Aguadulce
Aguadulce

José María Aristrain de la Cruz est l’une des plus grandes fortunes d’Europe. Il dispose ainsi des moyens nécessaires pour entretenir son élevage de toros, initié en 1990. La ganadería présente deux étiquettes, mais le bétail est en tout point identique, fidèle au phénotype Núñez des meilleures lignées.

Comme son propriétaire, la devise est toujours restée discrète malgré plus de trente-cinq ans d’existence, et ne s’est jamais présentée à Madrid. La temporada 2025 fut riche, la sortant ainsi d’années de disette. Elle a redonné aux aficionados l’envie d’y goûter de nouveau, ce qui devrait être le cas dans les années à venir.

Ancienneté : -
Devise : Blanc et Vert
Signal : Despuntada à chaque oreille
Propriétaire : José María Aristrain de la Cruz
Gérant : Jesús Baquerizo Gallardo
Fincas : "Casa Toril"  El Garrobo
   Unión de Criadores de Toros de Lidia





Crédits photographiques : Terre de Toros - Terre de Toros  

 

José María Aristrain Noain est parti de rien pour devenir un des hommes les plus riches de son pays (seconde fortune d’Espagne). Né en Argentine de parents basques qui s’étaient exilés pour trouver fortune, ils retournent au pays en 1920 pour s’installer en Navarre. Le rêve de José María était de devenir cycliste, mais la précarité l’oblige à travailler. Son parcours professionnel sera un modèle du genre. Parti comme ferrailleur, il monte en 1955 une simple petite fonderie pour finir à la tête de la plus grande aciérie d’Espagne. Mais c’est également un homme controversé, intime de Nicolás Franco, il est proche du régime franquiste et de l’Opus Dei. Il saura parfaitement utiliser ses liens pour développer son business et devenir un homme de la haute société européenne. Veuf à 61 ans, son train de vie alterne alors entre réunions, casinos et hôtels ; il fait partie de la Jet Set. Il décède brutalement en 1986 dans un accident d’hélicoptère.
Son fils, José María Aristrain de la Cruz, est alors seulement âgé de 24 ans. Il hérite avec sa sœur de la fortune familiale, ce qui va lui permettre de devenir le roi de l’acier, en étant entre autres actionnaire de la multinationale ArcelorMittal. Rien ne disposait José María Aristrain de la Cruz à investir dans le monde des toros, si ce n’est par amour. En effet, son épouse Maria Palma Polonio détenait de son père une afición solide. Ainsi, en 1990, alors qu’il n’est pas encore trentenaire, José María achète un élevage et deux fers. L’un est inscrit au nom de son épouse « Maria Palma » et l’autre nommé Aguadulce. Le fer de Maria Palma est un trèfle à quatre feuilles qui vient remplacer le P dans un écusson de son prédécesseur « Jiménez Prieto ». Le fer d’Aguadulce porte ses initiales, qui remplacent le dessin de la famille Agustiñez acquis auprès de Doña Isabel Núñez Moreno de Guerra. Le bétail est évidemment d’origine Carlos Núñez.

La ganadería s’installe dans les fincas « Casa Toril » et « Dehesa de Casa Corcha » à El Garrobo, au nord de Séville. Jouir d’un élevage avec la fortune de José María facilite les choses et permet notamment de bien s’entourer. Après le divorce entre Maria Palma et José María, l’élevage de « Maria Palma » est renommé en 2003 « José María Aristrain de la Cruz », comme le symbole d’un passage de relais.
En 2018, l’élevage prend une autre dimension en intégrant les restes des élevages des héritiers de Manolo González : les fers de Manolo González, González Sánchez-Dalp et Toros de Jarrama. L’affaire n’est pas classique, mais finalement pas inhabituelle pour les hommes d’argent à qui rien ne paraît impossible. Les frères González venaient de sortir blanchis de l’affaire « Caso Malaya » et avaient bien l’intention de reprendre plus que sérieusement leur activité d’éleveurs de toros bravos. Mais à la suite d’ennuis judiciaires, il leur fallait d’abord vendre leur finca de « Monte de San Miguel ». La vente fut conclue au profit de José Moya Sanabria, propriétaire de l’élevage de El Parralejo. Ensuite, il fallait trouver un lieu pour héberger le troupeau, le temps de trouver une nouvelle finca. L’homme de providence fut Ricardo Gallardo, ganadero de Fuente Ymbro, qui n’était peut-être pas l’adresse la plus discrète. Lorsque José María eut vent de l’affaire, il fit aux frères González une offre si forte qu’ils ne purent refuser, et notre homme s’en alla avec une centaine de têtes d’une des meilleures lignes Núñez existantes. Débute alors une deuxième phase pour l’élevage.

