 vaches et 2 étalons. Il se présente à Madrid à son nom le 28 août 1955 où ‘Flamenco’ et ‘Comadrón se font remarquer. Cesario est un homme de foi, chanoine de Salamanque, sa fonction lui vaut l'appellation populaire de "Curé de Valverde". Il possède un charisme hors norme, agrémenté d'une droiture inamovible. Peu à peu, sa sélection sans concession va placer la devise au rang des plus réputées mais aussi lui valoir bien des contrariétés. Ici, point n’est question d’afeitado ou d’autres combines, et bien des toros de Valverde sont restés au campo du fait de l’intransigeance du « Curé ». Hors de question aussi de vendre un toro âgé de seulement quatre ans, car un toro n’est toro qu’à l’âge de cinq ans. Ici on respecte les dogmes ancestraux et les principes appliqués sont ceux hérités de ses aïeux. La personnalité de Cesario est source de nombreuses anecdotes qui inscrivent petit à petit le fer dans le rang des légendes. Si les Valverde ont une réputation de durs à cuire, ils sont aussi propices aux grands triomphes pour ceux qui ont les papiers comme on dit. En 1983, à Ávila, Ortega Cano coupe les deux oreilles et la queue de ‘Delgatote’ qui est primé d’une vuelta al ruedo.
Hormis l'élevage matrice du Conde de la Corte, le Valverde est un des rares toros fidèles à cet encaste, préservant les caractéristiques parladeñas ancestrales des La Corte. Le semental ‘Jaquetón' inscrit dans le plus pur type La Corte et doté d’une armure très impressionnante eut beaucoup d’influence sur l’évolution de l’élevage.

En 1994, au décès de Cesario, s'éteint une partie de la légende. Suivent des temps plus obscurs que ses neveux tentent d’amoindrir. L'esprit n'a pas changé et les principes demeurent, Leopoldo et Juan Mateos Sánchez assurant de leur mieux le rôle de gardiens du temple. Malgré tout l’élevage décline doucement et les problèmes sanitaires dus en partie à la consanguinité deviennent de plus en plus préoccupants. La bulle d’oxygène viendra de France en 2012 en la personne de Jean-Luc Couturier.

Jean-Luc Couturier est un industriel qui a fait fortune grâce à une innovation majeure dans la cuisson du pain. Sa route croise la tauromachie par hasard, comme beaucoup. Un coup de cœur émotionnel déclenché par une corrida de Valverde à Alès qui restera à jamais dans sa mémoire. De fait, il aime les toros-toros, ceux avec des cornes, du volume et de la force. Par son activité professionnelle, il n’a pas le temps de s’investir dans le monde de la tauromachie mais il donnera occasionnellement quelques coups de mains aux arènes voisines de Tarascon. Il ira même jusqu’à financer entièrement un lot de novillos de Barcial. À l’approche de la retraite, Jean-Luc Couturier angoisse d’une éventuelle inactivité. Alors, lorsqu’il apprend que l’élevage de Valverde est à vendre, il ne lui faut pas longtemps à se décider pour se jeter dans une nouvelle aventure.
Le troupeau de Valverde, composé de 80 vaches et 2 étalons, quitte alors le Campo Charro pour la Camargue. L’élevage n’est pas en bon état et la priorité est à la reconstruction. Sélection sévère des vaches qui sont toutes re-tientées pour n’en garder finalement que 60%. Un rafraîchissement de sang est opéré avec l’introduction de vaches et d’étalons du Conde de la Corte et de El Torero (Domecq). Si ce dernier rafraîchissement peut surprendre, Jean-Luc Couturier l’explique par une ascendance commune : Parladé. Indiscutablement, les moyens sont là, rien ne manque à la finca de Coste Haute. Les premiers résultats sont plus qu’encourageants, tant sur le plan de la morphologie, les croisements ne dénaturant en rien le type et le tempérament. L’âme des Valverde semble même ressuscitée et depuis le nom de Valverde revient à la mémoire des aficionados qui commençaient doucement à l’oublier.

 


L’élevage de Valverde est un des rares à revendiquer de nos jours l’origine Conde de la Corte. Une aspiration qui remplit de fierté son ganadero, là ou bien d’autres se défausseraient ou atténueraient cette prétention. Tout au contraire, Jean-Luc Couturier poursuit dans cette voie et l’assume.
Mais, aujourd’hui, la rame Conde de la Corte vient de passer le siècle d’existence et ses nombreux méandres qui ont donné entre autres les encastes Juan Pedro Domecq et Atanasio Fernández peuvent troubler l’image d’Épinal du toro « La Corte » ou du moins la multiplier. Ainsi, suivant les angles de vues, tout en restant sur la même ligne de sang, on peut s’imaginer un toro plus ou moins fidèle à la ligne originelle. Confronté à la réalité, et à la pénurie de reproducteurs de la souche matrice, Jean-Luc Couturier a dû trouver des solutions et partir chercher des bêtes semblables à défaut d’identiques. Mais les résultats parlent plus que de longs discours et il n’y a qu’à contempler les silhouettes des toros de Valverde pour se persuader que l’ascendance Conde de la Corte est ici inéluctable et des plus fidèles au type originel.

