Victor Huertas Vega
Victor Huertas Vega

Dans les environs de Talavera de la Reina, la famille Huertas entretient trois élevages de toros braves. Mais ce sont bien ici trois élevages distincts et non trois fers pour un même élevage. Chacun des enfants a reçu une part de l’héritage paternel pour en faire sa propre histoire, avec ses idées et ses principes.
Le fer historique est aux mains du petit dernier, Víctor Manuel, qui, âgé d’une cinquantaine d’années, dévoile une belle maturité alliée à une afición de jeune homme. Si Víctor Huertas père s’était toujours cantonné aux novilladas sans picador, faisant de sa devise une des plus réputées du second groupe, son fils s’est donné un objectif supplémentaire en entrant dans le jeu des novilladas piquées.

Ancienneté : -
Devise : Blanc et Vert
Signal : Horquilla à droite
Muesca en haut et en bas de l'oreille droite
Propriétaire : Victor Huertas Vega
Gérant : Victor Huertas Vega
Fincas : "El Egido de Malhincada"  Calzada de Oropesa
   Asociación de Ganaderías de Lidia





Crédits photographiques : Terre de Toros  

 

La famille Huertas a une relation toute particulière avec le campo. De père en fils on exerce les métiers des champs et bien souvent les plus difficiles. Ceux qui demandent à la fois savoir, vaillance et dévotion. C'est ainsi que dans la famille Huertas l'on compte de nombreux vétérinaires et bien sûr de nombreux ganaderos. Mais, chose étrange ou insolite, dans la famille l'on compte autant d’agrégés que d’hommes des champs, une vieille tradition les « obligeant » à passer par le cursus des études supérieures avant de se dédier aux activités champêtres. Víctor Manuel Huertas, actuel ganadero, a suivi la voie de ses aînés et est titulaire d’un diplôme d’avocat. Pour autant, Víctor n’a jamais pratiqué puisque, aussitôt le sésame en poche, il a bifurqué vers la voie de son cœur en devenant vétérinaire. Voilà pour le cadre.
Si l’élevage date de 1952, année de son inscription à l’Asociación de Ganaderías de Lidia (second groupe), le vécu ganadero de la famille est beaucoup plus ancien. Déjà, dans les années 1930, on pratiquait des tientas dans la finca familiale et de nombreux souvenirs de cette époque ornent encore les murs. Le père de Víctor Manuel, Víctor Huertas, a officiellement débuté son élevage en 1941, à partir de bétail d’origine Contreras acquis à José Sánchez Mangas. Installée à quelques kilomètres au nord de Madrid, dans la zone très ganadera de Colmenar Viejo, la devise ne restera là que très peu de temps, déménageant dans les années 1950 dans la région de Talavera de la Reina. Si aujourd’hui il s’agit d’un coin prisé par les ganaderos, il y avait à l’époque très peu de bétail brave dans la région et Víctor Huertas fut un des premiers éleveurs de Talavera.

Dans les années 1960, ce dernier décide de repenser son cheptel et se tourne vers l’origine Santa Coloma. Il achète alors du bétail du Duc de Tovar et de María Dolores de Juana Cervantes. Un bétail Santa Coloma très marqué par l’influence ibarreña. Le troupeau est alors pratiquement totalement noir et il est très difficile de rencontrer la robe gris clair typique de ce sang. La sélection de Víctor Huertas va s’accorder à merveille avec le sang Santa Coloma et la devise se fait connaître. L’homme, soucieux de préserver le sérieux de son entreprise, décide en toute conscience, de ne pas passer le stade des novilladas sans picador afin d'éviter tout problème de pression et rester maître en sa demeure. Si bien que l’élevage devient « la » ganadería de ce type de spectacle et prend le dessus sur les autres devises ; le fer de Huertas atteignant la plus grande renommée qu’une devise du second groupe puisse connaître.

En 1981, les enfants de Víctor Huertas Vega se partagent l’élevage, la scission donnant naissance à deux nouveaux fers : Hermanos Huertas Vega et El Concejil. Le troupeau reste malgré tout uni et, à partir de 1984, Víctor Manuel Huertas Vega succède à son père à la direction de la devise principale. Il entame alors un difficile travail de rafraîchissement de sang en introduisant des bêtes de Sánchez-Arjona, Alipio Pérez-Tabernero et de son ami Adolfo Rodríguez Montesinos.
Au décès de Victor Huertas, en 1995, la ganadería est partagée en trois lots, un pour chacun de ses enfants : le fer de « Hermanos Huertas Vega » allant à Maria del Sagrario, celui de « El Concejil » à Maria Cristina et le fer historique à Víctor Manuel ; celui-ci lui revenant par tradition, à la fois de par son prénom et de par le fait d’être le plus jeune héritier. Les chiens ne faisant pas des chats, Víctor Manuel, gère avec autant de rigueur sa ganadería que le fit son père. Vétérinaire de profession et ganadero de loisir, il peut se payer le luxe de la rigueur. Seule concession et on ne saurait la lui reprocher, la devise a fait ses débuts en novillada piquée !

