Miura
Miura

Miura. Ce seul nom évoque à la fois histoire, drame, légende et gloire. Si la Fiesta brava vivait dans l'imaginaire d'un écrivain, il aurait sans doute écrit l'histoire de la ganadería de Miura car la devise rassemble tous les ingrédients du fabuleux monde du toro. Les castes ancestrales qui ont désormais disparu et que seul Miura protège encore. La tradition : la famille sachant préserver les techniques ancestrales d'élevage. La gloire, puisque les Miura ont triomphé dans tous les ruedos du monde. Et enfin, l'inéluctable, le drame, car Miura c’est aussi la légende noire et une longue liste de victimes qui allie dans la tragédie les modestes aux plus illustres.
Pourtant, les Miura modernes ont bien changé et chaque jour la terreur du passé s’éloigne. La noblesse est de plus en plus présente, en bien ou en mal. En 2019, un Miura fut même grâcié ! Mais, dans notre inconscient, "Miura reste Miura", pour reprendre la pertinente formule du "Tío Pepe »… mais pour combien de temps encore ?

Ancienneté : 30 Avril 1849
Devise : Vert et Grena (Grena, Vert et Noir à Madrid)
Signal : Hendido et Muesca à gauche - Despuntada avec golpe à droite
Propriétaire : Eduardo et Antonio Miura Martinez, C.B.
Gérant : Eduardo et Antonio Miura Martinez
Fincas : "Zahariche"  Lora del Rio
   Unión de Criadores de Toros de Lidia





Crédits photographiques : Terre de Toros  

 

Juan Miura était chapelier. Mais du sombrero au toro de lidia, il y a un monde. Ce n’est pas notre señor Juan qui va changer de monde mais son fils Antonio. Le jeune homme était depuis sa tendre enfance passionné par les bovins. Son loisir favori était d’ailleurs de partir au campo pour admirer les quelques bêtes de bétail manso que possédait la famille. Alors, lorsque Juan proposa à Antonio une récompense pour la confection de son premier chapeau, la réponse fut immédiate : remplacer le bétail manso par du bravo.
Ainsi, le 15 mai 1842, Juan Miura réalise le rêve de son fils en achetant 220 vaches à Antonio Gil Herrera. L’élevage est installé au sud de Séville à proximité de Dos Hermanas au “Cortijo de El Cuarto” et inscrit au nom du père mais c’est Antonio qui se charge de tout. Il conserve le fer d’Antonio Cariga, qui marquait jusqu’alors les mansos et sélectionne scrupuleusement son bétail d’origine Gallardo. La devise se présente à Madrid le 30 avril 1849 et fait ses premiers pas à Séville le 15 août de la même année. La qualité du bétail d’Antonio Gil ne devait pas être bien fameuse, puisqu’à la vue des premiers résultats, Antonio effectue un nouvel achat auprès de José Luis Alvareda, bétail toujours d’origine Gallardo. Puis, Antonio va ouvrir les origines de sa ganadería en incorporant du sang des castes Vistahermosa, Navarra, Vázquez mais surtout Cabrera. En seulement une douzaine d’années, Antonio scelle les origines de la ganadería. Nous verrons tout ceci plus en détail dans la partie dédiée aux origines. Sa sélection va apporter à la devise tout le prestige qu’elle conserve encore de nos jours. À sa mort en 1893, son frère Eduardo lui succède. Entre temps, au décès de Juan en 1860, l’élevage fut annoncé une temporada au nom de sa veuve Josefa Fernández avant de porter pour la première fois le nom de son fondateur en 1861.