Comme dans de nombreux récits relatant les origines des élevages de toros, rien n’est simple. Et ici encore, le lien originel entre les Valverde et le Conde de la Corte n’est pas direct, loin sans faut.
Lorsque Juan Sánchez Rodríguez de Valverde crée sa ganadería en 1941, il débute d’abord avec du bétail d’origine Parladé, acquis à Vicente Charro. Ce n’est qu’en 1948 qu’il réussira à obtenir du bétail du Conde de la Corte, ou du moins d’origine Conde de la Corte. Car ce n’est pas à « Los Bolsicos », la finca du Conde de la Corte, que Juan Sánchez Rodríguez part acheter son lot, mais chez son voisin de Alba de Tormes le Vizconde de Garci-Grande qui les détenait lui-même de Juan Cobaleda. En effet, en 1925 et 1926, à l’époque où le Conde de la Corte acceptait encore de vendre son bétail à ses confrères, le père de Juan, Bernabé Cobaleda, réussit à acquérir 2 lots de 32 eralas et 1 étalon pour chacun des lots. Ce bétail remplaça les Navarrais de Carriquiri dont il disposait jusqu’alors. Mais, après le décès de son père, Juan préféra se lancer avec l’encaste Vega-Villar et vendit l’ensemble du troupeau La Corte à des éleveurs de la région dont le Vizconde de Garci-Grande et Vicente Charro.
Toujours est-il que 80 vaches et 2 étalons d’origine Conde de la Corte arrivent en 1948 à « Valverde de Gonzaliañez ». Bien que de même souche Parladé, les deux troupeaux subissent un traitement distinct, Juan parlant de ces nouveaux venus comme de la nouvelle origine Valverde. Malheureusement, il n’eut pas la chance d’en profiter longtemps. Décédé en 1950, c’est son fils aîné Cesario Sánchez Martín qui va poursuivre avec un tiers du troupeau pioché dans l’origine La Corte. Jusqu’à la fin et la vente en 2012 à Jean Luc Couturier, la famille Valverde ne touchera plus au sang de son bétail, maintenant la même origine. Les toros de Valverde sont sérieux, très musclés, fortement armés, profonds et badanudos dans la ligne de leur aïeux condeños. Côté pelage, les Valverde étaient dans les années 1950 principalement noirs, sortaient quelques cárdenos ou castaños mais ils étaient rares. Ce n’est que dans les années 1980 que les pelages castaños et colorados se sont vulgarisés.

En 2012, le troupeau de Valverde a fortement diminué, il n’est plus composé que de 80 vaches et deux étalons, qui arrivent en France près de Saint-Martin-de-Crau sur les terres du "Domaine de Coste Haute". Il va sans dire que l’élevage n’est pas dans son meilleur moment et son état sanitaire est préoccupant. Jean-Luc Couturier et son équipe vont alors re-tienter l’ensemble des vaches et leur faire retrouver la forme. 30 vaches seront éliminées et les 2 étalons se tuent très vite.
Pour parfaire son troupeau, Jean-Luc Couturier n’hésite pas et part en 2013 à la source : « Los Bolsicos » pour acheter 30 vaches marquées des 2 fers de la famille du Conde de la Corte. De celles-ci naîtront 9 mâles qui donneront après sélection 2 étalons. Malheureusement, l’un d’eux s’échappa dans les champs agricoles qui bordent la finca et dû être abattu.
Mais notre ganadero est conscient que ce premier rafraîchissement ne suffit pas. Il demande alors conseil à l’U.C.T.L. pour trouver du bétail aux origines les plus proches de l’encaste Conde de la Corte et on lui conseille de partir chez Salvador Domecq, propriétaire du fer de Toros de El Torero. Départ pour l’Andalousie, d’où il ramènera 12 mâles de El Torero ainsi que l’élevage de Concha y Sierra, un achat impulsif qui n’était pas vraiment prévu au programme, mais c’est une autre histoire. Les mâles furent tientés en Camargue, 4 furent retenus pour acter comme étalons. Les bêtes issues de ce croisement El Torero sont marquées sur le haut de la patte, tandis que les condeños sont marqués en bas.
Ce rafraîchissement peut surprendre car même si les origines sont identiques, elles sont éloignées de plusieurs décennies. L’U.C.T.L. prône dans sa définition d’encaste, un isolement génétique de 30 années, ainsi que des qualités morphologiques et comportementales distinctes. Il semblerait bien que nous sommes ici dans ce cas et donc que ce rafraîchissement de sang s’apparente plus à un croisement. Surtout que le type des toros de Salvador Domecq est clairement différent du type La Corte originel. Cependant, hors de la théorie, le mélange a été réalisé avec grande intelligence et le résultat est un toro fidèle à l’encaste condeño et c’est bien là l’essentiel.

 
 

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