Maria del Sagrario Huertas Vega
Maria del Sagrario Huertas Vega

Dans les environs de Talavera de la Reina, la famille Huertas entretient trois élevages de toros braves. Mais ce sont bien ici trois élevages distincts et non trois fers pour un même élevage. Chacun des enfants a reçu une part de l’héritage paternel pour en faire sa propre histoire, avec ses idées et ses principes.
En 1981, la scission de l’élevage donna lieu à la création du fer des « Hermanos Huertas Vega », lequel devint la propriété de Maria del Sagrario en 1995. Avec un tiers de l’élevage originel, Victor Benayas, le fils de Maria del Sagrario, va maintenir et même enrichir le sang Santa Coloma familial grâce à un apport de bêtes du fer de Sotillo Gutiérrez. Les premiers résultats sont encourageants et cette devise ne devrait pas tarder à faire parler d'elle.

Ancienneté : -
Devise : Rouge et Blanche
Signal : Horquilla à chaque oreille
Propriétaire : Maria del Sagrario Huertas Vega
Gérant : Victor Benayas Huertas
Fincas : "El Chorro"  Calzada de Oropesa
   Asociación de Ganaderías de Lidia





Crédits photographiques : Terre de Toros  

 

La famille Huertas a une relation toute particulière avec le campo. De père en fils, on exerce les métiers des champs et bien souvent les plus difficiles. Ceux qui demandent à la fois savoir, vaillance et dévotion. C'est ainsi que dans la famille Huertas l'on compte de nombreux vétérinaires et bien sûr de nombreux ganaderos. Mais, chose étrange ou insolite, dans la famille l'on compte autant d’agrégés que d’hommes des champs, une vieille tradition les « obligeant » à passer par le cursus des études supérieures avant de se dédier aux activités champêtres. Voilà pour le cadre.
Si l’élevage date de 1952, année de son inscription à l’Asociación de Ganaderías de Lidia (second groupe), le vécu ganadero de la famille est beaucoup plus ancien. Déjà, dans les années 1930, on pratiquait des tientas dans la finca familiale et de nombreux souvenirs de cette époque ornent encore les murs. Le père de Víctor Manuel, Víctor Huertas, a officiellement débuté son élevage en 1941, à partir de bétail d’origine Contreras acquis à José Sánchez Mangas. Installée à quelques kilomètres au nord de Madrid, dans la zone très ganadera de Colmenar Viejo, la devise ne restera là que très peu de temps, déménageant dans les années 1950 dans la région de Talavera de la Reina. Si aujourd’hui il s’agit d’un coin prisé par les ganaderos, il y avait à l’époque très peu de bétail brave dans la région et Víctor Huertas fut un des premiers éleveurs de Talavera.

Dans les années 1960, ce dernier décide de repenser son cheptel et se tourne vers l’origine Santa Coloma. Il achète alors du bétail du Duc de Tovar et de María Dolores de Juana Cervantes. Un bétail Santa Coloma très marqué par l’influence ibarreña. Le troupeau est alors pratiquement totalement noir et il est très difficile de rencontrer la robe gris clair typique de ce sang. La sélection de Víctor Huertas va s’accorder à merveille avec le sang Santa Coloma et la devise se fait connaître. L’homme, soucieux de préserver le sérieux de son entreprise, décide en toute conscience, de ne pas passer le stade des novilladas sans picador afin d'éviter tout problème de pression et rester maître en sa demeure. Si bien que l’élevage devient « la » ganadería de ce type de spectacle et prend le dessus sur les autres devises ; le fer de Huertas atteignant la plus grande renommée qu’une devise du second groupe puisse connaître.

En 1981, les enfants de Víctor Huertas Vega se partagent l’élevage, la scission donnant naissance à deux nouveaux fers : Hermanos Huertas Vega et El Concejil. Le troupeau reste malgré tout uni et, à partir de 1984, Víctor Manuel Huertas Vega succède à son père à la direction de la devise principale. Il entame alors un difficile travail de rafraîchissement de sang en introduisant des bêtes de Sánchez-Arjona, Alipio Pérez-Tabernero et de son ami Adolfo Rodríguez Montesinos.
Au décès du patriarche Víctor Huertas Vega, en 1995, la ganadería est alors partagée en trois lots, un pour chacun de ses enfants : le fer historique revient à Víctor Manuel, celui d'El Concejil à María Cristina et le losange en forme de goutte de Hermanos Huertas Vega à María del Sagrario. Le partage ne se résume pas seulement au bétail puisque l’immense finca est elle aussi divisée ; María del Sagrario héritant d’une partie plate et dégagée située aux pieds de la Sierra de Gredos. Terrain idéal pour la tienta a campo abierto, faena campera remise en pratique en 2003.

