Torrealta
Torrealta

Située sur la "Ruta del toro" dans l'un des villages les plus ganaderos d'Espagne, Medina-Sidonia, la devise est la propriété de Borja de Prado Eulate qui a confié récemment la direction à sa fille Pilar. Le Torrealta est d’abord un mélange de Torrestrella - Marquis de Domecq pimenté par du Jandilla. Sa noblesse encastée ainsi qu’une présentation rigoureuse lui ouvrit les portes des arènes les plus prestigieuses, faisant de Torrealta un des élevages de caste Domecq les plus intéressants à suivre, du moins pour la tête de camada. La crise économique de 2007 a conduit à la réduction du troupeau et à un rafraîchissement par les devises Domecq du haut de l’escalafón. Depuis lors, le Torrealta a perdu de sa singularité pour devenir un Domecq plus classique au risque de se perdre dans la masse.

Ancienneté : 10 Mai 1986
Devise : Grenat, Noir et Jaune
Signal : Orejisana
Propriétaire : Dehesa El Toñanejo, S.L.
Gérant : Pilar Prado Benítez
Fincas : "La Escorbaina" - "Las Pilas" - "El Bercial" - "El Toñanejo"  Medina Sidonia
   Unión de Criadores de Toros de Lidia



Du second élevage du Marquis de Villamarta créé en 1914 avec un savant mélange des castes Carvajal, Santa Coloma, Urcola, Murube et Parladé découle la ganadería de Amalia et Alberto Márquez Martín. Fondée en 1943, ils créent leur propre fer (l’actuel de Torrealta) et choisissent une devise grenat, jaune et noir. Au bétail de Villamarta acheté au Marquis de Villabragima, ils ajoutent un étalon d’origine Saltillo de Félix Moreno et commencent à lidier. Avec un tel mélange, si hétérogène, difficile d’imaginer à quoi devait ressembler le toro des Márquez Martín.
Vingt ans plus tard, en 1965, ils vendent l’intégralité de l’élevage à María Luisa Lacave. María Luisa partage la gérance avec ses frères et nomme la ganadería « Torrealta », conservant le fer et apportant une légère variante à la devise qui devient grenat, noir et jaune. Quant au bétail, il est conservé à l’identique mais sa qualité reste incertaine. Les Lacave se séparent de leur bien seulement quatre ans après l’avoir acquis, au profit des frères Domecq Rivero. Il est à noter que les frères Lacave poursuivent tout de même leur activité d’éleveurs de bravos ayant acheté également en 1965 le fer des Hermanos Amián qu’ils peuplèrent de leurs Villamarta.

La passation n’améliore en rien les résultats et le fer arrive en 1979 aux mains de Manuel de Prado y Colón de Carvajal. L’homme, grand ami du roi Juan Carlos, est plus connu pour sa gestion (litigieuse) des affaires financières de son ami que pour son négoce taurin. Cependant, en remplaçant le bétail croisé de Villamarta par un mélange plus moderne Domecq-Nuñez, via Torrestrella et le Marquis de Domecq (fer titulaire et celui de son épouse María Isabel Ybarra), il réalise une très bonne opération. Prémices d’une belle aventure ganadera.
Manuel de Prado ne s’arrête pas là et achète en 1984 l’élevage des frères Domecq Ibarra, possédant deux encastes : Atanasio Fernández (via Ernesto Louro Fernandes de Castro) et Marquis de Domecq (via María Isabel Ybarra). Seule la seconde provenance en parfaite adéquation avec l’origine des nouveaux Torrealtas sera conservée. Le fer est également modifié, le tout ne formant qu’un élevage. Un nouveau fer est créé et placé au nom de son épouse Paloma Eulate y Aznar, marquise de Zuya, qui devient également propriétaire des Torrealta (1986). En 1984 est encore renforcée l’influence Domecq avec l’achat d’étalons à Jandilla et l’année suivante des vaches et des étalons de Torrestrella se joignent au troupeau.

L’élevage gravit pas à pas les marches de l’escalafón ganadero, éclatant aux yeux de tous en remportant le prix du meilleur toro de la San Isidro 1985. En 1988 est proclamé le divorce des deux époux, la matière taurine restant à la gouverne de Paloma. Ou plutôt à la propriété de celle-ci, puisque c’est son fils Borja de Prado Eulate qui gère la ganadería. Borja n’est pas un taurino pur, avocat de profession, il exerce également de nombreuses activités financières, s’illustrant particulièrement dans les affaires de la Banesto.
Mais revenons à nos taureaux installés sur la finca « El Toñadero » à Medina-Sidonia (Jerez). Borja de Prado applique ses concepts de gestionnaire et va faire fructifier ses biens. Tout d’abord, il vend le second fer de la casa (1993) annoncé Paloma Eulate ainsi que quelques bêtes à Antonio Bañuelos. Puis, il crée en 1998 un nouveau fer, qu’il annonce au nom de la finca « El Toñadero ». Et enfin, en 2007, en pleine crise économique, il réduit considérablement le troupeau en vendant 236 vaches et 10 étalons, ainsi que le fer de « El Toñadero » à l’impresario catalan Francisco González, qui le rebaptise La Mercè. Ce dernier le revendra deux ans plus tard et l’élevage sera renommé « Toros de Mollalta ».

