La Quinta

     
Histoire et origine
La belle histoire ganadera de la famille Conradi commence en 1987, lorsque l'ex rejoneador Alvaro Conradi Martinez achète l'élevage de La Quinta, deuxième fer de la famille Buendia. L'achat comprend le fer, 100 vaches de ventre et 3 étalons de caste Buendia.
Alvaro commence par lidier des corridas et obtient quelques succès estimables, notamment à Santander où il remporte quatre prix consécutifs. Mais l'encaste Santa Coloma traverse une mauvaise période, peu demandée des toreros et du grand public, la mode du moment impose un toro grand et lourd (pas forcement de grand trapio) avec beaucoup de tête, interdisant les arènes de première catégorie pour la plupart des ganaderias de l'encaste.
Pour pallier à ses difficultés, Alvaro décide à partir de 1994 de se consacrer exclusivement aux novilladas pour construire des bases solides. La décision paraît sage et les résultats vont lui donner raison. En quelques années l'élevage va conquérir le haut de l'escalafon des ganaderias de novillos et se forger une grande réputation à Madrid. La devise est également très appréciée en France, estime réciproque puisque Alvaro Conradi rend hommage à l'aficion française dès qu'il en a l'occasion. De ce fait, rien d'étonnant à ce que la majeure partie de la camada soit lidier en France. L'année dernière eut lieu à Céret, arènes toujours à l'affût de nouveauté ganadera, la première corrida depuis dix ans. Aux vues des résultats l'expérience va être renouvelée, avec pour objectif d'ici quelques années de lidier quatre corridas par temporada et d’augmenter encore le prestige de la devise.
A noter qu'en 1992, Alvaro Conradi a substitué le fer par celui de son célèbre homonyme Carlos Conradi, obtenant ainsi une ancienneté importante (1881). Depuis quelques années, Alvaro Conradi est secondé par ses deux fils, Alvaro et Pepe. Bien qu'encore jeunes, ce sont de véritables "conocedores" de la ganaderia et participent pleinement à la vie de l'élevage. Tant, qu'il faut ici parler "des" ganaderos, en tous cas la relève est assurée.
 
La Finca
L'élevage compte plusieurs fincas, situées entre Séville et Cordoba, dans la sierra au nord du Guadalquivir. La finca principale est "Fuen Higuera" où se situe le cortijo, la plaza de tienta et le salon de réception de la ganaderia. Dans les cercados très accidentés de la finca, se trouvent les "toros de saca", c'est-à-dire toutes les bêtes qui seront combattues dans l'année. A "Fuente Merino", près de Lora del Rio, sur d'excellents pâturages sont regroupés les 250 vaches et 20 étalons de la ganaderia. Enfin, la finca de "El Turuñuelo-Majadas Altas" implantée dans la sierra de Constantina, regroupe les erales et eralas.
 
Le toro type - physique et comportement
Bas et léger, le toro de La Quinta dépasse rarement les 500Kgs et les novillos oscillent aux alentours des 450Kgs. Musclé, la croupe est bien ronde et les pattes sont courtes, le tout donnant un toro harmonieux et " cuajado ".
Degollado, il possède un museau de rat et une vue très expressive avec des yeux saltones. Les cornes ne sont pas très développées, même si les ganaderos tentent de donner un peu plus de tête, sans toutefois sortir du type. La majorité des toros de la ganaderia sont cardeños, avec également quelques exemplaires entrepelados et negros.
Quand a son comportement il s'agit d'un toro très noble, aussi bien au campo que dans la plaza, "si on fait bien les choses on peut en faire ce que l'on veut. Mais lorsqu'on se trompe, il apprend vite et c'est beaucoup plus difficile". Au campo les novillos se battent souvent et grattent abondamment le sol, ce qui explique que les novillos sont beaucoup plus astifinos que les toros, à cause de l'usure des pitons. Dans la plaza, le bicho de La Quinta possède une sortie un peu froide, même si certains se laisse toréer au capote. Très mobile il humilie beaucoup, certains sortent avec une charge courte, mais en général elle s'allonge au fil du combat. Allègre au cheval, quoiqu'un peu tardo, lorsqu'il charge, il y va "de verdad" et pousse la tête en bas. L'encaste Santa Coloma a tendance à couper la trajectoire lors du tiers de banderilles, mais cette caractéristique n'est pas aussi accentuée dans la ganaderia. Au dernier tiers, il transmet beaucoup d'émotion par sa caste et si les choses ont été faites correctement depuis le départ, il va à mas, se déplaçant bien, humiliant et répétant. Quelles que soient ses qualités, il lutte jusqu'à la mort et en aucun cas n'ouvre la bouche.
Très caractéristique et différente, la pelea des toros de La Quinta pose de nombreuses difficultés aux toreros. Leur absence de connaissance de l'encaste ne peut que faire regretter aux ganaderos l'absence d'une figura "spécialiste" qui pourrait davantage faire briller le sang Santa Coloma et le faire revenir au goût du jour
 
La sélection
L'objectif des ganaderos est de promouvoir le toro de Santa Coloma en type. Accentuant ses qualités morales qui font sa réputation et corrigeant ses quelques défauts physiques, comme son manque de tête, tout en faisant très attention de ne pas s'éloigner du type. Oeuvre délicate, à laquelle peu de ganaderos sont parvenus. Objectif atteint pour les novillos, le prochain défi sera de conserver ces qualités un an de plus, pour encrer définitivement le retour du sang Santa Coloma.
Pour parvenir à ses fins, l'élevage dispose d'un grand nombre de sementales, une vingtaine, dont huit seulement sont en activité chaque année, mais les ganaderos ne se contentent pas de ce vivier de bravoure et s'efforcent de l'étoffer. Chaque année une dizaine de machos, ceux de meilleure morphologie, lomos droit et cornes bien développées, issus des familles donnant les meilleures garanties de bravoure et de régularité sont essayés à la pique. Les trois ou quatre meilleurs bichos sont ensuite toréés, ultime épreuve avant de devenir étalon. Quant aux vaches, pour êtres approuvées, elles doivent prendre avec succès six puyasos. Les bêtes sont tientées à l'âge de deux ans et demi dans la plaza. Sont principalement valorisées les qualités de fijeza, humiliation, transmission, répétition, toréabilité et par-dessus tout le ganadero exige beaucoup de moteur. Pour assurer la meilleure garantie possible, chaque lot provient d'au moins 4 étalons différents, chacun est constitué de la façon la plus homogène possible avec des familles et un trapio proportionnels à l'importance de la plaza.
Comme tout éleveur qui veut des résultats, la sévérité est de rigueur. Non seulement sur la sélection mais également sur l'analyse des comportements dans la plaza. Ainsi chaque étalon donnant des bêtes de mauvaises qualités deux ans de suite est éliminé, de même pour les vaches, avec toutefois un peu plus d'indulgence (trois ans).
 
Alimentation
L'idée est simple, donner l'alimentation la plus naturelle possible et aider les bichos un minimum pour leur apprendre à survivre.
La qualité des prairies des diverses fincas permet une alimentation naturelle durant toute l'année. Les années de grande sécheresse, un peu de pienso complète le manque d'herbe durant les mois de septembre et octobre. Le programme nutritif est progressif et établi sur une période de un an.
Une attention particulière est portée à ne pas suralimenter les añojos, sinon ils ont tendance à développer des pitons astigordos.
 
   
Alvaro Conradi (fils)

Entrevue réalisé le
22 Mai 2004 par Thomas Thuriès