Sobral
Sobral

Au sud de l’Alentejo, la famille Passanha Sobral a retrouvé les terres qui lui avaient été confisquées durant la Réforme agraire qui suivit la Révolution des oeillets de 1974. Les jeunes générations de la famille ont grandi entre cette Estrémadure portugaise et Séville, entre deux mondes ganaderos auxquels ils tentent d’apporter aujourd’hui une synthèse à travers leur élevage de bravos.
Sur les terres de la Herdade Barbas de Liebre, grandissent des toros dont la variété chromatique trahit leurs origines Cebada Gago et Marqués de Domecq. Manuel Francisco Passanha Braamcamp Sobral et ses fils, José António et Manuel Diego Justiniano Passanha Sobral, maintiennent une tradition familiale ancienne qui remonte à Diogo Francisco d’Affonseca Maldonado Passanha, grand-père de Manuel.
L’histoire ganadera de la famille est complexe, torturée et intimement liée à l’histoire récente du Portugal mais les nouvelles générations ont foi en l’avenir et, outre les touradas, elles portent leurs regards vers l’Espagne et la France pour faire lidier à pied les camadas de Sobral.

 

Ancienneté : -

Devise : Bleu, Jaune et Blanc    Signal : Orejisana

Propriétaire : Manuel Diego Justiniano Passanha Sobral    Gérant : Manuel Diego Justiniano Passanha Sobral

Fincas : Herdade Barbas de liebre  Baleizão -

   Asociación de Ganaderías de Lidia






Crédits photographiques : Terre de Toros  

 

