Dña Pilar Población del Castillo
Dña Pilar Población del Castillo

Pilar Población est aujourd’hui un élevage oublié et c’est bien dommage. Tout d’abord, historiquement ce n’est pas rien puisqu’il s’agit de la filiation de Alipio Pérez Tabernero, l’ancien « Hoyo de la Gitana ». De même coté origine, les « Alipios » de Pilar Población sont une des versions les plus pures du sang Santa Coloma à tendance ibarreña. C’est une origine qui rallie souvent aficionado et torero, avec un savant équilibre entre tempérament et « toréabilité ».
Aujourd’hui, l’élevage est sous la direction Julio Pérez-Tabernero Población, épaulé par son fils Fernando. Les sorties sont rares mais souvent de qualité.

Ancienneté : 6 Août 1944
Devise : Incarnat et Vert
Signal : Orejisana
Propriétaire : Julio Pérez-Tabernero Población
Gérant : Julio Pérez-Tabernero Población
Fincas : "Fresno"  Fresno Alanghida
   Unión de Criadores de Toros de Lidia





Crédits photographiques : Terre de Toros  

 

Alipio Pérez Tabernero, voilà un nom historique du Campo Charro. Avec lui sonnent toute la classe et le prestige du toro de Santa Coloma. Un nom mythique pour les anciens mais qui reste imprécis pour les plus jeunes. Parce qu’aujourd’hui, Alipio Pérez Tabernero n’est plus qu’histoire. Une histoire heureusement relayée par ses nombreuses filiations, parmi lesquelles la devise de Pilar Población occupe une place d’honneur puisqu’il s’agit ni plus ni moins du fer de ses enfants.

Alipio est né d’une des familles, sinon de LA famille la plus importante du Campo Charro taurin. Son père, Fernando Pérez-Tabernero, et sa mère, Luisa Sanchón, avaient tous deux hérité des ganaderías familiales fondées au XIX° siècle ; ce qui, en matière de brave pour la zone de Salamanque, est la préhistoire. Le couple eut quatre enfants et tous connurent une prestigieuse carrière d’éleveur. Il y eut bien sûr Alipio, mais aussi Antonio (Pérez de San Fernando), Argimiro et surtout Graciliano. C’est dire si la terre de la finca paternelle de « Villar de los Alamos » fut fertile. Au décès de leur père Fernando (1909), ils reprirent ensemble la destinée de l’élevage familial, un croisement de vaches veragueñas avec un étalon de Miura. Mais ce sang était sur le déclin et, en 1920, Graciliano forma un nouveau troupeau avec du sang pur Vistahermosa acheté au comte de Santa Coloma. Le succès fut quasi immédiat et Graciliano Pérez Tabernero devint une référence. Sa réputation était si forte qu’elle fit grimper celle de tous ses confrères du Campo Charro, jusqu’alors dépréciés et moqués par leurs rivaux andalous.
Alipio s’était détaché de ses frères en 1911, tout en conservant le bétail de ses aînés. On donnait son sang comme 7/8 de Murube et 1/8 de Veragua. Ainsi, les Alipio de la première époque étaient le plus souvent negros, mais aussi parfois jaboneros. En 1921, il avait déjà connu le malheur de voir un de ses toros tuer un torero. Il s’agissait de Isidoro Martín Flores sur le sable des arènes de Béziers. En 1924, il se présenta à Madrid mais les résultats furent irréguliers, comme on dit, et les compétences de don Alipio souvent décriées. Pourtant, tout le monde reconnaissait l’homme et son afición. Excellent cavalier, il faisait des envieux au campo lors des acosos y derribos, exerçant même comme rejoneador lors de spectacles officiels. Mais le ganadero était connu comme peu rigoureux et utilisant le bétail de desecho de ses frères. La presse de l’époque ne mâchait pas ses mots à son encontre. Ainsi, on pouvait lire, sous un dessin des arènes madrilènes en feu, les conseils d’un journaliste aux aficionados : « Je conseille vivement à ceux qui vont aux arènes voir une Alipiada de se munir préalablement d’extincteurs ! ». Allusion évidente à la mansedumbre des toros de don Alipio trop souvent condamnés aux banderilles de feu.