 


L’élevage de Víctor Huertas fait partie de ces ganaderías qui vous feraient perdre votre latin taurin. À vrai dire, comme tous les élevages atypiques tellement les élevages d’aujourd’hui sont inscrits dans des stéréotypes monotones. Mais ici point de platitude.
Pourtant, l’origine affichée, certes intéressante, n’atteint pas sur le plan de l’étiquette l’originalité quelle suscite. Santa Coloma, simplement Santa Coloma. Pas si simple. Ici le sang est ancien, préservé par une sélection romantique et fidèle aux principes ancestraux, loin des considérations modernes. Pour faire simple, l’élevage des Huertas présente trois étapes. Les prémices avec l’origine Contreras, la maturité avec les Santa Coloma antiques et la rénovation, époque actuelle, qui tente d’inscrire un certain passé dans notre présent.

Laissons de côté l’origine Contreras des débuts de la ganadería (années 1940) qui n’a plus cours aujourd’hui. Il y a bien trop à dire dans la construction des origines actuelles, un vieux Santa Coloma, pour s’éparpiller sur ces vestiges.
Tout commence, si l’on peut dire, en 1962, lorsque Víctor Huertas achète au Duc de Tovar un lot de vaches et l’étalon ‘Algabeño’. L’élevage du Duc provenait d’un croisement Saltillo – Santa Coloma. Mais n’allez pas chercher l’image du Santa Coloma gris ici, le troupeau du Duc était pratiquement intégralement noir. Il y avait certes des types asaltillados, mais noirs. Logiquement le lot acquis par Víctor Huertas jouit de cette unité chromatique, quant aux origines l’influence ibarreña est très nettement prééminente sur celle de Saltillo. Dès le début de sa gouvernance, Víctor Huertas accentue la voie Santa Coloma et achète en 1963 plusieurs mâles de Juana de Cervantes pour les tienter dans sa finca. Sortiront de la tienta, menée par Antonio Bienvenida, ‘Agrimensor’ et ‘Matalpino’. Deux étalons, évidement noirs, la devise de Juana de Cervantes découlant de Joaquín Buendía et Felipe Bartolomé, dans une ligne très rustique et extrêmement agressive que son successeur, Dionisio Rodríguez, fit connaître à tous les aficionados.

Ce bétail, un Santa Coloma ancien, ne se voit plus aujourd’hui et sort des lignes désormais classiques de cet encaste que sont Graciliano, Coquilla, Buendía et Albaserrada. Ce qui explique que lorsque nous parcourons du regard le bétail de Víctor Huertas, nous perdons nos repères. Mais si la chose heurte quelque peu l’intellect des aficionados, on imagine aisément le mal de crâne de son ganadero, lorsqu’il entreprit l’étape de rénovation et chercha à rafraîchir le sang.
Il s’agit d’un Santa Coloma majoritairement ibarreño, Víctor Manuel Huertas a donc orienté ses recherches dans la voie ibarreña de l’encaste Santa Coloma d’aujourd’hui, à savoir les lignes Graciliano Pérez Tabernero et Coquilla. Côté Graciliano, il s’est adressé à Alipio Pérez-Tabernero, auquel il acheta cinq étalons. Puis, dans la ligne Coquilla, il alla chez Sánchez-Arjona pour introduire quelques vaches et un étalon, aidé par un du même fer et de son confrère Sánchez-Fabrés, acquis auprès de Adolfo Rodríguez Montesinos. Víctor Manuel Huertas entretient des liens particuliers avec ce dernier, qui possède sa finca à quelques kilomètres de là. Tous deux élèvent des Santa Coloma et c’est tout naturellement que les deux hommes s’entraident en s’échangeant des étalons. Ainsi, des étalons de Martínez Elizondo, propriété de Adolfo Rodríguez, vinrent couvrir un temps les vaches de Huertas. Petit à petit, au fil des ans, le rafraîchissement de sang s’opéra, en douceur. L’influence Saltillo venue par Martínez Elizondo prit un peu plus d’importance et les petits gris se firent plus nombreux.

Aujourd’hui, les origines Santa Coloma de la devise se sont équilibrées. Des Santa Coloma asaltillados côtoient désormais les ibarreños. Mais l’élevage n’a perdu en rien son caractère atypique et antique. Un petit tour au milieu des vaches vous fait reculer de plusieurs décennies et revivre les temps du Duc de Tovar et de Juana de Cervantes. Des temps où l’on trouvait des Santa Coloma différents des lignes actuelles. Des Santa Coloma du passé qui ont aujourd’hui disparu. Enfin, disparu des mémoires, car on trouve encore quelques ganaderos qui conservent le témoignage de ce passé.


Elevages disposant de bêtes d'origine Victor Huertas Vega :

 
 

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