Mario y Hros. de Manuel Vinhas
Mario y Hros. de Manuel Vinhas

Héritiers de Manuel et Mario Vinhas, Luis et son neveu Lourenço maintiennent le seul élevage portugais de sang Santa Coloma et pur Buendía. Les Vinhas sont fidèles à leurs origines : petits, peu armés mais ils expriment un tempérament fort et très agressif.

Ancienneté : 25 Juin 1972
Devise : Vert bouteille et vieil or
Signal : Horquilla à chaque oreille
Propriétaire : Sociedade Agropecuaria da Herdade de Zambujal, Ltda.
Gérant : Luis Manuel Pinto Bastos Vinhas
Fincas : “Heredade do Zambujal”  Aguas de Moura
   Unión de Criadores de Toros de Lidia





Crédits photographiques : Terre de Toros  

 

Manuel et Mario Vinhas, respectivement nés en 1925 et 1928, ont décidé de devenir éleveurs de taureaux de combat en 1946 et, pour donner corps à leur ambition, ils achètent des vaches et un semental à l’inévitable Pinto Barreiros... « des toros noirs et roux » comme le mentionne Michel Déon en 1963 ; Déon qui était ami des ganaderos. Exigeants, les frères éliminent en tienta 75 % de l’ensemble avant d’acquérir en 1953 quarante-quatre vaches à l’éleveur andalou Ignacio Vázquez de Pablo. Le ganado de ce dernier reposait sur un vieux fonds de Pablo Romero croisé et bouffé par du Parladé de Clemente Tassara. Résumons : les Irmãos Vinhas tâtonnaient à vue, expérimentaient, apprenaient le métier et la difficile réalité de la sélection. Les moyens étaient là, les envies aussi mais une ganadería c’est aussi un fil directeur et jusqu’en 1964, jeunesse oblige certainement, la fratrie s’empêtrait dans une ligne parladeña identique à celle de tant de confrères dont certains avaient des décennies d’avance sur eux.

Alors, en 1964, les frères Vinhas ont repeint leur élevage d’une couleur unique : le gris. Le pari était osé dans un Portugal taurin soumis au culte du Pinto Barreiros, du Parladé, des « taureaux noirs et roux ». C’est chez Joaquín Buendía qu’ils trouvèrent matière à repeindre la façade et jusqu’à la dernière poutre du plafond de leur ganadería avec l’idée maîtresse de faire lidier en Espagne. Mais, dans les années 1960, les règles n’étaient pas aussi dérégulées qu’actuellement. À l’époque, il était obligatoire de détenir les droits d’un fer inscrit à la Unión de Criadores de Toros de Lidia, le premier groupe des ganaderos. Ils devinrent donc les propriétaires des droits liés au fer de Fernando Luis Sommer de Andrade qui avait lui-même, quelques années auparavant, racheté le fer et les droits de la devise du Duque de Palmela. Repartis de zéro mais avec la possibilité nouvelle de faire combattre à pied leurs astados hors du Portugal, Manuel et Mário Vinhas étrennent leurs nerveux petits gris à Madrid le 25 juin 1972, hors du cycle isidril donc, mais au cours d’une corrida goyesque qu’avait coutume d’organiser le Círculo de Bellas Artes. Les toros de Vinhas furent lidiés par les segundones, aujourd’hui oubliés, qu’étaient Pedro Benjumea, Juan José et Marcelino Librero dit « Marcelino ».

Pour les Vinhas, la Révolution des Oeillets (1974) puis la Réforme agraire qui en découla aboutirent aux mêmes conséquences que pour tant d’autres confrères : l’expropriation et l’occupation des terres de la herdade do Zambujal, entre les mains de la famille depuis plus d’un siècle. Les tensions sont telles que Manuel Vinhas devient un émigré que son ami Michel Déon héberge un temps à Paris avant que l’éleveur ne se rende au Brésil où il décède, encore jeune, en 1977. Quand tout rentre dans l’ordre, c’est Mário Vinhas qui assure la continuité « dynastique » avec l’aide des héritiers de Manuel qui sont nombreux puisque l’émigré avait eu sept enfants. Dans un reportage écrit par Filiberto Mira pour la revue Aplausos et paru en 1987, une photographie prise lors d’une tienta montre Bernardo de Vasconcelos occupé à prendre les notes que se doivent de prendre tous les ganaderos de la terre. Bernardo de Vasconcelos était le gendre de Manuel, descendant des marquis de Castelo Melhor et surtout époux de Maria Rita Bustorff Brito das Vinhas. La ganadería devient donc celle de Mário Vinhas e Herdeiros de Manuel Vinhas mais la phase de reconstruction et la multiplicité des acteurs ne bouleversent en rien les choix de 1964 : le bétail demeure du Santa Coloma de ligne Buendía, élevé chez Vinhas avec le même esprit qui présida à la sélection voulue par Joaquín Buendía à partir de 1932 lorsqu’il devint propriétaire de l’élevage du Conde de Santa Coloma.