Pour les aficionados français, la première s’était achevée en 2019 à Parentis et la seconde redémarre à Orthez en 2025. La sortie des Núñez de Aguadulce fut si intéressante qu’elle appela à la récidive en France, non moins qu’à Vic-Fezensac. Depuis, José María Aristrain connaît de graves accusations par la justice espagnole pour blanchiment d’argent et fraude fiscale, la plus grande de l’histoire espagnole annonce-t-on. Des péripéties qui pourraient avoir des répercussions sur les affaires taurines de la famille.

 


Les origines de l’élevage d’Aguadulce nous plongent au cœur de l’encaste Núñez.

Dans les années 1940, Carlos Núñez Manso connaît ses premiers succès, qu’il confirmera durant plusieurs décennies. Mais il ne se contente pas d’être un excellent éleveur : il façonne un toro singulier, doté de ses propres lignes et de son propre caractère, au point que son élevage donnera naissance à un encaste à part entière.
Dans les années 1960, ses enfants, les Núñez Moreno de Guerra, lui succèdent. Ils resteront un temps uni, mais l’héritage finit par se disloquer. En 1990, Isabel Núñez récupère sa part, celle-là même qui passera ensuite entre les mains de José María Aristrain de la Cruz.

À partir d’une centaine de vaches, Jesús Baquerizo Gallardo, gérant de l’élevage, va bâtir les Núñez d’Aguadulce. Grâce à sa patience et à une alimentation rigoureuse, il parvient à corriger le manque de force et de présence qui avait progressivement précipité l’encaste sur le déclin.

En 2018, Jesús Baquerizo trouve l’opportunité de rafraîchir le sang de ses Núñez avec l’une des meilleures souches de l’encaste, celle de Manolo González. Manolo González, figura del toreo dans les années 1950, fut l’un des rares toreros à réussir sa reconversion en tant que ganadero. Dans les années 1980, les Núñez de Manolo figurent dans toutes les grandes ferias, permettant aux toreros de nombreux triomphes, comme en 1985 avec Facultades, qui offrit à Espartaco son statut de figura.
Par la suite, les six héritiers du couple se partagent la ganadería, créant un fractionnement complexe qui aboutit à une multitude de fers (sept au total). En 2018, les derniers vestiges de l’élevage quittent la finca historique de Monte San Miguel pour rejoindre les près de Ricardo Gallardo, le temps qu’Ignacio González trouve une finca où reconstruire la ganadería. Une recherche finalement inutile, puisque José María Aristrain offre un beau pécule aux González pour récupérer la totalité de leur bétail.
Arrivent ainsi à Casa Toril : trente vaches, deux étalons, quarante-cinq erales et cinquante-huit veaux. Parmi eux, on retrouve des animaux de pure ligne Villamarta, mais aussi des mélanges avec les lignes Rincón pour les fers de Manolo González et Sánchez-Dalp, ainsi que la ligne Domecq pour les bêtes du fer Toros de Jarrama.
L’intégralité des mâles sera tientée en présence d’Ignacio González, l’occasion pour lui de transmettre au nouveau propriétaire les secrets de chaque famille (reata) et de garantir la meilleure pérennité possible de l’héritage du sang familial. De cette tienta ressortent vingt étalons, de quoi régénérer et «?ouvrir?» génétiquement la ganadería.

Débute alors une deuxième phase pour l’élevage. Ce ne sont pour l’instant que les prémices, mais les premiers résultats s’annoncent plus qu’encourageants.

 

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