Soler
Soler

 

La ganadería de Soler ou plus précisément celle restée connue sous l’appellation de la « Viuda de Soler » a marqué la création de nombreux élevages portugais tout au long du premier XX° siècle. Loin d’avoir eu l’influence et la postérité du sang Pinto Barreiros, disparu en tant que tel dans le panorama actuel des ganaderías bravas lusitaniennes, il n’en reste pas moins que le sang Soler a marqué l’histoire de l’élevage brave du Portugal. Et même si ce n’est pas le sujet ici, la saga de la ganadería à laquelle Casimira Fernández, veuve d’Antonio Soler, donna son nom, raconte aussi l’histoire d’une frontière étatique entre le Portugal et l’Espagne que les toros rendirent floue voire transparente : l’Estrémadure se moque des déchirements humains et des convenances administratives.




Le récit des Soler débute du côté espagnol de cette Estrémadure aujourd’hui si taurine. En vérité, si l’on doit tenter d’atteindre à un minimum de précision, tout commence hors d’Estrémadure, en Castille profonde, à Villarrubia de los Ojos, sur la terre qui vit naître les Jijón. Car les Soler étaient avant tout des Jijón, pas seulement mais avant tout.

Autant l’écrire en préambule : raconter l’histoire de la ganadería des Jijón et de ses descendances est un exercice qui s’apparente à se frapper la tête contre un mur. Les historiens situent les frères José et Miguel au milieu du XVIII° siècle, c’est-à-dire dans une sorte de préhistoire de la ganadería brava. Ils se nommaient José Antonio et Miguel Sebastián Pantaleón Sánchez-Jijón Figueroa Salcedo Torres et étaient grands propriétaires terriens à Villarrubia de los Ojos, pueblo situé au nord-est de Ciudad Real. La famille Jijón détenait des bovins depuis près de deux siècles lorsque les frères se lancèrent, à la suite de leur père, dans l’aventure du bétail brave avec des bêtes auxquelles ils allaient donner jusqu’à leur patronyme en guise d’identification : les toros de Jijón étaient grands et retintos, c’est-à-dire roux. Si l’on suit la ligne directe de l’héritage des frères Jijón (Miguel décède en 1791 et José en 1802), on aboutit en 1824 à Manuel Gaviria Romero puis au fils de celui-ci, Manuel Gaviria Alcoba en 1852 et enfin, en 1855, à la vente en deux lots : l’un va à Mazpule et l’autre au torero Julián Casas ‘El Salamanquino’ qui le revend (ou une partie) en 1865 à Ildefonso Sánchez Tabernero du Campo Charro. Tout cela a l’air très simple mais rien n’est moins vrai. De leur vivant, les Jijón ont vendu de nombreuses têtes de bétail brave à des éleveurs principalement situés autour de Villarrubia de los Ojos. Et ce sont ces ventes et ce qu’elles donnèrent ensuite qui complexifient énormément le récit. En ce qui relève de l’histoire des Soler, il semblerait que les Jijón aient vendu des têtes à un certain Hermenegildo Díaz Hidalgo-Torres puis à son fils Juan Díaz Hidalgo. Les deux étaient du même village que les Jijón. C’est vers ce Juan Díaz Hidalgo que se serait tournée durant les années 1820 une certaine Maria de la Paz Silva, elle aussi originaire de Villarrubia de los Ojos. Son élevage était dénommé « Condesa de Salvatierra » et aurait fait lidier deux toros à Madrid en 1837 puis un lot complet, toujours dans la capitale, en 1845. L’emploi du conditionnel est obligatoire ici car la généalogie des comtes de Salvatierra ne s’accorde pas bien avec l’historiographie officielle de cette rame des Jijón. Maria de la Paz Silva était la fille de Cayetano de Silva y Fernández de Córdoba (né en 1805), neuvième comte de Salvatierra depuis le décès de sa mère en 1808, et de María de la Soledad de Bernuy y Valda (née en 1806). D’après plusieurs généalogies, Maria de la Paz serait née vers 1829, ce qui paraît logique car ses parents firent épousailles en 1826. Le lot combattu à Madrid en 1845 fut annoncé « Condesa de Salvatierra en hommage à sa fille trop tôt disparue ». En effet, il semblerait que Maria de la Paz Silva soit décédée, ou durant sa première année de vie (1829), ou quelques années plus tard au cours de son enfance. Il lui était difficile, impossible même, d’avoir constitué un élevage de toros de combat dans les années 1820 et d’avoir même été un jour éleveuse. L’hypothèse la plus probable est que l’élevage fut créé par son père ou sa mère ou les deux ensemble mais lidié sous cette appellation de « Condesa de Salvatierra », peut-être pour rendre hommage à la mère de Cayetano, Juana Nepomucena Fernández de Córdoba Villaroel Spínola de la Cerda, qui lui avait transmis le titre nobiliaire à son décès en 1808. Si l’on en croit la notice écrite par