Murube

     
Histoire et origine
Les familles Murube et Urquijo sont indissociables. Si la première donna naissance à la ganaderia (1851-1917) la seconde (1917-1980) l’a influencée tout autant, l’ensemble donnant un encaste propre, le bien nommé Murube-Urquijo.
En 1970, lorsque le père de José (actuel propriétaire) fonde un nouvel élevage, c’est naturellement à la famille Urquijo qu’il s’adresse, en particulier à l’épouse de Carlos.
José Murube succède à son père puis rachète la ganaderia familiale en 1980, qui fut pendant quatre ans la propriété du grand torero Antonio Ordoñez. Si José ne s’appelait pas Murube, il aurait acheté une autre ganaderia avec un sang plus facile à dompter, c’est sûr, mais… Qui a dit que les éleveurs romantiques avaientt disparu ? La ganaderia est alors dans un très mauvais moment, accentuant le romantisme de l’acte. Sur les murs de la finca, un azulejo gratifie même José d’avoir rendu à la famille son bien ! Les deux élevages, de même sang ne forment plus qu’un, la ganaderia familiale représentant 80% du troupeau.

L’encaste Murube, comme Santa Coloma et Nuñez, après avoir connu une époque glorieuse dans les années soixante, sombra par la suite. Devenu l’encaste privilégié des rejoneadores, il reviendra tôt ou tard au premier plan de la course à pied, en tout cas, tel est le but de José. Dans cet objectif, il a depuis cinq ans intensifié la sélection, passant de 250 à 150 vaches de ventre. Et s’il continue à lidier des corridas de rejon, c’est pour accéder aux demandes de son ami Pablo Hermoso de Mendoza et il s’agit toujours d’arènes de première catégorie ou considérées comme telles (Pampelune). Cependant, il réserve pour la discipline les toros aux morphologies les moins adaptées à la lidia classique. Le reste de la camada est lidié à pied, généralement dans des pueblos, attendant qu’une arène importante lui achète une novillada afin de servir de preuve de test pour l’avenir.
 
Finca
Au sud de Séville, vers Villamartin, entre les provinces de Séville et de Cadix, s’étend une zone vallonnée et agricole malgré un terrain très sec. La finca et les installations sont magnifiques, situés sur un promontoire d’où se dévoile la sierra de Ronda. La cobadilla est une vaste propriété de 800 hectares où le bravo cohabite avec les cultures (300 hectares).
Le terrain est très sec et d’énormes trous, qui pourraient faire penser à des impacts de bombes, permettent de faire des réserves d’eau. Une dizaine de cercados se partagent un relief varié alternant des parties très accidentées avec des portions planes.
 
Le toro type - physique et comportement
Le toro de la maison est un toro « normal ». Les armures sont également communes, sans exagération. Une des grandes particularités du toro de Murube est de posséder une grande tête et un poids important, atteignant sans problème les 560Kgs. C’est un toro bien rempli et musclé. « Par rapport aux années précédentes il est moins grand. Cette évolution est positive parce que dans le passé notre toro était trop haut. »
Sur le plan chromatique, la quasi totalité du troupeau est noir, présentant quelques variantes avec des pigmentations blanches (bragado, meano). Le poil est souvent frisé (rizado).
Au comportement, c’est un toro brave et noble, qui détient beaucoup de fijeza, humilie bien, possède beaucoup de « recorrido » et est très mobile. Une de ses caractéristiques principales est son galop de grande classe qui en fait un toro très apprécié des rejoneadores.
 
La sélection
L’élevage compte actuellement trois étalons, trois autres sont en période d’essai. Les promus comme futurs étalons sont d’abord sélectionnés suivant leurs familles (reata), ensuite, ils sont minutieusement examinés suivant leur morphologie : « un toro normal dans le type, ni trop grand, ni trop petit avec une jolie tête. » La tienta de macho n’est pas quotidienne, elle s’effectue selon les nécessités. Ces deux dernières années ont été essayés 6 becerros par an. Traditionnellement, l’acoso y deribo est pratiqué avant la tienta en plaza, mais parfois, si ce sont des bêtes de confiance, elles sont tientées directement dans la plaza. Pour les mâles comme pour les femelles, les tientas se font à l’âge de deux ans. Sont principalement recherchées les qualités exprimées au cheval : rapidité à s’élancer (prontitud), attention portée dans la lutte (fijeza), capacité à humilier et retour à la charge. En général, les étalons sont placés avec les vaches de janvier à juin.
 
Alimentation
L’alimentation est faite maison, majoritairement à base d’avoine et de fèves. Pour les périodes difficiles, en général, septembre et octobre, des compléments céréaliers et de luzerne sont ajoutés.
 
Le rejon
L’encaste Murube jouit d’une grande réputation dans l’art du rejoneo, la ganaderia titulaire de l’appellation suit le même principe. De ce fait, l’élevage est considéré comme un des spécialistes. Pourtant, José Murube n’en fait pas sa priorité. Il explique que s’il réserve des toros pour cette activité, c’est parce que son ami Pablo Hermoso de Mendoza lui demande et que ces courses sont réservées à des arènes de première ou considérées comme telles. De plus, il peut se défaire dans ce type de spectacle de ses toros les moins harmonieux et les moins propices à charger tête basse. Quant à la sélection, elle est identique pour les deux spectacles.
Au sujet du peu de course à pied réalisé chaque temporada, qui se situent principalement dans les pueblos, ceci est principalement du à la saturation du marché et à la surproduction de toro qui, réduisent considérablement les prix. Même lorsqu’on s’appelle Murube, on peut éprouver bien des difficultés. Suerte ganadero !
 
   
José Murube

Entrevue réalisé le
3 Juin 2004 par Thomas Thuriès