Miura

 
Juan Miura était chapelier. Mais du sombrero au toro de lidia, il y a un bout. Le pas ce n’est pas notre "señor" qui va le franchir mais son fils Antonio. Le jeune homme était depuis sa tendre enfance passionné par les bovins. Son loisir favori était de partir au campo pour admirer les quelques bêtes de bétail manso que possédait la famille. Alors, lorsque Juan proposa à Antonio une récompense pour la confection de son premier chapeau, la réponse fut immédiate : remplacer le bétail "manso" par du "bravo".
Ainsi, le 15 Mai 1842, Juan Miura réalise le rêve de son fils en achetant 220 vaches à Antonio Gil Herrera. L’élevage est placé au nom du père mais c’est Antonio qui se charge de tout. Il conserve le fer d’Antonio Cariga, qui marquait jusqu’alors les mansos et sélectionne scrupuleusement son bétail d’origine Gallardo. La devise se présente à Madrid le 30 Avril 1849 et fait ses premiers pas à Séville le 15 Août de la même année. La qualité du bétail d’Antonio Gil ne devait pas être fameuse, puisqu’à la vue des premiers résultats, Antonio effectue un nouvel achat auprès de José Luis Alvareda, bétail toujours d’origine Gallardo. Puis, Antonio va ouvrir les origines de sa ganaderia en incorporant du sang des castes Vistahermosa, Navarre, Vazquez mais surtout Cabrera. En seulement une douzaine d’années, Antonio scelle les origines de la ganaderia. Nous verrons tout ceci plus en détail dans la partie suivante, dédiée aux origines. Sa sélection va apporter à la devise le prestige qu’elle conservera jusqu'à nos jours. A sa mort en 1893, son frère Eduardo lui succède. Entre temps, au décès de Juan en 1860, l’élevage fut annoncé une temporada au nom de sa veuve Josefa Fernandez avant de porter pour la première fois le nom de son fondateur en 1861.


Avec Eduardo Miura débute également la légende noire des Miura. A cette date, les Miura ont déjà tué. Pepete fut le premier à succomber à la corne d’un Miura, premier d’une liste qui n’allait pas tarder à s’allonger. Peu à peu, les réticences des toreros envers les Miura grandissent. Le 5 Octobre 1902, à Madrid, le toro "catalan" augmente encore les appréhensions en mettant en échec Bombita. Le torero n’oubliera jamais "Catalan". La situation bascule en 1908, lorsque Bombita et Machaquito créaient une union de toreros pour demander à percevoir des doubles honoraires lorsqu’ils affrontent les Miura. Justifiant leur geste en les donnant comme les toros les plus difficiles, les plus durs et les plus dangereux. Débute le fameux "pleito de los Miuras", opposant ganadero, organisateur et toreros. Ce sera l’appui des aficionados qui fera pencher la balance du côté de don Eduardo et à partir de 1909, les toreros durent plier. La ganaderia est alors l’une des plus importantes par son influence et par sa taille, avec plus de mille vaches de ventre.
Le 24 Janvier 1917, au décès de don Eduardo, ses deux fils, José et Antonio lui succèdent. A cette époque, bon nombre de Miura prennent querencia aux barrières, se défendent, générant de grandes difficultés. Pour corriger ces défauts, les deux frères accentuent la rigueur de leur sélection et réduisent de moitié le troupeau en même temps qu’ils incorporent du sang Vistahermosa. Les résultats sont satisfaisants, les Miura allant plus de l’avant tout en conservant leurs caractéristiques propres. La devise conserve tout de même une forte irrégularité, alternent des toros d’une extraordinaire bravoure avec d’autres illidiables. La légende noire va également de l’avant, la liste des victimes s’allonge. En 1940, les deux frères laissent l’élevage au fils d’Antonio, Eduardo.
A tout juste 27 ans, il se trouve à la tête d’une des légendes de la tauromachie, son défi sera de la pérenniser dans le temps, en tenant compte de l’évolution du toreo. Du temps d’Eduardo, l’évolution est réelle. Le Miura devient plus maniable, il se rapproche de plus en plus des autres toros, maintenant néanmoins sa morphologie typique. Cependant, la terreur des Miura reste. Les coups de cornes continuent à perpétuer la légende, le décès de Manolete accentuant encore les faits. La mauvaise réputation est solidement ancrée dans les mémoires tandis que les toros évoluent vers une noblesse moderne. C’est également du temps d’Eduardo que l’élevage va définitivement s’installer à Zahariche où la première vache est tientée en 1965.
Depuis 1996, ce sont les deux fils d’Eduardo qui mènent conjointement la vacada. Vous aurez bien sur deviné qu’ils se prénomment Antonio et Eduardo. Fidèles aux traditions familiales, ils perpétuent les rites ganaderos ancestraux comme le marquage des veaux au sol ou la tienta de macho à « campo abierto ». Point de vue sélection, ils poursuivent les travaux de leur père en alliant les caractéristiques Miureñas à de plus en plus de noblesse.