Raso de Portillo

 Autre élevage du même propriétaire
 
La ganaderia de « Raso de Portillo » est considérée comme la plus vieille d’Espagne. En terme d’élevage à proprement parlé l’affaire est contestable, une devise comme Miura étant irréfutablement plus ancienne, mais si on se réfère à la notion de regroupement ganadero, il s’agit bien là du doyen.
Dans les alentours de Valladolid, dans la vallée de du Duero, en Castille, est apparu autour du XVème siècle un type de toro particulier. Nous nous étendrons sur ses caractéristiques dans la partie dédiée aux origines. Sa localisation exacte était le « Raso » (plaine) d’une zone marécageuse à proximité de Pedraja de Portillo, au pied du château de Portillo. La gestion du bétail était de type communautaire, on retrouvait ainsi dans le « Raso » l’ensemble des bestiaux des éleveurs voisins de la zone. Point besoin de beaucoup d’imagination pour comprendre que le qualificatif de « Raso de Portillo » nommait l’ensemble de ces animaux.
C’est un toro de cette race qui eut l’honneur d’inaugurer les arènes madrilènes de la Puerta de Alcala le 3 Juillet 1749. Le toro, comme il était alors de tradition, portait une devise blanche, couleur réservée à l’élevage le plus ancien du spectacle. Cette devise ouvrait toutes les corridas royales et ce fut également un toro d’origine « Raso de Portillo » (de l’élevage de Pablo Valdés) qui fut le dernier à user du privilège, le 25 Janvier 1878, en ouvrant la corrida des noces d’Alexandre XII. Pour en finir avec les anecdotes légendaires liées à la vacada, rappelons que c’est un toro de Raso de Portillo qui fut arrêté de la voix par Pedro Regalado, avant de s’agenouiller devant lui. Pedro était un moine franciscain et devint par la suite le patron des toreros.


Le premier éleveur de « Raso de Portillo » reconnu fut Alonso Sanz Arévalo qui créa sa devise à la fin du XVIII siècle. A titre de comparaison, le plus vieux fer d’Espagne, celui de don Manuel Aleas, possède une ancienneté datée au 5 Mai 1788. De Alonso Sanz Arévalo on sait bien peu de chose, outre son fer. Il laissa à sa mort (1811) son troupeau à ses deux enfants. La part de Pablo disparut rapidement, quant à Gregoria elle épousa Toribio Valdés qui va imposer son patronyme. Leur fils, Pablo Valdés Sanz, plus connu sous l’apodo de « La Pradera », va s’occuper de la ganaderia. Aux alentours de 1840, Pablo se sépare d’une bonne partie du troupeau, tout d’abord au profit de Mazpule (1840) puis de Julian Presuncio (1841). Ce dernier héritant du même coup de la devise blanche des « Rasos » qui passera ensuite aux mains de José Marzal pour aboutir aujourd’hui à Antonio Gavira. Bien qu’amoindrie, la ganaderia de Pablo Valdés poursuit son chemin jusqu’en 1880, date à laquelle il vend à Trifino Gamazo y Calvo.


C’est ici, avec Trifino Gamazo que débute la véritable histoire de la ganaderia actuelle. Dès lors, le fer ne quittera pas la famille. Il est à noter que Trifino utilisa une devise rouge. Le rouge représentait dans l’ancien temps la seconde ancienneté. L’homme faisait sûrement allusion ainsi à la deuxième vie de cette ganaderia déjà vieille. Avec le bétail, la famille Gamazo avait également acquis d’immenses étendues terriennes, sur les lieux même de la naissance des « Raso de Portillo », telle la finca « El Quiñon de Vadés ». Trifino Gamazo enrichit son sang de la tierra de Valladolid avec du bétail acquis aux fils de Julian Presencio.
Au décès de Trifino (1919), ses enfants prirent la succession, la ganaderia étant dirigée par German Gamazo y Garcia de los Rios. Fidèle à ses ancêtres, German préserva le bétail et les terres jusqu'à sa mort, en 1949. Alors, German étant célibataire, ce sont les fils de son frère José Maria qui héritent : Iñigo, Francisco et José Maria Gamzao y Manglado. Les trois frères créent alors la société « Raso de Portillo » qui regroupe aujourd’hui la grosse vingtaine d’héritiers.
Durant plus d’un demi siècle, ils ont su trouver assez de dynamisme et de romantisme pour conserver les origines de leur ancêtre. Même si quelques rafraîchissements de sang sont intervenus, le vieux sang traditionnel a pu être conservé jusqu'à aujourd’hui sans être dénaturé. Retrouver les fameux « Raso de Portillo » entre les pins qui couvrent aujourd’hui les anciens marais est un privilège que nous devons à cette famille. Même si les terres sont désormais asséchées, des zones de la finca restent inondables par des systèmes de canalisation. Autre tradition perpétuée par les descendants de German : la croix de Santiago. Une croix est construite toutes les années saintes, soit tous les vingt-cinq ans. La première fut construite en 1900, il y a donc 4 croix qui partagent les cercados des « Rasos ». A souligner également que José Maria Gamazo y Manglado a mis sa vitalité au service de l’« Associacion de Ganaderias de Lidia ». Membre fondateur en 1951, il assuma sa présidence de 1954 à 1966, restant encore aujourd’hui un des vice-président.
Ces dernières années, le sang s’est un peu plus complexifié avec tout d’abord en 1980 la création d’un second fer : « El Quiñon » qui marque le croisement du bétail de la casa avec un étalon de Sancho Davila (origine Maria Isabel Ybarra épouse du Marquis de Domecq). Puis un rafraîchissement de sang via le Santa Coloma de Dionisio Rodriguez (étalons). Les produits sortant excellents, les frères Gamazo ont agrandi leur troupeau (2002) avec une camada de femelles de ce fer. Mais nous allons voir tout ceci plus en détail dans la partie consacrée aux origines.