Insatisfait, Alipio va donner raison à ses détracteurs en refondant complètement son élevage (1925) avec le nouveau sang de son frère Graciliano : les fameux Santa Coloma. La réussite n’est pas immédiate. Il y a d’abord une longue période de transition (une décennie) où ses toros vont connaître de nombreux problèmes lors des reconocimientos au cours desquels le ganadero va se voir sanctionner par des amendes pour non respect du poids et de l’âge réglementaires. Une période où le qualificatif de « bœuf » reviendra plus fréquemment que celui de « brave ». Le temps d’écouler l’ancien bétail, puisqu’en 1931 courent encore des Alipio jaboneros. Mais, à partir de 1935, naît un nouveau ganadero.
Le manque de rigueur se voulait sûrement un mal de jeunesse, puisque Alipio Pérez Tabernero Sanchón va s’avérer par la suite un excellent éleveur, et retourner les opinions. Des braves de son frère Graciliano, il va en faire les braves Alipio. Dès lors, les succès vont s’enchaîner et faire de lui un des éleveurs reconnus du Campo Charro. Il est d’ailleurs à noter que si Alipio portait, comme son père Fernando, les fameuses longues patillas, il n’a jamais utilisé le nom de Tabernero pour nommer sa ganadería. Il est vrai que le nom était déjà largement utilisé. Fort de son expérience et de son passé familial, il eut toujours une curiosité très affûtée vis-à-vis du taureau de combat. Alors que la tradition était de fermer ses portes, il a ouvert les siennes et, en 1965, des vétérinaires purent mettre en œuvre diverses expériences sur les « tientas chimiques ». Alipio, qui était un grand personnage, s'éteint en 1977, laissant une filiation éduquée dans la tradition et capable de préserver son patrimoine.

Son mariage avec Pilar Sánchez de Agustínez, de la maison ganadera du même nom, avait été fécond, puisqu’ils eurent six enfants et tous des garçons : Julio, Javier, Alipio, Ignacio, Fernando et Ricardo. En 1939, Alipio leur créa un fer qu’il nomma « Hoyo de la Gitana ». Le dessin du fer porte le F en hommage au père d’Alipio, Fernando, quant à l’appellation, il s’agit tout simplement du nom d’un des cercados de « Galleguillos », une des fincas familiales qui abrite l’actuel Hoyo de la Gitana. Mais alors, il n’est pas encore question d’héritage et l’afición intarissable de ses fils allait devoir attendre un peu, Alipio restant seul à la tête des deux fers. Il ne tarde pas à acquérir une ancienneté pour sa nouvelle appellation et fait lidier une novillada à Madrid le 6 août 1944. Cependant, ce fer n’est pas simplement une doublure. Sans doute titillé par la nostalgie de la caste Veragua, Alipio installe sous le fer du F, aux côtés de ses Santa Coloma, une ligne veragueña achetée au voisin Arturo Sánchez y Sánchez. Mais l’aventure n’est qu’illusion. La réalité le rattrape bien vite et malheureusement l’histoire se répéta pour les Veragua d’Alipio et les terres de Matilla de los Caños resteront le domaine exclusif des toros Santa Coloma.
À la fin des années 1950 commença le partage du patrimoine de don Alipio. Alipio fils poursuit avec le fer historique et ajoute un fer au nom de son épouse María Lourdes Martín. Ignacio (1958) et Javier (1966) créent leur propre fer. Tandis que Fernando (1966) conserve seul « Hoyo de la Gitana ».
Fernando va maintenir au plus haut la devise, ses toros courant dans les arènes les plus prestigieuses d’Espagne. Malheureusement, le 11 août 1974, 'Cucharero' tue José Falcon dans les arènes de Barcelone. Par superstition ou pour éviter la mauvaise publicité, il décide alors de renommer son fer au nom de son épouse Pilar Población del Castillo. En 1988, ses fils Juan José et Julio prirent la suite, avant de se séparer quatre ans plus tard. Ainsi, c’est Julio, petit-fils de don Alipio qui gère aujourd’hui la devise de Pilar Población. L’homme est ingénieur agronome et partage sa vie entre le bureau et les champs. Le caractère bien trempé, il perpétue les traditions et il semblerait que cela continue puisque son fils Fernando (évidemment) n’est jamais loin. Malheureusement, les Alipio de Pilar Población ont perdu le cartel de leurs aînés. Bien rares sont leurs apparitions dans les ruedos, non qu’ils ne le méritent plus mais parce qu’on ne les désire plus. La profession ne les trouve pas à son gout et leurs têtes modestes sont un critère rédhibitoire pour une grand part du public. Et on ne peut que regretter ces jugements qui ne tiennent pas compte de l’âme brave et enflammée des Pilar Población.

 


Alipio Pérez Tabernero a débuté comme ses frères avec le bétail à influence veragueña de son père. Il sera le dernier à s’en séparer au début des années 1930 après, il est vrai, les avoir largement remodelés avec les nouveaux sangs de ses frangins. Mais passons sur l’étape d’initiation de don Alipio pour nous consacrer à l’aventure de sa vie : les Santa Coloma de son aîné Graciliano.

