Lopes Branco
Lopes Branco

Après le décès récent d’Artur Lopes Branco (2018), ce sont ses fils qui conservent ce nucléon de bétail brave qui fait partie des plus anciens fers du Portugal. C’est près d’un siècle d’élevage que maintiennent par amour filial et afición João Manuel Ramos Teles Branco et Miguel António da Silveira Ramos Teles Branco. Souhaitons que leur romantisme perdure longtemps.

Ancienneté : -
Devise : Jaune et Rouge
Signal : Horca à gauche
Propriétaire : João Manuel et Miguel António da Silveira Ramos Teles Branco
Gérant : João Manuel et Miguel António Ramos Teles Branco
Fincas : “Herdade Vale de Mouro”  Coruche
   Associação Portuguesa de Criadores de Toiros de Lide





Crédits photographiques : Terre de Toros  

 

Qu’écrire de Coruche si ce n’est qu’elle est encerclée de ganaderías, décorée d’une guirlande de toiros joignant les quatre points cardinaux ? Aujourd’hui encore, malgré la culture intensive du riz, les élevages de toiros de lide sont bien présents dans le paysage du concelho de Coruche et parmi eux, le plus ancien en activité n’est pas le plus connu des aficionados, loin s’en faut. Il est dirigé par deux frères qui parlent français avec chic et maestria et qui, c’est à n’en pas douter, ont été des enfants fous de toros dans leur prime jeunesse. Ces deux frères sont les fils d’Artur Pais do Amaral Lopes Teles Branco (décédé en décembre 2018) qui était lui-même le fils de João Lopes Teles Branco qui fut l’héritier de son oncle, le fondateur de la ganadería, Artur Lopes Branco.

Écrire l’histoire de la ganadería des Lopes Branco, c’est prendre conscience du chemin ténu sur lequel se construit et surtout se maintient un élevage de toros de lidia. C’est accepter l’idée de la fragilité d’une telle oeuvre, c’est se rendre compte que tout repose sur de petits riens qui deviennent fondamentaux, sur d’anodines décisions, à première vue, qui s’avèrent essentielles pour la survie et l’équilibre de l’oeuvre. Car tout repose sur l’indécis en matière de sélection animale et comme en témoignait Artur Pais do Amaral Lopes Teles Branco, tout repose sur la « subjectivité » des choix du ganadero. Une ganadería de bravos n’est pas loin de ressembler à un coup de dés. Dans les années 1940, peut-être les années 1950, le père d’Artur Pais do Amaral Lopes Teles Branco, João Lopes Teles Branco, acheta un semental au Conde de la Corte. Un tío qui avait chargé dix-sept fois le cheval, une cascade de bravoure parladeña. Le placement en bourse rêvé, la prise de risque zéro, l’investissement de nabab. Las, les premiers dividendes perçus, en l’occurence des femelles, se résumèrent à une bourse vide et le grand-père des actuels ganaderos décida de liquider ses actifs en éliminant ces jeunes vaches tout en revendant à un négociant de Coimbra les mâles, fils de ce reproducteur traître. Quelques mois plus tard, sa surprise fut grande de recevoir par courrier les remerciements et félicitations du négociant au sujet de ces fils La Corte qui avaient enchanté les publics de trois ou quatre villages en fêtes.

L’élevage est né officiellement en 1918 mais réellement en 1916 quand un médecin des environs de Coruche, Artur Lopes Branco acheta des vaches et un semental à la viuda de Soler pour les croiser avec du bétail de race portugaise qu’il détenait déjà sur des terres dont il avait certainement héritées et qui faisaient de lui, en sus de sa vocation médicale, un agriculteur. Ce qui est étonnant quand on lit les récits qui content la naissance de cet élevage, c’est que l’entreprise initiale de ce Lopes Branco n’avait pas une priorité taurine mais bien plus agricole. En effet, désireux d’augmenter la surface de ses terres de labour, le nouveau ganadero avait donc besoin d’un plus grand nombre de bêtes de somme. Il lui fallait plus de boeufs, or, qu’est-ce qu’un boeuf sinon un taureau allégé de ses attributs masculins ? Et Lopes Branco considérait que les taureaux braves castrés étaient bien plus vifs et puissants pour accomplir ces travaux agricoles dans les sols marécageux des abords de la Sorraia. Le premier lot de toiros qui fut lidié en 1919 (à Vendas Novas ou à Vidigal) retrouva dès le lendemain les pâtures de naissance et fut mis au boulot ! L’élevage brave des Lopes Branco était donc venu au monde, non par le hasard mais par une porte dérobée de l’afición que seule la volonté de João Lopes Teles Branco parvint à maintenir ouverte à partir de 1920 lorsque son oncle, sans héritier, décéda, lui abandonnant un projet encore à construire de a à z.

