La Milanera
La Milanera

Benito Martín Martín tient dans un recoin du Campo Charro une cinquantaine de têtes qu’il nomme son « tesoro ». En effet, contre toute attente et loin des yeux du monde taurin, l’homme maintient du bétail pur Contreras que lui a laissé son grand-père, lequel le tenait de Juan Terrones. Le petit élevage possède, outre le fait de conserver un encaste rare, voire quasi-éteint, bien d’autres surprises. Notamment le fait de ne pas faire lidier ses bêtes quoique pas exactement puisque tous les erales de la camada sont tués en privé par le propriétaire et des amis à lui. Autrement dit, il s’agit là d’un élevage entretenu en vase clos. C’est un système d’exploitation qui lui a permis de conserver intacts les origines et le morphotype du bétail tout en maintenant les principes de sélection de son grand-père. Comme le dit Benito, ses toros « son otra cosa ».

Ancienneté : -
Devise : Encarnada et Celeste
Signal : Escobado à chaque oreille
Propriétaire : Benito Martin Martin
Gérant : Benito Martin Martin
Fincas : "Casa Blanca de Abajo"  Forfoleda
   Asociación de Ganaderos de Reses de Lidia





Crédits photographiques : Terre de Toros  

 

La Milanera n’est pas un élevage comme les autres, d’ailleurs ce n’est pas une ganadería. Comme l’on dit, ça ressemble à une ganadería, ça a l’odeur d’une ganadería, ça vie comme une ganadería mais ce n’est pas une ganadería ! Non, l’élevage de Benito Martín c’est autre chose, « un trésor », comme dit Benito. Un petit nucléon de bétail qui a transpercé le temps jusqu'à nos jours.

Mais avant d’entrer dans le détail, voyons le passé et remontons à Benito Martín Rodríguez, le grand-père maternel de l’actuel Benito. À l’aube des années 1940, ce charro basé au nord de Salamanque à «Casa Blanca de Abajo » à quelques kilomètres de Forfoleda crée un premier élevage de bravos avec du bétail de Lorenzo Rodríguez. L’aventure fut de courte durée puisqu’il vend rapidement, en 1942, à Juan Sánchez Tabernero.
C’est s’arrêter pour mieux recommencer puisqu’un an plus tard il fonde à son nom un nouvel élevage avec du bétail pur Contreras. L’histoire des annuaires précise même : « fondé à partir de la moitié de l’élevage de Juan Contreras ». Pour être plus précis, en 1943, Benito Martín acquiert une grande part du bétail de Juan Terrones, devise, qui elle, fut bien constituée avec la moitié de l’élevage de Contreras. Quoi qu’il en soit, au milieu du siècle dernier, Benito Martín est en possession de l’une des plus importantes branches de l’encaste Contreras.
Pourtant, on parle peu de l’élevage de Benito Martín et peu savent que l’encaste Contreras est présent à deux pas de Salamanque. La cause en incombe au système espagnol en matière d’élevage, qui dévalue, voire ignore, tout ce qui n’appartient pas au premier groupe : La Unión de Criadores de Toros de Lidia, la toute puissante U.C.T.L. Car, si en 1943 Benito Martín s’inscrit à l’U.C.T.L., il en sort cinq ans plus tard en vendant les droits du fer et la majorité de son bétail aux frères Cembrano qui annoncent « Cerroalto ». Dès lors, Benito Martín, qui a conservé des vaches de hautes notes et l’étalon ‘Campolibre’ n° 15, disparaît des annuaires et des mémoires.
Cependant, l’homme continue son bonhomme de chemin enfoui dans sa finca reculée, enclavée par le relief de la zone. Confiné, loin des yeux et des pensées malsaines, il préserve intact son bétail. Un mal pour un bien peut-on se dire aujourd’hui. À son décès, sa fille Amalia Martín Iñigo reprendra le flambeau avant de le léguer en 1987 à son fils Benito Martín Martín.