Bedoya en 1850 dans son Historia del toreo y de las principales ganaderías de España, l’origine des astados n’était pas exclusivement un achat à Hidalgo. Bedoya cite aussi Jijón et Muñoz dont on peut penser qu’il s’agit de Diego Muñoz Vera ou de son fils, Diego Muñoz Pereiro. La famille Muñoz détenait du bétail d’origine Jijón ce qui signifie que les Salvatierra ne firent que mélanger du Jijón avec du Jijón. Toujours est-il qu’aux alentours des années 1850 (1851 ou 1858 ?), le comte de Salvatierra et son épouse vendent leur élevage à un autre illustre de l’héraldique espagnole, le douzième Marqués de la Conquista qui était également le dixième marquis de Albayda. Avec ce Jacinto Telesforo de Orellana Pizarro y Díaz Orense Milan de Aragón, les rouges Jijón rejoignent les pâturages de l’Estrémadure, à Trujillo, quartier général des descendants en ligne directe de celui qui fit la conquête de l’empire Inca, Fernando Pizarro. Le marquis de la Conquista était décidé à améliorer son troupeau existant (remontant à 1851) de diverses lignées Jijón en y injectant ce sang « neuf » de Salvatierra. En effet, il tenait ses premières bêtes Jijón d’éleveurs des abords de Colmenar Viejo, au nord de Madrid. C’est effectivement là que de nombreux riches propriétaires élevaient des toros de combat de type très proches des Jijón et dont le pelage et le tamaño étaient identiques. Parmi ces ganaderos, certains sont venus se servir sur les terres des Jijón pour augmenter, améliorer ou renforcer leur propre cheptel. Le campo de Colmenar Viejo peut être considéré comme un des trois piliers sur lequel s’est appuyée la descendance des Jijón. Vers 1760, le marquis de Malpica acheta des bêtes à Jijón qu’il revendit en 1792 à Diego Muñoz Vera, celui-là même que nous évoquions auparavant comme un des vendeurs de bétail à la Condesa de Salvatierra. C’est par ce Muñoz Vera que le Jijón de Villarrubia de los Ojos vint rejoindre les cousins de la Tierra de Colmenar Viejo. Ainsi, il vend un lot à Julián Fuentes ‘El Indiano’ puis un autre à Manuel García Briceño. En 1837, le lot de ‘El Indiano’ est vendu à Juan José Fuentes qui s’en sépare (ou une partie) en 1852 au profit du célèbre Vicente Martínez. Le lot de García Briceño est vendu en 1829 à Elías Gómez qui l’achète pour satisfaire l’afición de son fils, Félix Gómez Llorente. Martínez et Gómez Llorente, aux côtés des Aleas, furent les plus illustres ganaderos de cette zone éminemment ganadera de Colmenar Viejo que la Guerre civile (1936-1939) assassinera ou presque. C’est auprès de ces deux lignes Jijón de Colmenar Viejo que le marquis de la Conquista s’approvisionne pour créer son troupeau. Il achète des bêtes à Eliás Gómez ainsi qu’à Juan José Fuentes. Le marquis de la Conquista se présente à Madrid le 26 septembre 1853 et il convient de mentionner ici le toro ‘Airoso’,retinto, lidié à Madrid en 1858, qui prit pas moins de dix-neuf piques. Cependant, après l’acquisition des Salvatierra, on peut supposer qu’il ne prit pas le temps nécessaire pour constater les progrès espérés puisqu’il commence à vendre son élevage, petit à petit, en plusieurs lots dont un, le plus important, constitué d’environ deux cents vaches, se retrouve entre les mains de Juan Manuel Fernández, de Trujillo, dès 1861. Ce dernier, lui aussi, dilapide sa ganadería en diverses portions vendues ici et là et la plus importante est cédée vers 1875 à un Portugais nommé Luis Feliciano de Fragoso y Mira de Alcaçovas. Il existe très peu d’informations concernant cet éleveur portugais. La famille Fragoso faisait partie de la noblesse portugaise et dominait une partie du territoire d’Alcaçovas sur l’actuel territoire de Viana do Alentejo. Concernant l’élevage détenu par Luis Feliciano Fragoso e Mira, rien ne filtre des livres d’histoire si ce n’est que c’était un mélange de plusieurs origines. Il est possible d’imaginer qu’il élevait, comme de nombreux ganaderos de ce pays à cette époque, un bétail de toiros da terra (bétail local) voire de casta portuguesa, c’est-à-dire des toiros da terra portugais croisés avec des vazqueños descendants du troupeau royal de Miguel Ier. Mais rien n’est sûr, rien ne peut être affirmé si ce n’est que Fragoso vend son troupeau (ou une partie) à peine cinq après l’avoir acheté, en 1880. La preuve en est cette courte notice parue dans le Boletín de loterías y de toros n° 1533 de 1880 qui mentionne que le nouvel éleveur est Filiberto Mira de Olivenza. Les bêtes retintas (ont-elles été croisées avec le bétail portugais ?) repassent donc la frontière et s’arrêtent chez Filiberto Mira Pereira.