Mário décède en 2018. Son fils Luis Manuel Pinto Bastos Vinhas lui succède, avouant qu’il est venu aux toros très tardivement. Secondé par Lourenço Vinhas, un petit-fils de Manuel, Luis Vinhas entend conserver du mieux possible ce petit joyau de caste transmis par son père et son oncle.

 


En 1964, les frères Vinhas ont repeint leur élevage fondé en 1946 d’une couleur unique : le gris. Le pari était osé dans un Portugal taurin soumis au culte du Pinto Barreiros. C’est chez Joaquín Buendía qu’ils trouvèrent matière à repeindre la façade et jusqu’à la dernière poutre du plafond de leur ganadería avec l’idée maîtresse de faire lidier en Espagne. Mais, dans les années 1960, les règles n’étaient pas aussi dérégulées. À l’époque, il était obligatoire de détenir les droits d’un fer inscrit à la Unión de Criadores de Toros de Lidia, le premier groupe des ganaderos. Ils devinrent donc les propriétaires des droits liés au fer de Fernando Luis Sommer de Andrade qui avait lui-même, quelques années auparavant, racheté le fer et les droits de la devise du Duque de Palmela. Repartis de zéro mais avec la possibilité nouvelle de faire combattre à pied leurs astados hors du Portugal, Manuel et Mário Vinhas étrennent leurs nerveux petits gris à Madrid le 25 juin 1972, hors du cycle isidril donc, mais au cours d’une corrida goyesque qu’avait coutume d’organiser le Círculo de Bellas Artes.

Après l’épisode de la révolution des oeillets (1974) et de la réforme agraire qui en découla, c’est Mário Vinhas qui assure la continuité « dynastique » avec l’aide des héritiers de Manuel décédé au Brésil en 1977. La ganadería devient donc celle de Mário Vinhas e Herdeiros de Manuel Vinhas mais la phase de reconstruction et la multiplicité des acteurs ne bouleversent en rien les choix de 1964 : le bétail demeure du Santa Coloma de ligne Buendía, élevé chez Vinhas avec le même esprit qui présida à la sélection voulue par Joaquín Buendía à partir de 1932 lorsqu’il devint propriétaire de l’élevage du Conde de Santa Coloma.

On l’oublie trop souvent mais une ganadería est une oeuvre humaine en ce sens qu’elle est l’accouchement des choix d’hommes, et parfois de femmes, dans la sélection du bétail. Quand il se retrouve à la tête des sept cents bestioles que son père et Felipe Bartolomé viennent d’acheter à Santa Coloma, Joaquín Buendía prend le pari de réduire la caisse des toros tout en maintenant leur vivacité dans la lidia. Aujourd’hui, dans l’esprit de beaucoup, le Santa Coloma est gris, petit, rondelet et armé sans exagération. C’est très réducteur mais il s’agit de l’image immémoriale transmise par les décennies passées et elle repose sur les décisions d’un seul homme, Joaquín Buendía Peña. Parce qu’avant lui, et les photographies d’époque en témoignent parfois, le toro de Santa Coloma était plus varié et certainement plus fort physiquement. En ce sens, la famille Vinhas est la respectueuse héritière des partis pris de Buendía. Le Vinhas 2.0 correspond parfaitement au tamaño d’un Buendía : cárdenos majoritairement, bas et arrondis, coiffés légers.

Dans les années 1990, la herdade accueille des reproducteurs venus de chez Buendía bien-sûr mais également de chez Ana Romero et Paco Camino ; dans les années 2000, ce sont des Rehuelga et de nouveau des Ana Romero. N’en jetez plus, Vinhas / Buendía, c’est la famille !