Entre 1925, date de son cuisant échec à Madrid, et 1929, Alipio va acheter plus d’une centaine de vaches de pure origine Santa Coloma à son frère Graciliano, le tout agrémenté de quelques étalons. Un peu plus tard, en 1933, il cimente son sang en trouvant la perle rare : l’étalon qui fait une ganadería : 'Hornero'. Lui aussi du fer de Graciliano, 'Hornero' est de la race de ceux qui font un encaste et Alipio le gardera jusqu'à sa mort, soit une quinzaine d’années en tant que reproducteur. Alipio façonne un toro homologue à celui de Graciliano avec cependant quelques nuances. La sélection d’Alipio est en effet plus douce que celle de son aîné ; que ce soit du point de vue morphologique, le toro d'Alipio étant d’un trapío plus modeste, ou du tempérament, plus docile que les sauvages et redoutables Graciliano. Mais restons dans la mesure car tout est relatif. Le toro de don Alipio n’en demeure pas moins un toro exigeant comme tous ceux de son encaste.

Dès 1939, Alipio crée un fer pour ses fils. Ce fer, nommé « Hoyo de la Gitana », abrite évidemment les Alipio Santa Coloma, mais aussi, et ce jusque dans les années 1950, des Veragua de chez Arturo Sánchez y Sánchez. Bien qu’inscrit au nom des fils, le fer est mené par Alipio et le bétail est le même que celui du fer titulaire.
Il faudra attendre le courant des années 1960, pour voir les fils d’Alipio prendre les directives. Ils ne trahiront pas leur père puisqu’Ignacio, Javier, Alipio fils et Fernando allaient tous les quatre devenir d’excellents ganaderos. Lors du partage, Fernando resta seul à la tête du fer de « Hoyo de la Gitana » et sut maintenir sa réputation sans faillir.
Coté sang, il se contenta d’apporter du sang Santa Coloma par Buendía en utilisant l’étalon 'Fuentecillo' au début des années 1970, que son frère Ignacio lui a longtemps prêté. Depuis, Julio, le fils de Fernando, a hérité et le sang Buendía s’est dilué. Bien au contraire, Julio a renforcé l’influence Graciliano en important des étalons de Juan Luis Fraile. Ancrant la ligne de son élevage dans le sillage de celle de son grand-père. L’ensemble du bétail est noir avec de-ci de-là quelques taches blanches.


Elevages d'origine Dña Pilar Población del Castillo :


Elevages disposant de bêtes d'origine Dña Pilar Población del Castillo :

 
 


Morphologie
 

Le toro de Pilar Población est un dérivé fidèle du toro de Alipio Pérez-Tabernero qui descend lui-même de celui de Graciliano Pérez-Tabernero. Il est donc naturel de voir dans les traits du Pilar Población de nombreuses analogies avec les classiques Santa Coloma ibarreños. Cependant, sa morphologie comporte quelques différences. Côté carrure, le Pilar Población, comme l’Alipio, ne fait pas le poids avec son aîné Graciliano. Il présente habituellement une petite taille assortie d’un poids léger. Toutefois, son calibre est supérieur au classique Alipio. Sa tête, assortie à son squelette, présente une taille réduite plutôt longue et mince avec le profil concave typique de l’encaste Santa Coloma. Les armures sont assez inégales, présentant souvent des toros pauvres de tête. Sa ligne est fine et légèrement ensellée. L’arrière-train est musclé, bien rond, le cou long avec la peau lui collant à la chair (degollado) et le regard vif.
La robe ultra majoritaire est le noir. Parfois, il arrive de voir des tostados (marron foncé), entrepelados (entre noir et gris) ou des cárdenos (gris) de préférence foncés. Les accidents les plus fréquents sont les taches blanches sur n’importe quelle partie du corps, ce qui donne dans le jargon taurin : rabicano, girón, calcetero ou lucero.


Comportement

Le tempérament est là aussi en deçà de la fougue sauvage des Graciliano, mais on le serait à moins ! Le Pilar Población, comme ses frères Santa Coloma, présente une bravoure conséquente qui s’agrémente dans son cas d’une forte noblesse. Sa docilité alliée à sa bravoure encastée a fait toute la réputation de ces toros. Ces qualités en faisant un toro du goût des toreros et des aficionados. Malheureusement, sans que sa noblesse ne s’altère, les toreros de notre époque goûtent peu la caste. La sélection s’est donc légèrement adaptée à cette tendance et la faiblesse a commencé à faire son apparition, altérant les belles qualités de fond des Pilar Población. Au vu des dernières prestations, ces maux semblent gommés et laissent place à l’espoir de revoir les fameux toros d’il y a une trentaine d’années.

 
 

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