Pour les aficionados férus d’histoire, le nom de Filiberto Mira n’est pas passé à la postérité grâce à cette ganadería qui fut menée par le père (Filiberto Mira Pereira) et le fils (Filiberto Mira Andrade) au passage des XIX° et XX° siècles. En vérité, le patronyme a survécu dans la mémoire des passionnés grâce aux écrits du petit-fils de Filiberto Mira Andrade, le journaliste taurin Filiberto Mira qui fit les beaux jours de la revue Aplausos, entre autres. Spécialiste des reportages camperos, il livra un ouvrage fondamental en 1979 nommé Hierros y encastes del toro de lidia dans lequel les amateurs de généalogie taurine et d’histoire des élevages de toros de combat peuvent trouver des pépites et les réponses à certaines questions. Les Mira furent à la tête de ce ganado jusqu’en 1902, date à laquelle père et fils décèdent, contraignant la famille à vendre à Antonio Soler de Badajoz, un voisin donc. Si cette vente paraît limpide au premier abord, on trouve, dans le Consultor taurino de 1916, un texte qui sème le doute sur la provenance du bétail d’Antonio Soler. L’auteur explique que ce Soler avait acheté en 1902 29 vaches et un toro à un ganadero portugais du nom de João Mattos de Vilaviciosa qui lui-même tenait son bétail de Naranjo. Ce ne serait qu’en 1903 ou 1904 que Soler ajouta les bêtes de Mira, soit 70 vaches mais non pas en l’acquérant directement auprès des Mira mais en se tournant vers Eulogio Oñoro qui détenait les Mira selon l’auteur. Avec les vaches de Mira, auraient été vendus par Oñoro deux reproducteurs de Ibarra, à moins, comme l’affirment d’autres sources, que Soler n’ait acheté directement ces deux étalons à Eduardo Ibarra. Toutes les autres références historiographiques, dont celle de Filiberto Mira lui-même, évoquent un achat direct de Soler à la famille Mira en 1902 ou 1903 et cela paraît logique au regard de la proximité géographique des deux élevages. Antonio Soler était ganadero avant cet achat des toros descendants du marquis de la Conquista. Empresario des arènes de Badajoz, on fait mention en 1895 d’un novillo de son nom lidié dans ces arènes. Quant aux Mira, il semblerait que le décès du père et du fils ait sonné le glas du parcours ganadero de la famille même si dans son Doctrinal taurómaco de 1904, Antonio Fernández de Heredia ‘Hache’, fait référence à l’élevage et le situe au Portugal. Antonio Soler n’a pas profité longtemps de son acquisition car il décède en 1909 sans avoir connu le succès escompté. De son vivant, il fit lidier des novilladas principalement et surtout dans sa zone de confort qu’était l’Estrémadure. Ainsi, le 22 mars 1905, il vend trois novillos à Cáceres combattus par Antonio Tallafé. Le chroniqueur de la revue La Fiesta nacional écrit que “El ganado fué desigual de presentación, el primero era un toro hecho, el ultimo un indecente becerro”. Malgré son décès en 1909, la ganadería n’est pas revendue mais reste entre les mains de la famille et devient la ganadería de la « Viuda de Soler », de son petit nom Casimira Fernández. Faisons le compte avant d’attaquer la partie la plus complexe de ce récit : en ce début de XX° siècle, alors que s’annonce le règne de la caste Vistahermosa/Ibarra, alors que nombre d’élevages sont encore encastés autour du vazqueño ou du Veragua, la veuve de Soler récupère un troupeau normalement dominé par le sang Jijón qui a déjà subi divers croisements, que ce soit sous l’action de Fragoso, sous celle de Filiberto Mira ou enfin par la volonté de son époux qui avait, semble-t-il, succombé aux sirènes du Vistahermosa/Ibarra au tout début du siècle. A quoi ressemblaient les bêtes arrivées de chez Mira ? Quelle influence ont eu les deux reproducteurs de Ibarra ? Ce sont toutes les questions que l’on doit se poser mais pour lesquelles nous avons, malheureusement, bien peu de réponses.

