Maria del Sagrario Huertas Vega

 
La famille Huertas a une relation toute particulière avec le campo. De père en fils on exerce les métiers des champs et, bien souvent, les plus difficiles : ceux qui demandent à la fois savoir, vaillance et dévotion. C'est ainsi que, dans la famille, l'on compte de nombreux vétérinaires et, bien sûr, ganaderos. Mais chose étrange, ou insolite, dans la famille Huertas l'on compte autant d’agrégés que d’hommes des champs — une vieille tradition les « obligeant » à passer par le cursus des études supérieures avant de se dédier aux activités champêtres. Víctor Manuel Huertas, actuel ganadero, a suivi la voie de ses aînés et est titulaire d’un diplôme d’avocat. Pour autant, Víctor n’a jamais pratiqué puisque, aussitôt le sésame en poche, il a bifurqué vers la voie de son cœur en devenant vétérinaire. Voilà pour le cadre.
Si l’élevage date de 1952, année de son inscription à l’Asociación de ganaderías de lidia (second groupe), le vécu ganadero de la famille est beaucoup plus ancien. Déjà, dans les années 1930, on pratiquait des tientas dans la finca familiale et de nombreux souvenirs de cette époque ornent encore les murs. Le père de Víctor Manuel, Víctor Huertas, a officiellement débuté son élevage en 1941, à partir de bétail d’origine Contreras acquis à José Sánchez Mangas, en s’installant à quelques kilomètres au nord de Madrid, dans la zone très ganadera de Colmenar Viejo. La devise ne restera là que très peu de temps, déménageant dans les années 1950 dans la région de Talavera de la Reina. Si aujourd’hui il s’agit d’un coin très prisé par les ganaderos, à l’époque il y avait très peu de bétail brave dans la région et Víctor Huertas fut un des premiers éleveurs de Talavera.


Dans les années 1960, ce dernier décide de repenser son cheptel et se tourne vers l’origine Santa Coloma. Il achète alors du bétail du Duc de Tovar et de María Dolores de Juana Cervantes. Un bétail Santa Coloma très marqué par l’influence ibarreña. Le troupeau est alors pratiquement totalement noir et il est très difficile de rencontrer la robe typique de ce sang, à savoir le gris clair.
La sélection de Víctor Huertas va s’accorder à merveille avec le sang Santa Coloma et la devise se fait connaître. L’homme, soucieux de préserver le sérieux de son entreprise, décide, en toute conscience, de ne pas passer le stade des novilladas sans picador afin d'éviter tout problème de pression et rester maître en sa demeure. Si bien que l’élevage devient « la » ganadería de ce type de spectacles et prend le dessus sur les autres devises ; le fer de Huertas atteignant la plus grande renommée qu’une devise du second groupe puisse connaître.


En 1981, les enfants de Víctor Huertas Vega se partagent l’élevage, la scission donnant naissance à deux nouveaux fers : Hermanos Huertas Vega et El Concejil. Le troupeau reste malgré tout uni et, à partir de 1984, Víctor Manuel Huertas Vega succède à son père à la direction de la devise principale. Il entame alors un difficile travail de rafraîchissement de sang en introduisant des bêtes de Sánchez-Arjona, Alipio Pérez-Tabernero et de son ami Adolfo Rodríguez Montesinos.
Au décès du patriarche Víctor Huertas Vega, en 1995, la ganadería est alors partagée en trois lots, un pour chacun de ses enfants : le fer historique revient à Víctor Manuel, celui d'El Concejil à María Cristina et le losange en forme de goutte de Hermanos Huertas Vega à María del Sagrario. Le partage ne se résume pas seulement au bétail puisque l’immense finca est elle aussi partitionnée ; María del Sagrario héritant d’une partie plate et dégagé située aux pieds de la sierra de Gredos. Terrain idéal pour la tienta a campo abierto, faena campera remise en pratique en 2003.


Doté d’un âge certain, María del Sagrario va déléguer à son fils Víctor Benayas Huertas la gestion de sa devise rouge et blanche. Poussé par une afición démesurée et l’illusion de sa jeunesse, Víctor s’investit pleinement dans l’aventure. Ne trahissant pas la tradition familiale des hautes études, Víctor devient ingénieur et poursuit sa carrière parallèlement à la gestion de l’élevage. Outre ces activités, il trouve le temps d’organiser quelques spectacles taurins.
D’autres auraient put être tenté de reformuler la ganadería, mais pas Víctor. Il n’a pas eu la moindre hésitation à persévérer dans la ligne Santa Coloma et a très vite cherché à rafraîchir le sang. Après quelques essais infructueux (Sánchez-Fabrés), il achète de nombreuses bêtes de Sotillo Gutiérrez (Albaserrada-Buendía). Les résultats sont excellents et les premiers becerros confirment dans les ruedos le comportement encasté entrevu au campo. Ambitieux à juste titre, Víctor Benayas n’hésite pas à passer en novillada piquée, un cap qu’a très rarement franchi sa famille. Si le premier spectacle avec picador date de 1996, le véritable début de sa propre ganadería en spectacle formel date de 2006 à Yeles (Toledo). Depuis, il affine sa sélection et sa renommée monte doucement mais sûrement.

Victor Huertas VegaMaria Cristina Huertas Vega