Dotée d’un âge avancé, María del Sagrario délègue à son fils Víctor Benayas Huertas la gestion de sa devise rouge et blanche. Poussé par une afición démesurée et l’illusion de sa jeunesse, Víctor s’investit pleinement dans l’aventure. Ne trahissant pas la tradition familiale des hautes études, Víctor devient ingénieur et poursuit sa carrière parallèlement à la gestion de l’élevage. Outre ces activités, il trouve le temps d’organiser quelques spectacles taurins.
D’autres auraient pu être tentés de reformuler la ganadería, mais pas Víctor. Il n’a pas eu la moindre hésitation à persévérer dans la ligne Santa Coloma et a très vite cherché à rafraîchir le sang. Après quelques essais infructueux (Sánchez-Fabrès), il achète de nombreuses bêtes de Sotillo Gutiérrez (Albaserrada-Buendía). Les résultats sont excellents et les premiers becerros confirment dans les ruedos le comportement encasté entrevu au campo. Ambitieux à juste titre, Víctor Benayas n’hésite pas à passer en novillada piquée, un cap qu’a très rarement franchi sa famille. Si le premier spectacle avec picador date de 1996, le véritable début de sa propre ganadería en spectacle formel date de 2006 à Yeles (Toledo). Depuis, il affine sa sélection et sa renommée monte doucement mais sûrement.

 


L’élevage de María del Sagrario Huertas, outre l’originalité du nom, renferme des origines singulières et complexes. Des origines car le troupeau renferme schématiquement deux lignes : Huertas et Sotillo Gutiérrez. Toutes deux sont d’ascendance Santa Coloma, mais outre le fait d’être des branches marginales de cet encaste, elles sont aussi très différentes.

Ligne Victor Huertas
Le bétail de la casa provient de Víctor Huertas Vega, le grand-père de Víctor Benayas, l’actuel ganadero. En 1962, il avait reconstitué sa ganadería avec du bétail croisé Santa Coloma – Saltillo provenant du Duc de Tovar auquel il ajouta des étalons de Juana de Cervantes (Buendía). Le troupeau était atypique dans le sens où le bétail était différent de ce que l’on peut imaginer en lisant une telle origine. Ici point de cárdenos, ou très peu, le bétail santacolomeño de la famille Huertas s’inscrivant beaucoup plus dans la ligne Ibarra. Récemment, avant la partition de l’élevage familial (1995), de nombreux rafraîchissements de sang ont été opérés via Alipio Pérez-Tabernero, Sánchez-Arjona ou Rodríguez Montesinos. Cependant, le bétail de la casa, comme le nomme Víctor, est un Santa Coloma dans la ligne ancienne, majoritairement noir et pauvre de tête, très différent des Santa Coloma actuels.

Ligne Sotillo Gutiérrez
Comment citer Sotillo Gutiérrez sans évoquer la personne de Estebán Hernández, éleveur de génie de la fin du XIX° siècle qui a su léguer à sa descendance toute son afición. Ainsi, son fils José María créa les fameux Hernández Plá, tandis que sa fille Venancia en construira une variante sous le nom de Sotillo Gutiérrez (1953). Venancia mêla les Albaserrada des Escudero Calvo aux Buendía en provenance directe de la maison mère. Le tout eut une très forte ascendance Saltillo, visible tant au niveau du physique, formes très fines et une coloration gris clair, que sur le plan du comportement avec une âme vive et encastée, munie d’un souffle à toute épreuve. Au décès de Venancia au début des années 1990, c’est sa fille Luisa qui reprit l’élevage. Mais Luisa n’arriva pas à faire sa place dans un marché de plus en plus difficile et c'est la mort dans l’âme qu'elle se sépara du bétail de la maison pour le substituer par du Domecq. Les Sotillo Gutiérrez n’étaient pas morts pour autant. Víctor Benayas ne les avait pas oubliés et, lorsqu'il apprit que ce bétail était à vendre, il sauta sur l’occasion. Ainsi, en 2002, 22 añojas non tientées prirent la direction d'« El Chorro », ainsi que 11 vaches pleines. Côté mâle, l’étalon 'Venterillo', n°50, fut prêté pour une durée d'un an. L’année suivante, 2 toros et 2 utreros prirent le même chemin pour être tientés et prendre sa suite.

Lorsque Víctor Benayas prend en 1995 la direction du fer au losange à la forme de goutte, il fait un état des lieux et établit comme une de ses priorités le fait de rafraîchir le sang afin d’éviter une trop forte consanguinité. Ainsi, il achète en 1997 l’étalon 'Monaguillo', n°35, de Sánchez-Fabrés. Peu convaincu par les résultats, il arrête l’expérience et élimine toute sa descendance en 2001. Sa solution il va la trouver chez Sotillo Gutiérrez comme nous l’avons vu précédemment. Il trouve dans le toro de Sotillo Gutiérrez beaucoup de classe et un moteur sans faille. Des qualités qui se marient à merveille avec la noblesse et la « toréabilité » des toros de la casa. Côté morphologie, la fusion est là aussi : une combinaison de bon aloi, les petites têtes des Huertas étant corrigées par les cornes plus agressives, fines et longues des Sotillo. De surcroît, ses derniers apportent un type affiné, bas, aux magnifiques proportions.
Maintenant que la combinaison des deux lignes est réalisée, l’idée de Víctor n’est pas de maintenir plusieurs lignes plus ou moins pures, mais de sélectionner les meilleures bêtes en se servant de la génétique pour pallier les carences des uns par les qualités des autres. Les vaches de ventre de la ganadería sont composée au tiers par l’origine de la maison, le « pur » Sotillo Gutiérrez et le croisé Huertas-Sotillo. Quant aux 4 étalons, deux sont des croisements Huertas-Sotillo (50 %-50 % et 25 %-75 %) et 2 sont de « purs » Sotillo. Parmi eux, l'on trouve le n°29, pur Sotillo, fils de 'Venterillo', qui est le ciment de cette nouvelle et prometteuse ganadería.

 
 

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