Dans tous les cas, à partir de 1909, le troupeau va prendre encore une nouvelle dimension sous l’effet des actions d’un homme en qui la viuda dépose toute sa confiance : Pablo Damián. C’est à lui en effet que Casimira Fernández confie les rênes de l’élevage de son défunt époux comme en témoigne cet extrait de Pases de castigo d’Enrique Minguet Calderón de la Barca publié en 1912 : « Después del fallecimiento de Don Antonio Soler, su viuda ha refinado mucho la vacada, pudiéndose asegurar que es de las llamadas a ocupar lugar preferente entre las ganaderías de reses bravas. Don Pablo Damián, buen aficionado y entusiasta en la cría de reses bravas, está al frente de la vacada ». La ganadería traverse alors un creux certainement explicable par la volonté de Damián d’améliorer le cheptel : il retiente tout à campo abierto et intègre à la camada, en octobre 1909, cinquante vaches, une douzaine d’eralas et un reproducteur de Campos Varela. Malgré la présentation de l’élevage à Madrid le 6 novembre 1910 lors de l’avant-dernière novillada de la temporada — Apolonio Villa ‘Hablapoco’, Luis Guzmán ‘Zapaterito’ et Fabián Cazorla ‘Machaquito de Madrid’ sont chargés de tuer la novillada qui s’avère plutôt mauvaise—, la majorité des bêtes est lidiée durant ces années dans des pueblos d’Estrémadure sans grand relief. On exceptera de cette liste une bonne novillada donnée à Barcelone en 1911 au cours de laquelle ‘Vicario’ obtint la vuelta al ruedo. Durant cette période de reconstruction de la ganadería, Damián surprend l’univers taurin de l’époque en se rendant acquéreur en 1913, auprès de Julio Laffitte, de la ganadería d’origine navarraise de Lizaso — l’achat comprenait aussi les plus jeunes camadas qui étaient un croisement opéré entre les vaches navarraises de Lizaso et des étalons de Pablo Romero. Cet achat est difficilement explicable dans un moment où Damián travaille dur à améliorer ses Soler aux teintes de plus en plus Vistahermosa. Il est possible d’imaginer peut-être qu’il ne se soit agi que d’une opération commerciale destinée à pouvoir fournir du bétail estampillé Soler. C’est en tout cas ce bétail récemment acquis que la veuve vend à Séville le 20 juillet 1913 sous l’appellation « Soler (antes Lizaso) ». La course est tuée par José Puerta, El Tello et Manuel García Reyes et, d’après la revue Palmas y Pitos (n° 19 du 28 juillet 1913), « las reses lidiadas fueron de feo tipo, flacotas y con construcción de cabezas de los toros navarros ». À Bordeaux, la même année, ‘Bombita’ combat trois bêtes « ridiculement petites, sans défenses, faibles et nobles » selon les écrits d’un certain Antonio Ramírez. Il est complexe de dresser un portrait clair, aux traits lisses et précis de l’élevage durant ces années 1910 et 1920. Les chroniques de cet Edad de oro de la tauromachie témoignent avant tout d’une extrême hétérogénéité des présentations : ici et souvent des toros terciados, là, parfois, des « novillos grandes y bravos ». Les quelques références aux pelages évoquent des negros, parfois des berrendos en negro et plus rarement des cárdenos. Quid des retintos, marque de fabrique de la caste originelle de Jijón ?