João Lopes Teles Branco se mit à l’ouvrage en introduisant des reproducteurs dans l’air du temps, c’est-à-dire des Pinto Barreiros et / ou des Conde de la Corte. En 1947, il décida d’augmenter le nombre de têtes et acheta une partie de l’élevage de Pompeu Caldeira, soit 180 vaches et un étalon. Le Caldeira était un croisement Pinto Barreiros et Soler, lui-même très parladeño à la fin des années 1940. L’introduction (certainement dans les années 1950) d’un reproducteur acquis auprès du voisin António Silva (pur Pinto Barreiros à l’époque) et qui se nommait ‘Poeta’ renforça la volonté d’asseoir la ligne Pinto Barreiros dans l’élevage.

Malheureusement, tout l’édifice mis en place par João Lopes Teles Branco depuis 1920 s’effondra en 1975, un mois avant sa mort en octobre. Ses terres furent confisquées, occupées et avec elles le bétail de lidia qui, une fois de plus, devenait l’incarnation de l’absolue fragilité des choses. Terrassée, la ganadería de Lopes Branco agonise. Elle n’existe plus dans les faits que grâce à vingt huit vaches que le fils de João Lopes Teles Branco, Artur Pais do Amaral Lopes Teles Branco, arrive à récupérer. Mais à quelle fin ? En 1978, les terres de la famille sont toujours sous contrôle de la réforme agraire et l’éleveur n’a même pas un mâle pour couvrir ce réduit de vaches braves. C’est un ami du ganadero qui va sauver le fer du naufrage. António Paulino da Silva e Melo Lobo da Silveira était éleveur de toros braves lui aussi, et lui aussi à la tête d’un fer historique au Portugal puisque remontant au coeur même du XIX° siècle lorsque son grand-père, en 1873, fonda une ganadería de race portugaise à son nom : Paulinho Cunha e Silva. À la fin des années 1970, le Cunha e Silva est du Pinto Barreiros via Ribeiro Telles et António Silva. Il accueille les Lopes Branco sur ses terres jusqu’en 1979, date à laquelle les bêtes (environ 28 vaches) retrouvent la herdade historique de Vale do Mouro. En 1988, Artur Lopes Branco achète une vingtaine de vaches supplémentaires et un étalon à Ribeiro Telles. Artur Lopes Branco est décédé à la fin de l’année 2018. Deux fils lui succèdent : João Manuel Ramos Teles Branco et Miguel António da Silveira Ramos Teles Branco. Ils conservent le tout tel quel, dans le respect des décisions de leur père qui avait choisi, par exemple, de renforcer l’apport Parladé en intégrant de 2003 à 2007 un étalon de José Luis Vasconcellos e Souza d’Andrade, du pur Alves do Rio donc Tamarón. João et Miguel ont d’autres vies à mener ici ou à Lisbonne mais ils tiennent pour l’instant à poursuivre ce que leur père avait lui-même sauvé du sien. Les mots employés sont pudiques mais se cachent derrière une affection palpable et un respect non moins louable.

 


L’élevage est né officiellement en 1918 mais réellement en 1916 quand un médecin des environs de Coruche, Artur Lopes Branco acheta des vaches et un semental à la viuda de Soler pour les croiser avec du bétail de race portugaise qu’il détenait déjà sur des terres dont il avait certainement héritées et qui faisaient de lui, en sus de sa vocation médicale, un agriculteur.

Hérité par João Lopes Teles Branco à la mort de son oncle Artur en 1920, l’élevage prend une nouvelle dimension par l’introduction de reproducteurs dans l’air du temps, c’est-à-dire des Pinto Barreiros et / ou des Conde de la Corte. En 1947, il décide d’augmenter le nombre de têtes et achète 180 vaches et un étalon à Pompeu Caldeira. Le sieur Caldeira était ganadero depuis 1935, date à laquelle il construisit un élevage avec soixante-dix vaches de la viuda de Soler et un semental croisé de Soler et Pinto Barreiros. Par cet achat conséquent, Lopes Branco réitérait les mêmes choix que son oncle et l’on peut aisément avancer que la ganadería était alors très marquée par l’influence de l’origine Soler même si la majorité des reproducteurs étaient choisis dans le sang Pinto Barreiros. À cette date, le Soler est un toro très majoritairement Parladé. Parmi les reproducteurs achetés dans la ligne Pinto Barreiros, l’histoire a retenu ‘Poeta’ d’António Silva.

