Francisco Javier Arauz de Robles
Francisco Javier Arauz de Robles

Inclassable ! La famille Araúz de Robles détient depuis plus d'un demi-siècle un des rarissimes élevages peu identifiables quant à ses origines de la cabaña brava actuelle. Ses origines sont uniques et indéfinissables, même les manuels les plus pointus sèchent sur la question. Décrit souvent comme un mélange de Gamero Cívico et Saltillo, cet assemblage peu banal est aussi difficile à imaginer que sa véracité est contestable. Encaste minoritaire s’il en est, le fer surprend pour avoir fait la joie des figuras dans les années 1990.
Il est indéniable que, désormais, les toros multicolores d'Araúz de Robles sont sortis du marché, même si la devise a toujours mieux réussi dans les petites arènes que dans les grandes. Après un passage difficile, la crise a touché de plein fouet l’élevage qui reprend peu à peu ses esprits et se repeuple. Et c’est tant mieux car il serait vraiment dommage qu’une telle pépite génétique vienne à disparaître.

Ancienneté : 8 Août 1982
Devise : Incarnat et Blanc
Signal : Muesca à droite - Zarcillo à gauche
Propriétaire : Francisco Javier Arauz de Robles López
Gérant : Francisco Javier Arauz de Robles López
Fincas : "Los Cerrillos y Santo Domingo"  Andújar"Garbancillares"  Baños de la Encina"La Colonia y Burguillos"  Guarromán
   Unión de Criadores de Toros de Lidia





Crédits photographiques : Terre de Toros  

 

Au début du XX° siècle, en 1910, Rufo Serrano Munoz crée son élevage de toros braves. Étrangement, bien que l’élevage soit inscrit au premier groupe, on sait bien peu de choses sur cette nouvelle devise, surtout en ce qui concerne ses origines. Natif de Cuenca, Rufo Serrano y constitue un troupeau entre 1910 et 1912 avec du bétail du marquis de Cúllar, un novillo de Vicente Martínez et d’autres d’origines diverses dans lesquelles s’identifie la provenance Núñez del Prado. C'est-à-dire du Vistahermosa version Barbero de Utrera, ou, plus simplement, la branche qui allait donner les fameux Murube.
Rufo Serrano eut, comme ganadero, des hauts et des bas. Même si son nom ne fut jamais une référence, il connut de francs succès, son bétail étant qualifié parfois de « bravissime ». Faits que confirme sa longévité, puisqu’il conservera son élevage jusqu’à sa mort en 1944.

Au décès de Rufo Serrano, ses héritiers vendent au torero Mariano García Lora, qui s’en défait aussitôt au profit de José María Araúz de Robles. L’élevage se déplace alors plus au sud, dans la Sierra du nord de Jaén, dans les alentours de Andújar.
Le père de José María Araúz de Robles avait déjà un élevage de bravos, mais pour cause de problèmes économiques, il dut se résigner à vendre. Ainsi, cet avocat de profession débuta sa carrière de ganadero avec une bonne expérience. Immédiatement, il croise l’ensemble du troupeau avec deux étalons d’origine Parladé rame Gamero Cívico, via les maisons de Samuel Flores et Juan Guardiola. José María fait courir rapidement des novilladas à Madrid sans toutefois prendre son ancienneté. Sage, il va réserver une grande partie de son troupeau aux novilladas et aux courses de rejón, les résultats étant très irréguliers. Parfois taxés de mansos, d’autres de bondadosos ou encore d’excellents. Côté trapío, l’irrégularité est également coutumière, certains exemplaires étant accusés de mauvaise présentation. Cependant, on note dans les années 1970 une forte amélioration de la qualité des toros d'Araúz de Robles, qui sont aussi beaucoup plus réguliers, et leur présence plus fréquente en corridas de toros.

Après le décès de José María, son fils Franscisco Javier, lui aussi avocat de profession, prend la suite. On imagine aisément que la vie des Araúz de Robles n’était pas de tout repos. La semaine à la ville, à Madrid, et les fins de semaines au campo, à Andújar. Surtout qu’à cette époque les moyens de communication n’étaient pas ceux qui existent actuellement.

La sélection de Francisco Javier, basée essentiellement sur la caractéristique de l’humiliation, va grandement améliorer la qualité de son bétail, et les années 1980 confirment ces améliorations. La devise commence à se faire un nom et remporte des prix réputés. Les années 1990 et le début des années 2000 marquent sa consécration, la devise entre dans les grandes ferias aux côtés des figuras, les résultats étant même très réguliers. Depuis, l’accentuation des caractères défensifs a pollué les charges claires des toros d'Araúz de Robles et, en conséquence, les vedettes les ont délaissés. Telle est la dure loi du marché. Mais qu’importe, Francisco Javier poursuit sa ligne avec optimisme et pense pouvoir corriger rapidement ces défauts. Fidèle à ses principes, il maintient son fer totalement atypique.