Avec Eduardo Miura débute également la légende noire des Miura. À cette date, les Miura ont déjà tué. « Pepete » fut le premier à succomber sous la corne d’un Miura, premier d’une liste qui n’allait pas tarder à s’allonger. Peu à peu, les réticences des toreros envers les Miura grandissent. Le 5 octobre 1902, à Madrid, le toro ‘Catalán’ augmente encore les appréhensions en mettant en échec Bombita. Le torero n’oubliera jamais ‘Catalán’. La situation bascule en 1908, lorsque Bombita et Machaquito créent une union de toreros pour demander à percevoir des honoraires doubles lorsqu’ils affrontent les Miura. Justifiant leur geste en les donnant comme les toros les plus difficiles, les plus durs et les plus dangereux. Mais ils accusent aussi don Eduardo de faire de l’inflation autour de sa légende noire et non sur la base de la bravoure de ses toros. Lors de la temporada 1904, 57 Miura furent lidiés alors qu’en 1907, 105 Miura furent combattus. Ainsi les toreros dénoncent le monopole de Miura sur le marché. Débute alors le fameux "Pleito de los Miura", opposant ganadero, organisateur et toreros. Ce sera l’appui des aficionados qui fera pencher la balance du côté de don Eduardo et à partir de 1909, les toreros durent plier. La ganadería est alors l’une des plus importantes par son influence et par sa taille, avec plus de mille vaches de ventre.
Le 24 janvier 1917, au décès de don Eduardo, ses deux fils, José et Antonio lui succèdent. À cette époque, bon nombre de Miura prennent querencia aux barrières, se défendent, générant de grandes difficultés. Pour corriger ces défauts, les deux frères accentuent la rigueur de leur sélection et réduisent de moitié le troupeau en même temps qu’ils incorporent du sang Vistahermosa. Les résultats sont satisfaisants, les Miura allant plus de l’avant tout en conservant leurs caractéristiques propres. La devise conserve tout de même une forte irrégularité, alternant des toros d’une extraordinaire bravoure avec d’autres décrits comme illidiables. La légende noire va également de l’avant, la liste des victimes s’allonge. En 1940, les deux frères laissent l’élevage au fils d’Antonio, Eduardo.

À tout juste 27 ans, il se trouve à la tête d’une des légendes de la tauromachie, son défi sera de la pérenniser dans le temps, en tenant compte de l’évolution du toreo. Du temps d’Eduardo, l’évolution est réelle. Le Miura devient plus maniable, il se rapproche de plus en plus des autres toros, maintenant néanmoins sa morphologie typique. Cependant, la terreur des Miura reste. Les coups de cornes continuent à perpétuer la légende, le décès de Manolete (1947) accentuant encore la mauvaise renommée qui s’ancre solidement dans les mémoires tandis que les toros évoluent vers une noblesse moderne. C’est également du temps d’Eduardo que l’élevage va définitivement s’installer à Zahariche (1941) où la première vache est tientée en 1965.
Depuis 1996, ce sont les deux fils d’Eduardo qui mènent conjointement la vacada. Vous aurez bien-sûr deviné qu’ils se prénomment Antonio et Eduardo. Fidèles aux traditions familiales, ils perpétuent les rites ganaderos ancestraux comme le marquage des veaux au sol ou la tienta de macho à campo abierto. Point de vue sélection, ils poursuivent les travaux de leur père en adaptant les caractéristiques miureñas à l’évolution de la tauromachie en incorporant de la noblesse. En 2019, ‘Tahonero’ fut même grâcié à Utrera.Si bien qu’aujourd’hui on s’étonne de voir encore sortir un Miura au comportement de Miura.

 


Antonio et Eduardo Miura constituent la quatrième génération de la famille à la tête de l’élevage. Les Miura approchent les deux siècles de règne sur la devise, une longévité inégalée dans l’histoire du toro de lidia. Pourtant, Antonio Miura, le fondateur, a construit ses origines en seulement une douzaine d’années. En résumé, le Miura est un somptueux mélange des castes Gallardo, Vistahermosa et Cabrera, le tout dominé par cette dernière. Bien-sûr, depuis, la sélection et l’évolution ont construit le Miura actuel.

Antonio Miura va débuter avec la caste Gallardo. Tout d’abord, il s’initie au métier avec un lot de 220 vaches de Antonio Gil Herrera. Mais sa sélection va réduire à l’infime cette origine. En 1849, il persévère dans la race Gallardo en achetant 200 vaches et 168 becerros à José Luis Albareda, desquels il sélectionnera ses premiers étalons. Cette même année, il acheta un lot de 100 vaches à Jerónima Nuñez del Prado, héritière de l’élevage de Cabrera. Le croisement des deux castes andalouses plut à Antonio, puisque trois ans plus tard, soit tout juste le temps d’éprouver les premiers becerros, il achète la quasi-totalité de l’ancienne ganadería de Cabrera, soit près de 500 têtes de bétail.

En 1854, l’origine Cabrera est donc prépondérante sur la Caste Gallardo, d’autant plus qu’à partir de cette date, Antonio décide de ne plus utiliser de reproducteurs de cette origine. La caste Gallardo est dès lors cantonnée aux seules vaches et inéluctablement son sang sera absorbé par les autres origines. Il faut ici souligner le pluriel puisque Antonio décide de ne pas poursuivre avec le seul bétail de Cabrera mais incorpore aussi deux étalons de Arias de Saavedra, dit "El Barbero de Utrera", élevage dérivant directement de celui du Conde de Vistahermosa.

