Tardieu Frères

     
Histoire et origine
L’élevage a été créé en 1951 lorsque le père de Louis, Lucien, hérite de l’élevage d’Etienne Pouly, composé de croisé Camargue - Espagnol. C’est alors que petit à petit, conservant les vaches et faisant intervenir de nombreux étalons purs espagnols, la famille Tardieu va fabriquer des toros de caste.
Les premiers apports furent, un toro de Infante da Camara (Gamero Civico – Corte) et un toro du Duc de Tovar (Santa Coloma par Félix Suarez). Un étalon de Guardiola (Villamarta) fut également mis sur quelques vaches, mais les résultats furent mauvais et aujourd’hui il ne reste pratiquement plus de trace de ce toro.
Dernièrement, dans les années 90, ont été réalisés des apports de sang Nuñez et Domecq. Les bêtes de Nuñez, provenant de chez José Luis Pereda et Manolo Gonzalez, se sont particulièrement bien adaptées. Tandis que les bêtes de chez Juan Pedro Domecq, plus délicates ont eu plus de difficultés.
 
La Finca
Louis Tardieu, qui travaille en collaboration avec son frère, ne vit que de son élevage, l’exploitation est exclusivement réservée au toro de combat. Le Mas de la cour des Bœufs et le Mas des Bruns, situés entre Arles et Port Saint Louis du Rhône, occupent une superficie de 600 Hectares. Ils sont composés de landes et de marais. Le gros soucis, nous explique t’il vient de l’eau, les terres sont basses, humides et souvent noyées, ce qui pose des problèmes. Lorsqu' il y a de la boue, les toros sont gênés pour marcher et se coucher, ce qui nuit à leur développement. C’est notamment, ce qui s’est produit cette année, où le lot initialement prévu pour Arles était moins fort que celui de l’année dernière, mais les six mois supplémentaires accordé par le report pour cause de pluie leur permettront d’inverser la tendance. L’humidité pose également un problème au niveau des naissances, Lucien Tardieu ne peut, comme il le souhaiterait et comme il serait idéal, faire naître les petits en automne.
 
Le toro type
Comme nous l’avions remarqué en visitant la camada, il est difficile de définir un toro type de l’élevage, tant il y a de diversité. Mais le ganadero nous le définit comme volumineux, avec de la tête.
Quand au comportement, celui qu’il aimerait inculquer à ses toros, ce serait la bravoure et la noblesse encasté : "Un toro piquant mais qui permette, sinon tout le monde s’embête" souligne t’il.
 
La sélection
L'ensemble du troupeau rassemble 500 bêtes, parmis lesquelles 200 vaches de ventre et 4 étalons.
Les étalons sont mis avec les vaches entre le 20 Mai et le 15 Août et les naissances s'échelonnent de Janvier à Avril. Les vaches sont tientées à l'âge de deux ans. Chaque année entre 50 et 75 vaches sont essayées et seulement une dizaine sont conservées. Quant aux étalons ils ne sont pas choisis en fonction du besoin, mais de l'occasion. Selon qu'il existe des bêtes de trapio et de bonne lignée, elles sont ensuite testées à la pique, puis torées. Il nous avoue que généralement sur cinq bêtes torées, une seule est retenue.
Les critères de sélection sont la bravoure, entre 5 et 6 piques, et la noblesse. Pour qu'une bête soit retenue, il faut qu'elle rassemble ces deux critères, toutefois la famille d'origine vient pondérer ces critères.
 
Alimentation
Les animaux sont alimenté de façon naturelle jusqu'a l'âge de deux ans, ensuite ils sont nourris au grain et au foin. Pour obtenir une présentation soignée des toros, nous dit- il, une alimentation exclusivement à base d'herbe ne suffit pas.
 
Préocupations
Ensuite nous parlons des difficultés rencontrées pour vendre le bétail, parfaitement illustrées par la saison dernière où un lot, seulement, fut lidié avec picador, et vu sa qualité, on ne peut que le déplorer. Ces difficultés l'obligent à vendre des courses de rejon et des toros combattus en privé pour l'entraînement des toreros, car il ne fourni plus de lot en novillada sans picador.
Les difficultés viennent d'abord d'un marché surchargé, malgré l'augmentation du nombre de spectacles, il y a une surproduction de toros. Ensuite, le marché n'est pas toujours très équitable, avec l'arrivée récente et à la mode, de riches promoteurs, qui achètent un élevage, pour s'en servir de "danseuse" et se moquent de vendre à pertes. Difficultés accentuées par un marché espagnol cadenassé et le peu de soutien, en général, des grandes arènes françaises. Heureusement qu'il existe des subventions Européennes, qui sont aujourd'hui indispensables à la survie de l'élevage.
 
Epilogue
Nous finissons notre discussion à dix heures du soir, incorrigible d'avoir profité d'un homme, a qui nous n'avons même pas laissé une minute de repos et retardé le soupé. Dernière vision, inoubliable, la vue des toros éclairés à la lampe de poche, venus au bord des clôtures à dix mètres à peine du pas de la porte du Mas.
Pour finir, je parlerais d'un homme, d'un couple, aimable, d'une grande gentillesse, passionné et d'une grande hospitalité. Malgré tout le travail et toutes les difficultés que comporte la gestion d'une ganaderia, ils se disent chanceux et privilégiés de posséder tous les jours sous leurs yeux, les choses qui hantent nos rêves toutes les nuits.
Ainsi fut un samedi soir sur la terre des toros.
 
   
Louis Tardieu

Entrevue réalisé le
12 Mai 2003 par Thomas Thuriès