 


Qu’on se le dise, le mont que constitue les origines de l’élevage de Francisco Javier Araúz de Robles est peut-être le plus difficile à gravir de toute la cabaña brava espagnole. Un sommet encore vierge que même le ganadero avoue avoir abandonné l’ascension. Terrain accidenté, glissant et miné. Je me contenterai donc de vous débroussailler grossièrement le chemin, du haut duquel vous pourrez admirer et comprendre les difficultés de cette cime.

Tout commence en 1910 lorsque Rufo Serrano forme son élevage. Installé dans les environs de Cuenca, il va rassembler pendant deux ans du bétail de diverses origines, comme il est alors de coutume.
La base du troupeau fut construite avec du bétail du marquis de Cúllar de Baza, (de Baeza, Jaén). Dès le début, le sujet est complexe puisque l’élevage du marquis constitue à lui seul une montagne de première catégorie. À la source, il y a le bétail d’origine Jijón d’un autre marquis, celui de Navasequilla (1792). Un bétail qui fut largement enrichi au cours du XVIII° siècle, notamment par du Miura et du Murube, mais il est certain que la liste est bien plus longue. Aussi certain qu’il est difficile aujourd’hui de se faire une idée des bêtes du marquis. Sur cette base, il est donné pour sûr qu’il fut placé un étalon de Vicente Martínez. Par contre, ce que ne dit pas l’histoire, c’est si cet étalon venait des nouveaux Martínez ou des anciens. Je m’explique. Dans les années 1910, Vicente Martínez venait de donner une seconde vie à son troupeau en introduisant en 1904 un étalon d’origine Ibarra : 'Diano'. L’élevage d’Ibarra était de pure souche Vistahermosa par la ligne du Barbero de Utrera, soit la déclinaison des Murube, les futurs Parladé. Cet étalon rénova complètement le troupeau de Martínez au point de scinder en deux ses origines. D’un côté les « antiguos », un mélange de Jijón – Vázquez et de l’autre les « Martínez » dominés par l’origine Ibarra, celle-ci ayant absorbé l’ancien sang. Même si la littérature ne donne pas l’ascendance du novillo de Martínez introduit par Rufo Serrano, il y a fort à parier qu’il s’agit de la nouvelle origine du fer : Ibarra.
Concernant les autres bêtes ajoutées par Rufo Serrano, rien n‘est bien sûr. On parle souvent d’origine Saltillo sans stipuler leur provenance. Pourquoi pas... Toujours est-il que la presse des années 1920, lorsqu’elle mentionne les origines du fer de Rufo Serrano donne le nom de Núñez del Prado (ex Barbero de Utrera). Disons, pour faire simple, que la grande partie de l’ascendance de la devise provient du Vistahermosa de la branche du Barbero de Utrera. Les pelages, à cette époque, étaient très variés mais il semblerait que le noir dominait.

En 1947, José María Araúz de Robles prend la suite. Immédiatement, il croise le vieux bétail de Serrano avec des étalons d’origine Gamero Cívico provenant de Samuel Flores et de Juan Guardiola. Ce croisement corrobore parfaitement l’hypothèse énoncée plus haut. Le Gamero Cívico n’étant pas autre chose que la suite des Parladé, qui eux-mêmes dérivent en ligne directe des Ibarra et Murube, la droite ligne du Barbero de Utrera.

Cependant, si nous sommes parvenus à approcher l’origine des Araúz de Robles, ceux-ci ne correspondent pas à l’image actuelle du toro de Gamero Cívico. Certains toros présentent des liens de parenté évidents, mais d’autres sont très différents. Par-dessus tout, ce qui frappe dans l’élevage d'Araúz de Robles c’est son hétérogénéité. Des robes diverses mais surtout des morphologies très contrastées. À côté des anatomies actuelles, cohabitent d’autres plus antiques. Ainsi, on peut croire reconnaître un Pablor Romero au milieu de la camada. L’élevage d'Araúz de Robles est un élevage à l’ancienne : la diversité l’habite. Une diversité confirmée par une récente étude sur l’ADN des élevages de l’U.C.T.L. qui classe la devise comme unique. Elle serait un amalgame de très nombreux sangs, mais au dosage unique. Cela dit, elle ne pâtit d’aucun problème de consanguinité, principalement par la sélection de son ganadero qui s’impose un nombre élevé d’étalons. Fait peut-être unique dans un élevage de toros, la notion de famille (reatas) n’a ici aucun sens !< br> José María Araúz de Robles - puis plus tard son fils Francisco Javier - a réussi l’exploit de passer du toro du début du siècle au toro moderne sans changer les origines. Si à l’époque, un sang aux origines diverses était naturel, il constitue aujourd’hui une singularité extraordinaire qui mérite à elle seule de s’intéresser à ce troupeau. De surcroît, le campo est magnifique. Une beauté que les robes barrosas, cárdenas, castañas et negras soulignent admirablement. Aujourd’hui, Araúz de Robles est devenu un trésor génétique au même titre que Miura et Pablo Romero.

 
 

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