Nous l’avons écrit, la frontière entre l’Espagne et le Portugal est un mirage en ce qui concerne les ganaderías d’Estrémadure et ce fut particulièrement vrai dans le cas de l’élevage de la veuve de Soler. Si les toros broutaient les pâtures espagnoles aux abords d’Olivenza, il semblerait que mères et descendance dégustaient les herbes grasses d’herdades portugaises. À titre d’exemple, la belle propriété nommée « Galeana » des actuels Murteira Grave était un bien de la viuda mais pas le seul. C’est d’ailleurs cette double nationalité qui semble pouvoir expliquer le passage à vide connu par l’élevage à la fin des années 1910 et au début des années 1920. Car l’histoire avec un grand H rappelait à tous que les deux états avaient des destins différents. Depuis la proclamation de la République le 5 octobre 1910 suite à l’assassinat du roi aficionado Carlos Ier de Bragance le 1 février 1908, le Portugal toussotait sa vie politique et cherchait un apaisement que ni l’intervention dans la Première Guerre mondiale (1914-1918) aux côtés de la triple-Entente, ni la tentative de dictature de Sidónio Pais à partir de décembre 1917, ni l’assassinat de ce dernier en décembre 1918, ni l’instabilité politique majeure connue entre 1919 et 1926 (27 gouvernements !) ne parvinrent à mettre en place. À ce tourbillon politique s’ajoutaient de graves tensions sociales, économiques, régionales qui n’aidaient pas et qui eurent des conséquences sur certains élevages lusitaniens. C’est ce que met en avant la revue Toro y toreros en 1922 par ces lignes : « hay que salvar, sin embargo, la circunstancia de que los aludidos perjuicios se derivaron de tenir doña Casimira Fernández parte de la ganadería, las vacas, en tierras de Portugal, a lo cual se debióque se desgraciaran casi todas las crías del año 1918, que se murieran muchas vacas y que no parieran otras de las que no se hallaron bien atendidos precisamente cuando más lo necesitaban ».

Malgré ces aléas, il semblerait que Damián et la veuve Soler (certains écrivent qu’il devint son second époux) aient poursuivi le chemin entamé en augmentant au fil des ans le nombre de têtes dans leur ganadería. C’est en 1928 que le changement le plus notable survint par l’entremise de l’introduction d’un semental acheté au Conde de la Corte, un voisin de Jerez de los Caballeros. Le meilleur lot de vaches lui est alors réservé mais en vérité, entre 1928 et 1937, on comptera pas moins de quatre étalons du Conde de la Corte. Ce croisement est l’aboutissement d’années de tâtonnements visant cependant un seul but : moderniser la base Jijón en la croisant avec des sangs plus contemporains : ce fut le cas avec l’utilisation de reproducteurs d’Eduardo Ibarra du temps d’Antonio Soler, il en fut de même avec l’introduction des Campos Varela dominé par le Parladé. Finalement, Damián fait ce que font les autres : il acquiert une pointe de ce sang bleu parladeño que le Conde de la Corte, à la suite des Mora-Figueroa, a rendu indispensable à l’avenir de la Fiesta. Sans être gigantesque, l’élevage de la veuve de Soler a fourni nombre de lots de toros et de novillos. En 1931, ce sont 36 toros et 20 novillos ; en 1932, 29 toros pour 54 novillos. Quand la ganaderíarejoneador et éleveur João Moura, profita de son achat durant une vingtaine d’années et renforça encore l’apport Parladé dans la camada de Soler. Dans un encart discret publié avant 1949 dans la revue Toros, l’auteur affirme que : « Lorsque Claudio Moura acheta tout le troupeau de la veuve Soler qui paissait dans la province de Badajoz, soit en 1936, année du déclenchement de la guerre civile, et l’emmena au Portugal, la ganadería comportait déjà quatre étalons du Conde de la Corte. Depuis, l’actuel propriétaire se sert comme étalons des meilleurs mâles issus de ces derniers et des vaches ex-Soler. Il a, en outre, depuis peu deux sementales d’Ibarra mais il ne les accouple qu’avec deux vaches, afin d’essayer au compte-goutte les produits ». Pourtant, les faits ne sont pas aussi limpides qu’il n’y paraît. Ainsi, Moura était déjà éleveur avant d’acquérir les Soler et son cheptel était encasté Pinto Barreiros. Selon certains littérateurs, il mélangea ses Pinto Barreiros avec les Soler, ce qui renforce encore l’idée que lui aussi voulait clairement faire pencher les descendants de la Condesa de Salvatierra vers une dominante très marquée Parladé. Moura acquiert son ancienneté à Madrid le 1 octobre 1944 mais décède en février 1956. Deux mois plus tard, ses héritiers vendent la ganadería à Diogo Francisco d’Affonseca Maldonado Passanha. De la descendance de ce dernier naissent trois élevages actuels : Passanha (Murube), Condessa de Sobral (Torrestrella) et Passanha Sobral (Cebada Gago / Marquis de Domecq). Il demeure aujourd’hui une ou deux vaches d’origine Soler dans l’élevage de Passanha Sobral mais elles n’ont d’intérêt que mémoriel et sentimental. Pour le reste, nombre d’élevages portugais font apparaître la mention « Soler » dans leur curriculum vitae. Il ne fait aucun doute que du temps de la viuda, l’élevage vendit des bêtes à ses collègues lusitaniens mais la sélection, les modes, les absorptions de sang et le temps qui passe, tout simplement, ont noyé ce sang unique dans quelque chose de plus moderne.

 
 

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