Cependant, cantonner Borja Prado Eulate à son seul rôle de gestionnaire avisé serait une cruelle erreur. Car l’homme sut parfaitement mener de front ses différentes activités. Ainsi, il fit de sa ganadería une référence en une vingtaine d’années, remportant les prix les plus prestigieux : prix Feria del Toro à Pampelune en 1993, meilleure corrida de la Feria de Abril 2000 (Séville), meilleur élevage à Bilbao en 2002 et même déclaré en 2001 vainqueur du prix Cossío, consacrant la meilleure ganadería de l’année. Mais la crise économique et la partition du troupeau vont donner un coup de frein à l’histoire ascendante de la ganadería.
En 2013, seulement 11 toros seront lidiés. Cette même année, Borja achète les parts de son frère et de sa soeur et intègre sa fille Pilar à la gestion de l’élevage en lui confiant le rôle de représentante. Alors, ils incorporent des étalons des grands fers commerciaux du moment : Victoriano del Río, Garcigrande et Santiago Domecq. Dès lors les Torrealta perdent leur singularité pour devenir un de plus dans la masse des élevages Domecq actuels. Les propos de Pilar quant à sa sélection, cherchant principalement à faire un toro à la charge lente et qui humilie fortement par le bas, laissent peu de doutes.

 


Borja Prado Eulate a centré les origines de sa ganadería sur deux grands fers de la famille Domecq, les élevages d’Alvaro Domecq, Torrestrella, et de Pedro Domecq Rivero, Marquis de Domecq. Rien de bien original certes, mais l’amalgame de deux excellents sangs, agrémenté d’une sélection intelligente, a permis à l’élevage de Torrealta de devenir un grand d’Espagne et même de damer le pion à ses illustres prédécesseurs. Jusqu’alors, le classique Juan Pedro Domecq n’avait été injecté qu’avec parcimonie mais les récentes incorporations ont inversé la balance.

En 1979, lorsque le père de Borja, Manuel de Prado y Colón de Carvajal, achète l’élevage des frères Domecq Rivero, alors d’origine Villamarta, il est fort possible que du bétail familial soit inclus dans la transaction. Toujours est-il que du bétail d’origine Marquis de Domecq, du fer titulaire et de celui de son épouse María Isabel Ibarra e Ibarra, arrive sur les terres de « El Toñadero » en 1979. À ce bétail, il ajoute immédiatement un lot de sang Torrestrella acheté à la maison mère. Alvaro Domecq y Díez sera d’ailleurs un précieux conseiller pour ces nouveaux éleveurs en restant très proches de la ganadería.
Les ambitions de Borja Prado Eulate sont certes de créer un élevage torerista dont l’objectif est de produire un toro pour les figuras, mais ses exigences restent fortes avec un accent particulier sur la bravoure. Pas étonnant que son choix se soit porté vers les maisons de la famille Domecq possédant le plus de piquant.

En 1984, Manuel de Prado se porte acquéreur d’un autre élevage, celui des frères Domecq Ibarra, encasté Atanasio Fernández mais surtout Marquis de Domecq. C’est cette seconde origine qui sera conservée au sein de la devise de Torrealta. Un apport renforcé cette même année par des étalons de Jandilla. Un élevage pur Domecq, mais là aussi des plus piquants et garantissant un des plus hauts degrés de bravoure. Puis l’année suivante, Borja Prado parachève sa ganadería avec un dernier et important apport de bétail de Torrestrella.

En 1990 un rafraîchissement de sang est opéré avec des étalons de Juan Pedro Domecq. Jusqu’alors, la ligne moderne du Domecq avait soigneusement était évitée. Elle sera de plus en plus présente. En 2013 sur un troupeau réduit par la crise, l’injection d’étalons de Garcigrande, Victoriano del Río et Santiago Domecq va incurver fortement la génétique de l’élevage vers un sang plus classique. Les lignes Marquis de Domecq et Torrestrella se retrouvent diluées dans le classique Domecq.

Il fut un un temps où l’on pouvait décrire le Torrealta comme un héritage des Domecq du passé accommodé au présent, faisant de l’élevage l’un des plus intéressants à suivre sur la période 1990-2007. Le présent des Domecq semble l’avoir rattrapé en tuant les singularités qui faisaient tout son charme.


Elevages d'origine Torrealta :


Elevages disposant de bêtes d'origine Torrealta :

 
 

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