Murteira Grave

 
Le fer de Murteira Grave tient son origine historique du V couronné du Marquis de Villamarta. Le Marquis ayant possédé successivement deux élevages, il convient de préciser qu’il s’agit ici du second, créé en 1914 et qui donna les fameux Villamarta. Appellation toujours d’actualité pour qualifier le bétail de cet encaste. En 1941, au décès de sa veuve, l’élevage fut partagé entre les cinq enfants du couple. Le lot d’Angela fut conduit une quinzaine d’années durant par son époux, Luis Ramos-Paul, avant que, lors de la succession (1955) et bien que les héritiers aient conservé une partie de troupeau, il soit vendu à Ignacio Sánchez de Ybargüen. Le Sévillan créé alors le dessin actuel du fer, qui représente un éperon stylisé, avant de rapidement s’en séparer (1958) au profit de Joaquim Murteira Grave.

Cet achat ne constitue pas pour autant l’acte de naissance de l’élevage de Murteira Grave. L’opération consista seulement à acquérir un fer de l’UCTL pour s’autoriser à vendre du bétail dans des spectacles avec picadors. Privilège qui était à cette époque réservé aux seuls membres de ladite association.
En fait, avant 1958, les Murteira Grave n'étaient que les Grave. C’est le père de Joaquim, Manuel Joaquim Grave, qui avait en 1944 créé cette devise portugaise. Le fer était un G inscrit dans un écu et le bétail du Pinto Barreiros. En 1958, donc, la ganadería changea de nom, de fer, d’association, mais conserva son sang aux larges influences Gamero Cívico. Joaquim incrusta même davantage cette origine en achetant des bêtes de Guardiola Soto.

Dans les années 1960, la ganadería fait ses premiers pas en Espagne, principalement en novillada. Elle acquiert son ancienneté à Madrid en 1964 et répète l’année suivante où le novillo 'Piloto' obtient les honneurs du tour de piste posthume. La devise ne néglige pas pour autant sa propre patrie et remporte à plusieurs reprises le prix du prestigieux concours de ganaderías d’Évora. La décennie 1970 voit les Murteira Grave exploser aux yeux de tous. Ils rencontrent également d’importants succès en France où ils font forte impression, notamment à Vic-Fezensac et Mont-de-Marsan. Mais ils poursuivent surtout leur ascension en Espagne où ils sont désormais annoncés dans toutes les grandes férias.

Cependant, Joaquim n’est pas totalement satisfait ; il est même inquiet. Le public apprécie principalement ses toros pour leur sérieux et l’émotion qu’ils génèrent en piste, mais leurs sorties dans les grandes férias donnent des résultats irréguliers. Trop irréguliers pour notre exigeant ganadero qui leur reproche un certain manque de mobilité et une charge trop courte. Pour corriger cette tendance, Joaquim va miser sur l'« alegría » des Núñez. Il part se servir à la source et, à partir de 1974, des étalons de Carlos Núñez rejoignent « Galeana ».
A peine l’expérience entreprise, vient la révolution des Œillets au cours de laquelle Joaquim est exproprié (1975) avant de devoir s’enfuir en Amérique du Sud pour sauver sa peau. Il ne récupérera ses terres et ses toros qu’en 1979, retardant d’autant les résultats de l’incorporation du sang Núñez.

Les années 1980 rappellent la grande qualité des Murteira, même si le chaos révolutionnaire n’a pas permis de gommer les irrégularités. Les arènes les plus exigeantes d’Espagne les sacrent : prix du meilleur toro à Bilbao et Madrid en 1984, prix à Pampelune en 1986 et 1987, prix de la meilleure corrida de la San Isidro en 1988.

Toujours à l’affût, Joaquim effectue de nouveaux apports de sang pour parvenir à son idéal : un toro qui se livre et charge sans concession en alliant bravoure et noblesse. Côté génétique, il poursuit dans la ligne Parladé, qu’il conserve dans ses lignes traditionnelles : Gamero Cívico et Tamarón ou dans sa version moderne : Núñez et Domecq.

Les succès des Murteira vont se perpétuer jusqu’à la fin du XXème siècle, où des problèmes sanitaires, d’abord dans l’élevage puis à l’échelle européenne, stoppent leur aura.
En 2002, Manuel de Vasconcellos e Sa Grave succède à son père avec pour objectif de récupérer le lustre non pas perdu mais oublié. Ingénieur agronome, il met son coup de patte en incorporant de nouvelles méthodes, tout en conservant la philosophie traditionnelle. En 2010, les Murteira ont fait leur retour à Madrid, et en 2011 ils reviennent en France (Parentis). S'ils n’ont jamais cessé de nous régaler dans leur magnifique campo, où leurs épaisses silhouettes noires surmontées de larges cornes aux courbes uniques contrastaient à merveille avec les tapis de fleurs violette, on ne peut que se réjouir du retour des Murteira Grave en piste, car c’est là que réside la véritable destinée du toro de lidia.