Du premier lot d’origine Gallardo à l’introduction du sang Vistahermosa, se sont écoulées douze années. Douze années seulement si on peut écrire puisqu’elles suffirent à sceller les origines du plus célèbre élevage d’Espagne dont dérive un historique riche de plus de 22000 toros. Les autres apports de sang extérieurs restent mineurs, influençant peu le cours de la ganadería.
En 1879, deux étalons rejoignirent le troupeau. Tout d’abord, ‘Murciélago’ de Pérez Laborda. Ce toro navarrais fut lidié et grâcié dans les arènes de Cordoue par Lagartijo. Devant les difficultés liées au transport, le torero offrit le toro à son ami Antonio. Le ganadero lui réserva un enclos avec 70 vaches. Le fait peut paraître banal, mais à l’époque, il était rarissime de placer un seul étalon avec un lot de vaches. L’acte montre toute l’intelligence d’Antonio Miura, qui, par ce procédé, préservait son troupeau si le nouvel étalon s’avérait un mauvais reproducteur. De nombreux écrivains voient en ce toro navarrais, colorado et ojo de perdiz, l’ancêtre des Miura de cette robe, mais rien n’est moins sûr. Le second étalon, lui aussi colorado, résulte d’un échange amical avec le duc de Veragua. Mais l’influence de ce reproducteur sera extrêmement faible, voire nulle, puisqu’il fut presqu’aussitôt tué par ses congénères.
Ne reste plus qu'à mentionner l’ultime apport de sang, celui réalisé en 1917 par les deux frères Miura, José et Antonio. À noter qu’il s'agit là de la seule importation qui ne fut pas réalisée par Antonio, le fondateur. Désireux de développer l’instinct d’attaque de leurs toros et d’augmenter leur mobilité, les deux frères instillèrent de nouveau du sang Vistahermosa avec quelques vaches et l’étalon ‘Banderillo’ de la marquise de Tamarón. L’un des meilleurs élevages de toute l’histoire de la cabaña brava, mené de main de maître par ses fils, les Mora Figueroa, avant de devenir la matrice du toro moderne.

 
 


Morphologie
 

S’il existe un toro facilement reconnaissable, c'est le Miura. Haut, long comme un train, le corps est ramassé sur des pattes très hautes. De squelette imposant, sa masse musculaire est peu développée donnant des formes rectilignes. L'ensemble provoque une impression de légèreté, mais toute relative, puisqu'il atteint très facilement les 600 kg, soit environ 100kg de plus que les autres toros. L'absence de badana et de papada accentue encore cette caractéristique. Le cou est très long, doté d'une agilité redoutable. Muni de grands yeux, son regard transmet toute sa fierté. La tête est allongée et large, pourvue de cornes très développées, grosses à la base et qui se terminent rarement par des pointes effilées.
Les robes possèdent une variété chromatique époustouflante : negros, cárdenos, colorados, castaños, mulatos, sardos, salineros et j'en passe. Une des particularités de la robe du Miura est de toujours posséder quelques poils blancs.


Comportement

Point de vue comportement domine l'agressivité. Au campo, aussi bien les toros que les vaches dégagent une telle "brusquerie", si imprévisible, qu'ils rendent leur manipulation extrêmement délicate.
Dans le ruedo, à leur sortie en piste, ils tardent à se fixer, ils sont généralement abantos. Arrive le premier tiers, et là, toutes les incertitudes sont de mise. Une pléiade de comportements est probable, du grand brave au manso perdido, en passant par celui qui saute au cou du cheval. Doté d'une « intelligence » remarquable et remarquée, le tercio est primordial pour le reste du combat, marquant l'évolution de la bête, que le tercio de banderilles permet de mesurer. La diversité des comportements miureños propose diverses faenas, son « intelligence » garantissant toutefois une constante : peu de muletazoss.
Le toro de Miura impose tant de difficultés que la lidiadoit être parfaite, le torero jouant véritablement le rôle de révélateur. À la moindre erreur technique, le Miura, qui jusqu'alors présentait toute les qualités requises pour la lidia moderne, peut devenir totalement intolérable, un diable ! Difficultés grandioses mais aussi passionnantes.

 

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