L’histoire ganadera de la famille Passanha Sobral débute à la fin des années 1950 avec Diogo Francisco d’Affonseca Maldonado Passanha. Au soir de sa vie, il achète l’élevage de Claudio Moura décédé en 1956. Le fer détenu par ce dernier depuis 1936 était celui d’Antonio Soler et il permettait à Passanha de pouvoir lidier en Espagne puisqu’appartenant à la Unión. S’il est indéniable que Claudio Moura apposa sa patte sur l’oeuvre de sélection entreprise par Soler puis par sa veuve, le bétail est passé à la postérité sous l’appellation Soler dont le fondement génétique remontait aux Jijón du Marques de la Conquista via, ensuite, Juan Manuel Fernández, Luis Feliciano Fragoso et Filiberto Mira. Mais ne nous trompons pas : le bétail de Soler puis de Moura et enfin de Passanha fut très régulièrement croisé dès le début du XX° siècle avec des apports plus contemporains que le Jijón. La Viuda de Soler acheta des reproducteurs chez le Conde de la Corte ce que Moura poursuivit et amplifia durant son « mandat ». En 1949, dans la revue Toros, l’auteur affirme que : « Lorsque Claudio Moura acheta tout le troupeau de la veuve Soler qui paissait dans la province de Badajoz, soit en 1936, année du déclenchement de la guerre civile, et l’emmena au Portugal, la ganadería comportait déjà quatre étalons du Conde de la Corte. Depuis, l’actuel propriétaire se sert comme étalons des meilleurs mâles issus de ces derniers et des vaches ex-Soler. Il a, en outre, depuis peu deux sementales d’Ibarra mais il ne les accouple qu’avec deux vaches, afin d’essayer au compte-goutte les produits ». Les Soler dont Passanha se rend acquéreur sont donc très matînés de Tamarón et bien loin déjà de l’idée que l’on peut se faire de ce que fut un toro de Jijón.
Pour compliquer la donne, et parce que l’omniprésent Conde de la Corte refusa de lui vendre de nouveaux reproducteurs à la fin des années 1950, Diogo Passanha acheta un lot de vaches et deux mâles — ‘Fornalino’ et ‘Biengranado’ — à Carlos Urquijo (pur Murube), selon certaines sources, l’acquisition se fit por sorteo. Décédé en 1963, le récent ganadero ne profita que très peu de temps de ses bêtes braves dont la survie mérite quelques éclaircissements. Ce sont logiquement ses enfants qui héritèrent du ganado, trois étaient en vie à la mort de Diogo Passanha, mais seul Luis Vilhena Maldonado Passanha et Maria Ana Maldonado Passanha se consacrèrent à la partie taurine. Cheptel brave et terres furent donc partagés mais la gestion du fer s’avéra pour le moins originale. Luis récupérait les purs Murube de Urquijo quand Maria demeurait maîtresse des Soler et du croisement Soler/Murube. Chacun sélectionnait de son côté, chacun avait sa ou ses herdades mais tous les toros lidiés l’étaient sous le fer unique hérité du père, celui de Soler, et sous la dénomination des « Herdeiros de Diogo Passanha ».
Compliquée, et, en l’état, la situation ne pouvait durer. En 1971, frère et soeur rachetèrent le fer de la Condesa de las Atalayas (Trespalacios) — Maria se chargea seule de retienter tout le bétail d’origine Veragua/Trespalacios et sacrifia tout — et Luis quitta sa soeur pour présider aux destinées de la ganadería de Passanha (le fer de la Condesa de las Atalayas a été changé par l’actuel en forme de P manuscrit) aujourd’hui entre les mains de ses descendants et toujours encastée pur Murube (on s’échange des reproducteurs avec la parentèle de Branco Nuncio). Maria conservait le fer de son père qu’elle fit alors combattre à son nom propre : Maria Passanha. Avril 1974 : c’est la « Révolution des oeillets » au Portugal. La famille Passanha connaît le sort de ses pairs : on l’exproprie. On sacrifie une grande partie du bétail, surtout chez Maria Passanha. Dans un entretien accordé à Pierre Dupuy et paru dans la revue Toros, Joaquim Inácio Passanha Sobral, aux commandes de la ganadería dans les années 1990, témoigne que « ce n’est qu’en 1985 que les fermes nous ont été rendues ; nous avons été les derniers à les récupérer. Ma mère avait laissé 250 têtes ; j’en ai retrouvé une soixantaine. Heureusement, s’ils ont beaucoup vendu, ils n’ont rien acheté ; ce qui fait qu’aucun croisement n’est intervenu autre que le nôtre ». Quand ils retrouvent l’élevage, dans les années 1980 donc, les héritiers de Maria Passanha changent son nom. Désormais les Soler/Tamarón/Murube sont lidiés sous la bannière plus clinquante de la « Condessa de Sobral », titre nobiliaire porté par leur mère Maria, épouse d’António Braamcamp Sobral, VI° comte de Sobral. Dans le panorama ganadero portugais de la fin du XIX° siècle et du début du XX° siècle, le nom des comtes de Sobral est associé à celui d’un élevage demeuré anodin et que les livres anciens annoncent comme vendu en 1907 à un certain João Coimbra. Quand Maria Passanha se lie à la famille Braamcamp Sobral, celle-ci n’entretient plus de liens directs avec l’élevage de bravos depuis des décennies.
En 1985, ils sont deux frères sur les sept enfants Sobral à s’intéresser au gado bravo, ce sont les deux derniers de la fratrie : Joaquim Inácio et Manuel Francisco. Les versions diffèrent, mais c’est d’abord Manuel Francisco qui prend le commandement du navire familial sous le regard de la Condessa encore en vie. Il est le seul à avoir les diplômes adéquats (ingénieur agronome) pour assurer la gestion de toutes les fincas des Passanha Sobral. Quand décède la dueña, en 1990, le partage opéré en 1991 confie la ganadería du S de Soler à son aîné, Joaquim Inácio qui s’échine durant la décennie qui s’ouvre à reconstruire au mieux l’encaste familial mais qui échoue, contraint de vendre en 2000 à Álvaro Domecq Romero qui lui-même revend en 2015 à l’actuel propriétaire Manuel Vázquez Gavira. Après la vente de la ganadería familiale de la Condessa de Sobral à Alvaro Domecq Romero en 2000, Manuel Francisco Braamcamp Passanha Sobral a replongé et dans sa rechute a entraîné ses fils, José Antonio et Manuel Sobral Justiniano. Des terres qui lui revenaient, c’est dans la herdade de Barbas de Lebre — barbes de lièvre — que l’ex futur ganadero débarque en 2007 un cheptel brave majoritairement labellisé Cebada Gago mais pas que puisque certaines bêtes trahissent leur origine Marqués de Domecq. « A nuestras manos llegan cinco vacas herradas con el hierro del Marqués ; con el de Cebada, neuve, y el resto con la B, de Bohórquez ». Un nouveau fer a donc vu le jour, celui de Sobral (Passanha Sobral au Portugal) qui, aux côtés de celui de la Condessa de Sobral, maintient la tradition ganadera dans le village de Baleizão, non loin de Beja.

