Cabral Ascensão
Cabral Ascensão

 

Fondé en 1947 (ou 1948) par António Cabral de Ascensão, la ganadería portant le fer ACA peut être considérée aujourd’hui comme la troisième confession (après la ligne Pinto Barreiros pure et celle des Oliveira Irmãos) de la religion Pinto Barreiros à laquelle les Portugais vouent un culte authentique depuis les années 1920.




Tout commence donc en 1947 par l’achat de vaches à un maquignon de Vila Franca de Xira parmi lesquelles figurent huit femelles de Palha (Pinto Barreiros). Rapidement, et en complément, on achète d’autres vaches « tientées » et deux sementales, ’Burriquero’ et ‘Armillita’ à Pinto Barreiros puis, au cours des années 1950 et 1960, la ligne est renforcée par l’introduction de ‘Glorioso’ des Oliveira Irmãos et de ‘Guapinho’ d’António Silva (pur Pinto Barreiros à l’époque). Peu de temps avant la Révolution des œillets, en 1972 semble-t-il, António Cabral agrégea à son cheptel un lot de bêtes d’origine Durão qu’il avait l’intention de mener séparément. Le Durão était du Pinto Barreiros mais croisé de Soler et on lia la nouvelle sauce avec des reproducteurs de Silva et d’autres d’origine Belmonte donc Gamero Cívico. Résumons : on redonne un coup de peps au vieux Pinto Barreiros, tant au niveau du tamaño que de la vivacité de la caste. En 1974, la Révolution des œillets s’en mêle : expropriés, les Cabral Ascensão sont contraints de déplacer le troupeau chez des confrères. Une partie fut rapidement récupérée par Fernando Dos Santos. D’après les écrits d’un fils d’António Cabral, et le témoignage de Fernando Palha à ce sujet semble également le confirmer, deux solutions furent proposées à la famille : s’entendre avec la famille Palha, qui hébergerait ses bêtes (moyennant finances, semble-t-il), ou accepter la main tendue du ganadero Rosa Rodrigues qui proposait d’unir le troupeau de Cabral de Ascensão au sien, ce qui impliquait pour Cabral, de perdre un temps le contrôle de ses bêtes et surtout de voir Rodrigues les utiliser sur son propre cheptel. C’est finalement la seconde solution qui l’emporta, au grand dam du fils d’António Cabral qui ponctue cet épisode ténébreux de l’histoire de son élevage par une charge des plus véhémente à l’encontre de Rosa Rodrigues : « E entregou a vacada a quem (Rosa Rodrigues) irá ficar na história da tauromaquia lusitana como o grande depredador da ganadaria ACA. ». Et il est vrai que Rosa Rodrigues n’hésita pas à boursicoter avec le troupeau des Cabral. Il le vendit à qui veut et tout le monde en voulait. Parmi eux, évidemment et en première place, c’est Simão Malta qui acheta la plus grande part du troupeau et l’on sait que sa part fut ensuite revendue par ses héritiers en 2000 à Joaquim Alves sous le fer de São Torcato. Aujourd’hui, la famille ne conserve qu’un petit nucléon sous le fer des Ascensão Vaz mais le Cabral Ascensão a diffusé dans tout le Portugal et on le retrouve par exemple chez Canas Vigouroux, Cary, Luis Rocha pour n’en citer que quelques-uns.

 
 


‘Toalho’, le semental « fasciste » fusillé
 

Fondée en 1947-1948 par António Cabral de Ascensão, la ganadería reposait sur des bêtes « tientées » en 1947 et acquises, en toute originalité, à Pinto Barreiros. Peu de temps avant la Révolution des œillets, en 1972, António Cabral agrégea à son cheptel un lot de bêtes d’origine Durão qu’il avait l’intention de mener séparément. Parmi ces Durão, l’éleveur fondait énormément d’espérance sur les qualités d’un semental nommé ‘Toalho’. C’est du moins ce qu’écrit le fils de l’éleveur dans un ouvrage consacré à l’élevage de son père et intitulé : Ganadero de segunda. Sa version de l’histoire de ‘Toalho’ est un régal, non seulement pour le seul bonheur de l’originalité de l’anecdote taurine, mais également parce qu’elle témoigne, derrière les mots, de tout le ressentiment qu’a pu générer cette période post-révolutionnaire chez nombre de ceux qui subirent la réforme agraire. « L’occupation. Durant l'été 1975, pendant le mandat d'un de ces gouvernements communistes qui ont ruiné le pays à l’époque, des bandes armées, sous le contrôle à distance du colonel Pézarat Correia, ont pris d'assaut Serrinha (où paissaient alors cent soixante-dix vaches et cinq étalons) et l'ensemble de la Herdade dos Alpendres. […] L'un de ces reproducteurs était 'Toalho', qui appartenait à la lignée Durão et qui — nous avions déjà tienté des filles avec d'excellents résultats —, était, de tous, celui qui soulevait le plus d'espoir. Un jour, cependant, lorsque les "nouveaux éleveurs de bétail" l'ont sorti du troupeau et avaient l'intention de le ramener à Alpendres, le brave 'Toalho' s'est enfui, échappant à la vigilance du commandement insignifiant de ces faux « campinos » et il alla se cacher là où personne ne fut capable de le faire sortir. Déjà fatigués de la longue attente et, surtout, voyant approcher l'heure de la fin de leur long labeur de fonctionnaires, certains ont dit, entre deux injures, au vieux et malheureux maioral : Même pas capable de gérer un bœuf sauvage? Ils déclamèrent tant d'énormités au pauvre Manuel Balancho que, bien plus effrayé par ses nouveaux employeurs que par sa vieille connaissance ‘Toalho’, il descendit de cheval et, bêtement, seul et en total désarroi, alla tenter de le pousser hors d’une ravine où le toro avait décidé de rester. […]. Mais, ayant atteint la limite à ne pas franchir, ‘Toalho’ répondit à l'outrage et attaqua Balancho. En un clin d'œil, il le laissa sans vie, déchiré en lambeaux . La nouvelle se répandit rapidement : un toro criminel et fasciste avait mis fin à la vie d'un pauvre ouvrier ! Il y avait donc une obligation stricte de rendre justice. On procéda à un "jugement populaire sommaire" et l’on condamna ‘Toalho' à mort par peloton d’exécution ! ».

Cabral de Ascensão, António - Ganadero de segunda - 1993, Editorial de revistas e livros, Lisboa.

 
 

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