Benito Martín Martín habite Salamanque et est vétérinaire de profession. Ganadero forcé, il n’en prend pas moins un immense plaisir. Au point de dépasser les rêves les plus fous des aficionados. Avouons-le ! Qui n’a jamais rêvé de se réunir avec une bande de copains, d’acheter deux toros, payer un piquero, un torero et de conjuguer le tout dans l’arène de son cœur ? Si vous voyez cette rêverie comme une folie incongrue, Benito Martín Martín vous a dépassés. Vos songes, c’est sa vie ! Et pour cause, Benito se garde la totalité de son élevage pour lui. Non seulement il s’occupe de sa ganadería, y passe tous les jours malgré sa profession, mais aussi tiente toutes les vaches et, but ultime, tue tous les erales ! Oui, absolument tous, faisant ainsi de l’élevage un vase clos. Du coup, à «Casa Blanca de Abajo » il y a « course » toutes les fins de semaines sans exception. Lorsque Benito nous a raconté la chose, nous n’en croyions pas nos oreilles. Caché dans cet extrémisme, il y a même un certain égoïsme, en conservant jalousement son bétail pour lui et ses amis, sans aucun autre partage. « Benito, si une empresa te proposait de t’acheter un lot à l’âge d’un an, payé d’avance ! Accepterais-tu ? ». Et Benito de répondre tout naturellement par la négative. Pour comprendre la position ferme et extrême de Benito Martín, il faut expérimenter le milieu taurin et connaitre les pressions multiples qui y circulent. Aujourd’hui pratiquement aucun ganadero n’est maître chez lui. De telles contraintes pour vendre un ou deux lots par an, comme il peut au mieux prétendre, sont pour lui inacceptables ou du moins c’est beaucoup de tracas pour si peu de profits. Ainsi, Benito a pris le parti du plaisir et profite tous les jours de l’année de sa ganadería. Qui lui donnerait tort ? Mais Benito, n’as-tu pas envie de voir ce que donnent tes toros à quatre ans ? « Si. Mais pour moi c’est trop difficile de toréer un toro de quatre ans, ça me coûte trop. Ainsi, lorsque je veux voir, comme tu dis, j’appelle mon ami César Rincón et il tue un toro ici, en privé. Comme il l’a fait pour l’inauguration de ma nouvelle place de tienta ! ». Que voulez-vous répondre ? Tout est dit. Benito est un aficionado-ganadero comblé et ça se lit sur son visage. D’autant que cette manœuvre a une conséquence inattendue. Isolé du milieu taurin, en s’affranchissant des règles en vigueur, Benito a pu préserver intacts ses Contreras. Ils sont à l’identique de ce qu’ils étaient il y a un demi-siècle. Aucune influence extérieure n’est venue les modifier puisque personne n’y rencontre un intérêt. En créant une ganadería introvertie, Benito Martín a su préserver « son trésor ». Benito va même plus loin, notant qu’il n’y a plus aujourd’hui de bétail pur Contreras, excepté ses quelques bêtes jalousement gardées. Baltasar Ibán ? « Non, le Domecq à vidé le Contreras ». Et c’est vrai que les Baltasar Ibán ne ressemblent en rien aux toros de Benito Martín.

Pour être complet, il faut signaler que Benito et son frère se sont partagé le bétail Contreras en 2004. Antonio Manuel Martín Martín, sous le fer de son père, a opté pour le Domecq et a construit un mix. Il annonce tout ça sous un fer à son nom et deux aux noms de ses enfants : Amelia Martín Gallego et Pablo Martín Gallago. Quant à Benito, il a créé un second fer en 2004. Propriété de ses enfants, la devise se nomme "Valgrande".

 


En 1907, Juan Contreras aiguillé par son ami Joselito, part chez Dolores Monge, veuve Murube, pour acheter 90 vaches et trois étalons. Les sources différent quant à cette acquisition, pour certains « desecho », pour d’autres manœuvre de pillage des meilleures bêtes de l’élevage en sous-main avec la complicité du mayoral. Ceci dit, une chose est certaine, le bétail acquis par Juan Contreras se révèle excellent. Dès la tienta, les trois étalons, ‘Aceituno', ‘Manchonero’ et ‘Ratón’ firent parler d’eux en prenant plus d’une trentaine de piques et tuant treize chevaux. Leurs descendants furent de la même trempe, on raconte même que lors d’une tienta de macho, le becerro ‘Naranjito’, alla 43 fois au cheval, les dernières alors que la porte des champs était ouverte !
Fidèle aux caractéristiques des Murube, le Contreras, toro de morphologie réduite, qui allie bravoure et noblesse, se distingue par la classe de son galop et ses qualités de charge. Les robes allant des negros au castaños, en passant par les colorados.

Juan Contreras vendra en 1920 son troupeau en deux parts qui transitent toutes deux vers une même finca du Campo Charro de Salamanque, celle de Terrones. D’un côté les frères Sánchez Rico qui conservent les droits du fer et de l’autre Juan Terrones. Ce dernier gardera jusqu’en 1951 ce précieux bétail le léguant à Manuel Francisco Garzón. Mais avant cela, il y eut quelques ventes importantes, irriguant les fers de Santiago Sánchez (frère de Juan) en 1928, Sepúlveda (Ignacio Sánchez) en 1942 et bien entendu Benito Martín en 1943.

Depuis 1943, Benito Martín Rodríguez et ses descendants se sont attachés à conserver pur leur sang Contreras. Et aujourd’hui si l’héritage est mince, avec seulement une centaine de têtes, il est aussi extrêmement prestigieux. Car ce nucléon de bétail est pratiquement le dernier à refermer la caste Contreras sans aucun métissage.

 

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