Tout l’édifice mis en place par João Lopes Teles Branco depuis 1920 s’effondra en 1975, un mois avant sa mort en octobre. Ses terres furent confisquées, occupées et avec elles le bétail de lidia qui, une fois de plus, devenait l’incarnation de l’absolue fragilité des choses. Terrassée, la ganadería de Lopes Branco agonise. Elle n’existe plus dans les faits que grâce à vingt huit vaches que le fils de João Lopes Teles Branco, Artur Pais do Amaral Lopes Teles Branco, arrive à récupérer. Mais à quelle fin ? En 1978, les terres de la famille sont toujours sous contrôle de la réforme agraire et le ganadero n’a même pas un mâle pour couvrir ce réduit de vaches braves. En ces temps ténébreux pour les Lopes Branco, c’est un ami qui va jouer le rôle du sauveur, une main tendue dans la tourmente, et pour lequel on gardera une dette à vie. António Paulino da Silva e Melo Lobo da Silveira était éleveur de toros braves lui aussi, et lui aussi à la tête d’un fer historique au Portugal puisque remontant au coeur même du XIX° siècle lorsque son grand-père, en 1873, fonda une ganadería de race portugaise à son nom : Paulinho Cunha e Silva. Proche de la cour des Bragance, royaliste de sang et de coeur, ce Paulino Cunha e Silva originaire d’Alcanhões eut beaucoup de mal à accepter, et le régicide de février 1908, et encore plus la « Révolution du 5 octobre » qui instaurait la République portugaise. Il s’écrit qu’il passa une partie des dernières années de sa vie en prison avant de décéder en octobre 1915. Son élevage fut en grande partie vendu (aux Irmãos Terré) mais la famille conserva quelques bêtes et entreprit une reconstruction de la ganadería sous la direction du petit-fils, António Paulino da Silva e Melo Lobo da Silveira. C’est ainsi qu’elle ressurgit dans le panorama taurin portugais en...1942, soit une trentaine d’années après la mort du fondateur et elle a bien changé puisque le sang est Pinto Barreiros. À la fin des années 1970, quand il sauve les bêtes de Lopes Branco en les accueillant sur une de ses herdades, ses astados sont des Pinto Barreiros via Ribeiro Telles et António Silva. C’est d’ailleurs un reproducteur de Ribeiro Telles qui aura le bonheur de compter fleurette aux vingt-huit vaches d’Artur Lopes Branco. À sa suite viendra un António Silva cédé par le ganadero voisin.

Artur Lopes Branco reprend possession de ses biens en 1979 et réinstalle les animaux à Vale de Mouro, aux portes de Coruche. Si l’on en croit son témoignage donné au soir de sa vie, Artur Lopes Branco, même s’il fut bouffé par l’afición, a passé quelques années à supputer la possibilité de continuer ou d’arrêter son office de ganadero. Les coûts, les sacrifices et peut-être l’âge étaient pour beaucoup dans ses tergiversations intérieures qui devaient déchirer sa conscience. Mais, une ganadería n’est pas loin de ressembler à un coup de dés. Alors, un matin de 1988, Artur Lopes Branco a choisi de poursuivre sa folie en disant merde à la culpabilité, aux doutes, aux journées où rien ne fonctionne, aux toros morts dans la nuit et aux démons de soi-même. Dix-neuf vaches et un reproducteur de Ribeiro Telles ont rejoint la herdade et le reste de la chiche camada.

Artur Lopes Branco est décédé à la fin de l’année 2018. Deux fils lui succèdent : João Manuel Ramos Teles Branco et Miguel António da Silveira Ramos Teles Branco. Ils conservent le tout tel quel, dans le respect des décisions de leur père qui avait choisi, par exemple, de renforcer l’apport Parladé en intégrant de 2003 à 2007 un étalon de José Luis Vasconcellos e Souza d’Andrade, du pur Alves do Rio donc le Tamarón originel. João et Miguel ont d’autres vies à mener ici ou à Lisbonne mais ils tiennent pour l’instant à poursuivre ce que leur père avait lui-même sauvé du sien. Les mots employés sont pudiques mais se cachent derrière une affection palpable et un respect non moins louable.

 
 

 
 
‘Poeta’, le semental évadé
 

Dans les années 1940 ou plus certainement 1950, João Lopes Teles Branco décidait de renforcer encore plus dans son élevage hérité de son oncle en 1920 la lignée Pinto Barreiros. En 1947, il avait déjà acquis une grande partie de la ganadería de Pompeu Caldeira mais cette fois-ci, c’est chez le voisin de Coruche António Silva qu’il se servit. Un fils ou petit-fils de ce raceador devint semental et fut dénommé ‘Poeta’. Le bougre, comme nombre de ses congénères adeptes de la rime, s’avéra être un énergumène de premier ordre. Ainsi, il se raconte que ce ‘Poeta’, furieux d’avoir été écarté des vaches qui lui étaient destinées et d’avoir été déplacé dans une autre herdade familiale à vingt-cinq kilomètres de celle de Vale de Mouro, décida de s’échapper et de revenir sur les lieux de ses assauts « romantiques ». Vingt-cinq kilomètres au milieu desquels se trouvait le pueblo de Volta do Vale dont la population eut à peine le temps de se claquemurer fissa fissa en entendant ‘Poeta’ réciter des vers à l’entrée de la rue principale dans un mugissement tellurique dont seul les toros braves ont le secret quand ils veulent se mettre sur la gueule au fond des cercados.

 
 

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