 


Durant son exil en Andalousie pendant les années d’expropriation, la famille Braamcamp Passanha Sobral a tissé des relations avec le milieu ganadero andalou.
Ainsi, en 2007, Manuel Francisco Braamcamp Passanha Sobral et ses fils ont fondé un nouveau fer, celui de Sobral dont les origines sont simples : Cebada Gago et marquis de Domecq acquis auprès du très controversé Ángel Bohórquez. Si la famille Bohórquez fait partie des grands noms de la cabaña brava avec le fer de Fermín (Murube), trouver des informations sur cet Ángel, un cousin, n’est pas une mince affaire. Son fer était inscrit dans une association secondaire et placé sous l’intitulé de « Clara Bohórquez » (avant cela la ganadería était annoncée comme « Herederas de Bohórquez »), autant dire caché dans un anonymat complet au sein de l’innombrable liste des élevages de toros de lidia espagnols. Rien ou presque donc si ce n’est une étrange affaire mise au jour en février 2006 par l’entremise de Paco Apaolaza dans le quotidien La Voz de Cadíz. Le regretté journaliste y explique qu’un groupe d’aficionados madrilènes accuse Ángel Bohórquez d’avoir vendu des bêtes braves pour des parties de chasse illégales ; accusations qui auraient déclenché une investigation menée par la Asociación de Ganadería de Lidia à laquelle Bohórquez était affilié. Si l’accusé réfuta toutes les charges qui pouvaient peser contre lui, l’article nous apprend tout de même que le bonhomme n’était pas contre l’idée d’inscrire le toro de lidia dans la liste des espèces pouvant être chassées arguant avant tout de l’intérêt économique d’une telle entreprise : « puede ser fuente de ingresos muy importantes para ganaderías presionadas económicamente ». Si l’on part du principe que l’afición a los toros ne peut s’entendre que par l’expression d’un immense respect dû au toro de lidia, gageons que ce cousin des Bohórquez de Fuente Rey n’était pas le plus grand aficionado de la région et encore moins le meilleur ganadero de la zone puisqu’en terme de sélection, Ángel prônait des pratiques disons minimalistes confirmées par les dires de Manuel Francisco Braamcamp Passanha Sobral : « no tenía ninguna referencia de la vacas parque Ángel Bohórquez no apuntaba nada ».
Ganadero de pacotille, Ángel Bohórquez détenait des bêtes d’origine Cebada Gago et marquis de Domecq dans sa finca El Machorro de Medina Sidonia. Sa ganadería est vendue en 2007 aux Passanha Sobral mais une partie est également acquise par José Luis Pereda. Si l’on a très peu d’informations sur les élevages auprès desquels Bohórquez acheta initialement son bétail, il saute aux yeux que les origines ne mentent pas : la ganadería de Sobral s’affirme aujourd’hui avant tout par la beauté et la variété des pelages ainsi que par la finesse des lignes ; un ensemble d’éléments que l’on retrouve dans le Cebada Gago. Mais la beauté est intérieure, aussi, et si l’on en croit les quelques reseñas parvenues jusqu’à nous, bon sang ne saurait mentir et le Cebada de Sobral a du caractère lui aussi. Si la finesse du Gago domine la courte camada, deux ou trois castaños ojinegros rappellent au bon souvenir des vieux Marqués de Domecq, plus bastos et aux têtes un rien chatas.

 
 

 
 
  Le Soler des Sobral
 

En 2000, Alvaro Domecq Romero se porta acquéreur de la ganadería de la Condessa de Sobral. L’éleveur andalou importa alors soixante vaches de son cru sur les terres portugaises de la herdade de Montezes et, malgré ce que l’on put croire à l’époque, il conserva dans le même temps un nombre égal de vaches de la Condessa de Sobral dans lesquelles coulait encore un peu un sang centenaire teinté de la caste Jijón via les Soler. Joaquim Inácio Passanha Sobral, lorsqu’il dirigea la ganadería héritée de feu sa mère Maria Ana Passanha, Condessa de Sobral, dans les années 1980-1990, avouait qu’il cherchait à maintenir cette origine unique « de la casa ». En 1997, il déclarait à la revue Toros être à la tête de « 150 vaches de ventre. je sélectionne maximum dans le but de retrouver les jijones de Soler. J’aime leur couleur, leur conformation, leur comportement ». Pour autant ajoutait-il « toutes les vaches sont croisées avec du Vistahermosa et il est bien difficile d’évaluer dans quelle proportion le sang Jijón ressurgit… »*. Hélas, en 2006, les « vieilles » Condessa de Sobral furent envoyées au matadero et avec elles les derniers restes d’un remarquable trésor génétique. En vérité, il semblerait qu’Alvaro Domecq ait cependant conservé quelques têtes car après 2007, lorsque Manuel Francisco Passanha Sobral fonda sa propre ganadería sous le fer de Sobral, il s’en fut trouver Alvaro Domecq pour lui racheter, à prix d’or selon ses fils, quelques femelles du vieux sang familial. La démarche était purement nostalgique et aficionada. Aujourd’hui, il ne reste quasiment rien de cette ligne, peut-être une ou deux vaches sous le fer de Sobral et ce toro chétif croisé en 2018 sur les terres de la Herdade Barbas de Liebre, à Baleizão.

* Dupuy, Pierre - La ganadería de la Condessa de Sobral, revue Toros, n° 1548, 1997.

 
 

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