À propos de famille, Mário décède en 2018. Son fils Luis Manuel Pinto Bastos Vinhas lui succède, avouant qu’il est venu aux toros très tardivement. Secondé par Lourenço Vinhas, un petit-fils de Manuel, Luis Vinhas entend conserver du mieux possible ce petit joyau de caste transmis par son père et son oncle.

 
 

 
 
Michel Déon et Manoel Vinhas
 

« Au hasard d’un monticule, nous découvrons le troupeau de soixante-dix taureaux noirs et roux auxquels sont mêlés deux énormes bœufs tachetés et emboulés, une cloche au cou. La première bête nous voit et s’arrête de brouter pour dresser la tête et nous fixer des yeux, puis tous les autres nous regardent, immobiles, longuement. Cent quarante-quatre cornes se pointent vers nous, armes terribles, effilées et doucement recourbées. Nous ne bougeons plus, le cœur un peu battant, et le troupeau baisse la tête pour brouter de nouveau (...) les taureaux mugissent tristement au bord du rio, le mufle barbouillé de paille et d’herbe, un pique-bœuf en équilibre entre leurs cornes (...) assis sur les gradins de la petite arène de Zambujal, nous les observions face à la pique du picador. Les plus braves allaient jusqu’à six ou sept piques. À la place d’honneur, un gros homme en costume de propriétaire alentejan notait froidement sur un carnet le nombre de piques, commandait d’une voix basse les péons qui plaçaient la vache en face du cheval. Une grande science l’habitait et cet homme, vivant et jovial, ne se permettait pas un sourire ou un mot plus haut que l’autre pendant ces deux heures d’examen. Après les piques, on livrait les vaches aux jeunes garçons de cuir, venus de Lisbonne, pour s’exercer, rapides, vifs, brillants, devant l’animal qui retrouvait une seconde fureur. Les jeux tauromachiques ont toujours un air de fête, même dans ces réunions privées, peut-être à cause des couleurs qui trompent la mort : le jaune du sable, le blanc des murs et le rouge des barreras (…) »1.

Ces lignes sont signées par Michel Déon et extraites de l’ouvrage Je me suis beaucoup promené, lui-même cité par Patrick Aubert dans la revue Toros. On a un peu oublié la prose de Michel Déon qui fut pourtant prolifique et dont la langue est digne d’intérêt et le mot est presque vulgaire tant il amenuise la qualité des textes de Déon.

Michel Déon était un ami intime du ganadero portugais Manoel Carvalho Brito das Vinhas et il a séjourné de nombreuses fois dans la luxueuse demeure que l’éleveur et son frère, Mario, tenaient de la famille de leur mère Luisa de Carvalho. Le petit palais, puisqu’il convient de qualifier l’ostentatoire bâtisse, qu’une luxuriante et piaillante végétation dissimule au regard, se trouve à Águas de Moura, non loin de la portuaire Setúbal. Pour y arriver, il convient d’emprunter chemins de terre et ornières qui permettent le contournement du fleuve Sado qui vient là se faire disparaître dans l’océan. Les moments camperos décrits par Michel Déon datent de 1963, c’est-à-dire précisément un an avant que les frères Vinhas ne transforment radicalement leur élevage en changeant le sang par du Santa Coloma de Buendía.

Une dizaine d’années plus tard, la Révolution des Oeillets (1974) puis la Réforme agraire qui en découla aboutirent aux mêmes conséquences que pour tant d’autres confrères ganaderos : l’expropriation et l’occupation des terres de la herdade do Zambujal, entre les mains de la famille depuis plus d’un siècle. Les tensions furent telles pour la famille que Manoel Vinhas devint un émigré que l’écrivain français hébergea à Paris avant que l’éleveur ne se rende au Brésil où il décèda, encore jeune, en 1977 : « {il} se fait cracher dessus par ses ouvriers devant son usine ; les mêmes qui, plus tard attendront sa dépouille de retour du Brésil pour la couvrir de fleurs... La révolution obligea Manuel à s’exiler. Il est venu un moment à Paris puis, chez moi, en Irlande après avoir traversé le Minho à la nage, quelques bijoux de sa femme dans un sac sur sa tête! Un moral de fer !... ».

1. Déon (Michel) - Je me suis beaucoup promené, Collection Vermillon, La Table Ronde, Gallimard, édition de 1995.

 

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